Le complexe Rubix à Genève, ou comment prévoir l’évolution d’un parc industriel
Deux ans après la pose de sa première pierre, ce nouveau complexe a franchi le 1er septembre une nouvelle étape: la livraison de son bâtiment A. Avec ses cinq étages hors sol, il va accueillir Charmilles, anciennement GF Machining Solutions.

C’est indéniable. Un projet comme Rubix contribue activement à accélérer la mutation de la zone industrielle, en l’occurrence ici la Zimeysa [la vaste zone industrielle de Meyrin Satigny, ndlr], vers un modèle plus dense, plus mixte, plus durable et sans doute plus attractif.
«La question de la mixité en zone industrielle a constitué un enjeu urbanistique central dans le développement du projet. Cette réflexion s’est traduite aussi bien dans l’organisation des plans que dans l’approche constructive, avec une attention particulière portée à la modularité et à la capacité d’évolution des espaces dans le temps», indique l’architecte Jean-Claude Portier, en marge de l’inauguration du bâtiment A qui a eu lieu ce mardi. Selon celui dont le bureau – de Giuli & Portier – gère la conception des lieux, «cette approche de l’architecture industrielle vise à accompagner durablement les mutations des usages et des activités».
«L’industrie privilégie toujours les rez-de-chaussée. Alors nous avons dû adapter les étages pour qu’il y ait de la hauteur sous plafond, des capacités de portance et des monte-charges de taille suffisante pour être attrayants. C’était le nerf de la guerre du projet», enchaîne Johannes Gerzain, directeur Suisse de REIS, maître d’ouvrage du projet, également présent à l’inauguration. Toute la partie logistique, avec ses dix quais de chargement et son espace de stockage de 7 mètres de haut, est restée quant à elle concentrée dans un coin du site «pour nourrir le lieu avec de gros transporteurs, stocker, transformer dans les étages, puis délivrer», précise le dirigeant. Libérant au passage de précieux mètres carrés en plain-pied.
L’enjeu est de faire monter l’industrie dans les étages, tout en maintenant les performances et la flexibilité indispensables à son fonctionnement. «A Genève, où le foncier est rare, nous avons choisi de considérer cette contrainte non pas comme une limite, mais comme une invitation à repenser le modèle», ajoute Johannes Gerzain.
Forêt urbaine
Depuis de nombreuses années, le bureau de Giuli & Portier défend une vision renouvelée de la zone industrielle, fondée sur la diversité des affectations et une plus grande mixité des usages. L’objectif est de renforcer l’urbanité de ces territoires, de favoriser les synergies entre activités et, lorsque cela est possible, de soutenir des circuits courts à l’échelle locale.
«Avec mon associé Jean-Noël de Giuli, nous avons notamment été à l’origine de l’idée d’implanter un complexe multifonctionnel sur le site de la Praille, fin 1992 déjà, comprenant à l’époque un stade de 25 000 places, un Zénith, un parking P + R pour l’échange modal et de multiples activités complémentaires, rappelle Jean-Claude Portier. La concrétisation de cet ensemble urbain ne fut hélas pas de notre fait. Une partie de notre activité s’est ensuite développée dans le secteur secondaire, matérialisée par un certain nombre d’hôtels industriels.»
Une fois que la société Charmilles aura pris ses quartiers dans le bâtiment A sur quelque 8300 m2, soit en tout début d’année 2027, une première surface de restauration italienne ouvrira ses portes. Par ailleurs, pas moins de 107 arbres vont être plantés dès le mois de novembre, principalement dans la cour entre les bâtiments A et B.
REIS a en effet prévu la création d’une place centrale entre les deux édifices, des aménagements extérieurs accueillants, perméables et riches en verdure, qui seront enrichis de commerces, d’un fitness ou encore d’un restaurant. De quoi réjouir les futurs 1000 à 1500 employés du site et le reste de la zone industrielle.
Anticiper une possible réversibilité
Rubix a été conçu voilà environ 6 ans pour être évolutif. «Ici, nous proposons une flexibilité d’aménagement intérieur maximale avec une trame modulaire, précise l’architecte. Du point de vue structurel, en utilisant de manière rationnelle le béton armé, qui a un certain coût énergétique, nous pouvons viser une durée de vie d’un siècle ou plus. A condition que la conception de cette structure autorise une évolution des activités dans les espaces qu’elle définit: dès lors, on s’y retrouve.»
Jean-Claude Portier n’exclut pas une reconversion, un jour, de tout ou partie du complexe en logements ou pour d’autres activités: «Plus largement, nous avons déjà imaginé la reconversion potentielle de certaines constructions industrielles que nous avons conçues, même les grands dépôts logistiques. En effet, par exemple, il faut une trame de 9 à 10 mètres de profondeur pour une typologie de logements mono orientés, puis une autre de 4 à 5 mètres pour les circulations verticales et la distribution horizontale des unités ainsi créées. De quoi envisager de placer au centre du bâtiment des réservoirs d’eau, des éléments de dépôts, des salles de réunion ou encore des centres de données décentralisés… Quand on projette de l’industrie aujourd’hui, il faut imaginer toutes les suites possibles.» Mandatée, l’entreprise générale HRS a fait de son mieux pour s’adapter aux besoins futurs.
En termes énergétiques, 1400 m2 de panneaux solaires photovoltaïques ont été installés en toiture, près de 9500 tonnes de matériaux ont pu être recyclées de l’ancienne usine Pouly et deux forages géothermiques à 1500 mètres de profondeur vont alimenter Rubix en chaleur locale et renouvelable.
Le maître d’ouvrage, REIS, est une société privée paneuropéenne d’investissement immobilier de gestion d’actifs et de développement, active entre Londres, Lisbonne et Genève. Outre Rubix, REIS s’apprête à lancer le chantier d’ORIX, situé à quelques centaines de mètres de là, un site avec une connotation plus logistique où des surfaces plus petites seront proposées à la vente à des PME industrielles. Un chantier qui va s’ouvrir début 2027.
