Le prix Wakker, aiguillon de l’avenir meyrinois
La commune a reçu le prestigieux prix qui distingue chaque année une localité suisse pour son développement urbain exemplaire. Décerné par Patrimoine suisse, il conforte le maintien d’une politique d’aménagement très maîtrisée.

En 1955, la première pierre du CERN est posée, cinq ans plus tard, l’aéroport fête son premier million de passagers. L’élan de l’essor démographique est donné. Avec la construction de la première cité satellite de Suisse inspirée par les idées urbanistiques de Le Corbusier, Meyrin vit une totale métamorphose, passant du village agricole à une ville de plus de 14'000 habitants. Qualifiée par certains, il y a encore quelques années, de cité de banlieue, cette agglomération de plus de 26'000 habitants (la quatrième ville la plus peuplée du canton) et abritant à peu près le même nombre d’emplois vaut pourtant le détour pour son exemplarité.
Urbanisme, cohésion sociale et biodiversité
Cette ville est emblématique du rôle moteur joué par les communes dans le développement urbain en Suisse
Patrimoine suisse ne s’y est pas trompé en lui décernant le Prix Wakker 2022. On y découvre une commune en transition écologique, déjà détentrice en 2014 et 2018 du label European Energy Award Gold, déterminée à apporter à ses habitants aux 140 nationalités une qualité de vie qui relève d’une politique d’aménagement engagée depuis de nombreuses années dans la valorisation de son patrimoine bâti et naturel. «Cette ville est emblématique du rôle moteur joué par les communes dans le développement urbain en Suisse», souligne Stefan Kunz, secrétaire général de Patrimoine suisse. En termes d’urbanisme et de culture du bâti, la commission du Prix Wakker a également retenu, au nombre de ses critères d’attribution majeurs, la stratégie des autorités fondée sur «la volonté constante de favoriser le dialogue avec la population et d’accorder une grande importance à la cohésion sociale».
Sur le devant de la scène des sites remarquables figure la cité satellite, son potentiel formel et social de l’architecture d’après-guerre. La commission a salué «les stratégies adoptées pour la préserver, inciter à la rénover durablement et la densifier selon des normes claires de planification, principalement par des surélévations afin de sauvegarder les généreux espaces libres entre les barres d’immeubles qui ont fait l’objet d’aménagements paysagers. Des optimisations énergétiques et le raccordement à un réseau chaleur-énergie écologique réduisent nettement la consommation et améliorent le bilan carbone.»
Parmi les autres opérations qui ont joué dans l’attribution du prix : le traitement respectueux du noyau villageois historique, l’ouverture à la population d’édifices classés comme la Villa du Jardin botanique alpin ou la Maison Vaudagne actuellement en travaux de rénovation et d’extension. Est également relevé le lac des Vernes, bassin artificiel inauguré en 2017 qui contribue à la gestion des eaux de la commune et constitue un biotope favorisant la diversité des espèces, tout en offrant un espace de détente apprécié.
Comme le rappelle la commission, Meyrin se distingue depuis les années 1960 par un fort engagement citoyen et par des processus participatifs qui contribuent au bien-être des habitants et à leur sentiment d’appartenance au lieu. Une dynamique qui s’est étendue à l’aménagement de l’écoquartier des Vergers fondé sur une forte démarche participative et se perpétue dans le projet «Cœur de cité», avec sa nouvelle mairie, sa place et son parc public, qui exprime les ambitions de la ville en termes d’accueil, de dialogue et de qualité des prestations. La culture n’est pas oubliée, notamment par le biais du Fonds d’art contemporain de Meyrin qui favorise l’émergence de nombreux projets artistiques dans l’espace public, tel «L’enfance du pli», sculpture-paysage de Gilles Brusset étendue aux abords de l’école des Boudines.
Meyrin, aujourd’hui et demain

Pour le maire, Eric Cornuz, cette récompense représente une belle opportunité : «C’est un levier pour maintenir notre politique d’aménagement sur la commune.» Les gens se sentent bien à Meyrin et se plaisent à l’exprimer à l’occasion de cette distinction, mais il y a encore du pain sur la planche. «La cité satellite est toujours en phase de rénovation, nous devons approcher certains acteurs immobiliers afin qu’ils s’engagent eux aussi dans la préservation vertueuse de leur patrimoine. La commune est prête à négocier des partenariats public-privé.» Il y a aussi «l’étude de J.-J. Oberson sur la maîtrise des potentiels de densification de la cité qui date de 2012 et doit être réactualisée».
La cité satellite est toujours en phase de rénovation
Le maire rappelle aussi que toute planification est un exercice de cohérence entre développement et infrastructures notamment éducatives. Aux côtés du campus scolaire des Vergers – 2e prix romand Lignum 2021 –, trois écoles des années 1960-1970 ont fait l’objet d’un vaste pro- gramme de rénovation: l’école des Bou- dines agrandie en 2015, ainsi que deux écoles inscrites à l’inventaire des édifices à protéger: l’école enfantine de la Golette rénovée récemment et celle de Meyrin-Village en phase de l’être. Aux neufs établissements communaux s’ajoute le projet d’un bâtiment qui sortira de terre en 2026 pour accueillir 1400 élèves du Secondaire II. Reste encore pendant le Théâtre Forum Meyrin, fief important dans le paysage culturel régional, dont le lifting a été refusé dans les urnes.