Les Chenevière, une famille genevoise
Préfacé par Ivan Pictet, un magnifique ouvrage richement illustré permet de découvrir une galerie d’une vingtaine de personnalités parfois méconnues, malgré des parcours assez brillants.

Christophe Vuilleumier, l’auteur de «Les Chenevière, une famille genevoise: 1582-2021», aura consacré près de deux ans de sa vie pour rassembler les documents et l’iconographie de cet ouvrage d’art. Au départ, cette famille catholique était établie à quelque 23 km de Lyon. Le livre débute avec Laurent Chenevière (1582- 1647), dont le père et l’oncle étaient marchands drapiers. Il fut envoyé dans la cité calviniste à la fin du XVIe siècle auprès de la veuve de Montchal, qui avait repris les affaires de son mari dans le drap et le fil d’or utilisé dans la passementerie. Il finit par épouser sa fille, Debora après avoir abjuré sa foi. Une année plus tard, le premier enfant, Jérémie, naissait. Vingt ans plus tard, Laurent était à présent un Genevois bien implanté, socialement reconnu. Car, comme l’indique Ivan Pictet, «la circulation entre les différentes classes n’était pas chose aisée (...) Par un sentiment déplorable mais assez naturel, le Petit Conseil, peu disposé à partager des privilèges, a limité le nombre des réceptions à la bourgeoisie, donnant parfois, ici encore, la préférence à un parent.» En 1631, Laurent, qui avait accumulé une fortune suffisante, acquérait, à l’âge de 49 ans, la bourgeoisie de la cité, pour lui et son fils Jérémie. Rappelons que la bourgeoisie permettait d’accéder au Conseil des Deux-Cents (assemblée législative), notamment. Le jeune frère d’Elisabeth Baulacre dispensera à Jérémie Chenevière un apprentissage de tireur d’or. Or, la dame Baulacre représentait tout de même la seconde fortune de la cité à l’époque.
Jean Chenevière (1676-1746)

Jean Chenevière n’était pas l’aîné des fils d’Abel (1634-1699), le fils aîné de Jérémie, pourtant il reçu la charge de présider au destin familial. Comme son père, il deviendra «roi de l’Arquebuse», une société militaire dominée par les familles patriciennes. A ce titre, les syndics Trembley et Lullin allèrent le chercher à son domicile pour le conduire à la Maison de ville où il reçut les princes étrangers, entre autres. On apprend que la veille de son couronnement, alors qu’il s’exerçait au mousquet, Jean avait tué par accident un malheureux quidam. «Prérogative arbitraire d’un patriciat tout puissant, l’affaire avait été étouffée aussi vite qu’efficacement.» En 1738, il sera le premier membre de cette famille à rentrer au Conseil des Deux-Cents. «Entre la fin du XVIe siècle et la seconde partie du XVIIIe siècle, les Chenevière qui s’étaient installés à Genève plus par opportunité économique que pour des raisons confessionnelles, développèrent leurs activités, leur sphère d’influence et leur renommée.» Cet ouvrage consacre un chapitre à Jean- Jacques-Caton Chenevière (1783-1871) qui se fit connaître dans le giron des libres-penseurs genevois en entamant une œuvre littéraire abondante. Ainsi qu’à ses héritiers, à commencer par Auguste (1825-1884) qui devint le médecin des pauvres et des nécessiteux, payant parfois de ses propres deniers le coût de ses ordonnances. D’autres entreront dans le monde des médias, tels Marc Chenevière qui fut le rédacteur en chef de feu «La Suisse» de 1941 à 1975 ou de Guillaume Chenevière, qui devint directeur général de la TSR de 1992 à 2001. A découvrir!
