Les bains d’Yverdon: un exercice de résilience
Le futur complexe thermalo-hôtelier d’Yverdon entre dans une nouvelle phase. En réflexion depuis 2015, comment un tel projet évolue-t-il au fil des années, obligeant à la résilience?

Initiée il y a plus de dix ans, la métamorphose des bains thermaux et du Grand Hôtel est toujours en cours. L’inauguration est prévue au 2e semestre 2027. Faire face aux imprévus, aux contraintes et parvenir à rester actuel malgré les années, demande aux équipes de s’adapter continuellement. Comment vit-on des travaux de longue haleine de l’intérieur, lorsqu’on est BCO, l’entreprise générale en charge de la transformation?
«C’est un projet sensible pour la commune et pour la région. Il a fallu trouver le bon produit. Nous nous sommes souvent remis en question, tous les deux ans, afin de nous mettre à jour car plusieurs années se sont écoulées depuis le démarrage du projet. Les équipes doivent être résilientes. C’est le cas pour tous les travaux d’envergure qui subissent naturellement des modifications au fur et à mesure», souligne Felipe Gonzalez, architecte et administrateur chez BCO. Le bureau de 15 personnes est également à l’origine d’Aquatis et des Bains de Saillon.
S’adapter en permanence
Les preuves de cette faculté d’adaptation sont multiples. A fin 2025, une demande d’ajout d’un étage supplémentaire sur le toit du nouveau bâtiment a été déposée. Ces prochains mois, la création d’un espace attique de 1800 m2 à destination de conférences et de cabinets médicaux verra le jour.
Autre tour de force: garder l’hôtel et les bains thermaux ouverts pendant les travaux. Un choix plébiscité en raison de l’image forte d’Yverdon en ville thermale. Celle-ci ne pouvait s’imaginer sans bains pendant une longue période. Le défi était de taille pour les constructeurs, notamment lors de la phase de démolition. «Il s’agissait de combiner des travaux lourds avec un site de bien-être ouvert 365 jours par an, y compris en journée, avec la présence des baigneurs. Nous avions l’expérience de Saillon, mais nous étions tout de même parfois comme un éléphant dans un jeu de quilles», observe le directeur de BCO.
Pour atténuer les nuisances, une planification très fine entre l’hôtel et les intervenants sur le chantier a été mise en place. «Lorsqu’il y avait de grands groupes à l’hôtel, nous réduisions les horaires des travaux, notamment en raison du bruit. Cela a ralenti le rythme des transformations, mais c’était un bon compromis», relève-t-il. Certains baigneurs apprécient de voir le spectacle du chantier en activité depuis leur bassin. D’autres, moins enthousiastes, profitent tout de même du tarif d’entrée réduit.
Anticipation
En plus de la résilience, l’anticipation des problèmes a été la clé. Yverdon étant construite sur un sol marécageux, de nombreux bâtiments sont implantés sur un système de pieux porteurs. La portance de ceux des bains n’étant pas garantie, il a fallu construire une nouvelle structure. Ce scénario B était prévu et a demandé six mois de travaux supplémentaires.
Une autre étape importante a été finalisée début 2026: le déplacement de la cuisine sous la salle Belle Epoque. Elle est opérationnelle depuis quelques semaines. Le transfert dans la nouvelle cuisine a permis de construire la liaison entre le centre thermal et le Grand Hôtel. La future entrée se fera d’ailleurs à cet endroit, dans un espace entièrement redesigné.
«L’enveloppe extérieure et l’entrée d’un bâtiment sont des symboles identitaires forts. Les architectes de Richter Dahl Rocha ont imaginé une façade en piliers clairs très contemporaine. Parallèlement, elle rappelle certaines constructions prestigieuses des années 1800», souligne Felipe Gonzalez. Le choix du béton recyclé de MFP à Marin (NE) a fait l’objet de recherches avancées, tant dans sa composition que dans son coloris ou son grammage.
Voyage temporel
Concilier les époques, tel est l’un des axes de travail de chaque équipe au cœur de cet ensemble. Le client de l’hôtel traversera les époques d’un bout à l’autre du complexe, sans transition abrupte. D’une aile datant du 18e siècle, il rejoindra les années 1970 pour terminer dans un espace bien-être du 21e siècle; un véritable tunnel temporel harmonieux, selon les exploitants. En discussion constante avec les Monuments et Sites, les architectes ont réuni un bâtiment protégé avec sa rotonde emblématique et un univers neuf répondant aux exigences techniques et environnementales actuelles.
Spa immersif
Quid du spa? «Le concept est unique en Suisse à ma connaissance, se réjouit Felipe Gonzalez. C’est aussi l’espace qui nous a demandé le plus de réflexion. Une mise en scène et un service spécifique seront dédiés à chaque zone qui est pensée pour être exclusive. C’est l’endroit le plus avancé actuellement, mais c’est aussi celui qui demandera le plus de finitions et de détails.» Plusieurs expériences de détente sont en cours d’élaboration et seront dévoilées au public uniquement lors de l’ouverture complète du complexe dans plus de 15 mois.
En complément des divers saunas et hammams, on trouvera fitness, bassins extérieurs et intérieurs, restaurants, boutiques, cabinets médicaux et hôtel avec plus de 100 chambres. Cet écrin de remise en forme revendique être construit sur l’une des plus anciennes villes thermales de Suisse et directement sur une source sulfureuse à 29 degrés.
Un millénaire d’histoire thermale
A l’époque romaine (1er au 4e siècle), des inscriptions dédiées à Apollon mentionnent les sources thermales d’Eburodunum (ancien nom d’Yverdon).
Au 17e siècle, médecins et apothicaires font connaître les bienfaits de cette source sulfureuse.
Au 18e siècle, le thermalisme devient populaire à Yverdon. L’architecte lausannois Guillaume Delagrange construit l’Hôtel des Bains avec sa rotonde (1730-1736).
De 1959 à 1977, l'hôtel ferme. Le lieu est transformé tour à tour en appartements, restaurant, centre culturel et fabrique de biscuits.
En 1981, la ville d’Yverdon devient propriétaire de l’endroit. Une seconde source à 29 degrés est découverte et l’activité thermale repart, notamment avec l’inauguration du Grand Hôtel des Bains en 1989.
En 2015, la ville cède les bains au groupe Boas pour 32 millions de francs. Son PDG, l’homme d’affaires Bernard Russi est également à la tête des complexes Aquatis et des Bains de Saillon.
En 2016, le projet de rénovation démarre, mais le 1er coup de pioche se fait finalement en 2023. L’ensemble des rénovations du Grand Hôtel et centre thermal a été devisé à 40 millions de francs auxquels s’ajoutent 6,2 millions de francs pour un étage supplémentaire. Le propriétaire des lieux reste discret, il s’agit d’un véhicule de placement financier d’UBS détenu en partie par Boas.
