Rénovation du Grand Théâtre - Suisse

Les coulisses d'un chantier

Un magnifique ouvrage, richement illustré, décrit dans le détail cet incroyable chantier mêlant divers savoir-faire, notamment celui des artisans d'art. Récit.

Le plafond du foyer principal
Le plafond du foyer principal - Copyright (c) Nicole Zermatten
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Un chantier comme celui-ci est un opéra d’une seule et unique représentation. Chacun est nécessaire à la bonne interprétation de la partition et de la mise en scène, afin d’assurer la réussite de l’œuvre», écrivent avec talent Philippe Meylan, directeur du patrimoine bâti, et Pierre Tourvieille de Labrouhe, conseiller en conservation du patrimoine architectural, dans l’avant-propos de ce bel ouvrage* publié à l’occasion de l’achèvement de la rénovation partielle et de l’extension du Grand Théâtre de Genève (2016-2019).

La découverte des angelots

Voici quelques exemples très bien illustrés dans ce livre édité par la Ville de Genève. «Tels des détectives, les conservateurs-restaurateurs, staffeurs et peintres-décorateurs des espaces d’accueil ont croisé toutes les sources d’information disponibles pour recréer, en collaboration avec maître d’ouvrage et architectes, un décor dont il ne subsistait souvent que des fragments.» Très concrètement, lors des travaux de dé- plâtrage du plafond de l’ancienne buvette du Grand Théâtre, les artisans ont effectué une découverte réjouissante: un fragment de l’ancienne toile marouflée réalisée par le peintre français Luigi Loir montrant trois angelots sur un fond de ciel. Ce précieux vestige a ensuite été restauré, avant d’être remis en place. Les restaurateurs ont ensuite exécuté un faux-ciel tout en nuances, dont les teintes s’harmonisent avec celles de la toile. Autre exemple: dans l’atrium (soit l’ancien hall qui servait à l’origine au contrôle des billets), lorsque le faux-plafond et les doublages ont été abattus en 2016, des éléments du décor d’origine sont apparus. A partir de l’unique rosace préservée, les plâtriers-staffeurs ont réalisé une empreinte en silicone qui a permis de recréer, par moulage au plâtre, les 14 pièces manquantes. Comme l’écrit Léo Biétry, auteur de cet ouvrage: «Les responsables de la rénovation des années 1958-1962, pressés par le temps et les contraintes budgétaires, ont-ils délibérément laissé en place cet unique témoin à l’intention des générations futures? On peut en tout cas le supposer.»

La découverte et la restauration de trois angelotsdiaporama
La découverte et la restauration de trois angelots

Suite à l’incendie de 1951 – le mardi 1er mai 1951, vers midi, on procède sur scène à des essais pyrotechniques lors d’une répétition de La Walkyrie, mais l’utilisation d’un matériel inadapté provoque une explosion; il faudra patienter jusqu’en décembre 1962, pour que les Genevoises et Genevois puissent renouer avec ce lieu légendaire –, le décor du XIXe siècle créé pour les deux escaliers monumentaux avait été en grande partie recouvert de plâtre et repeint dans des tons gris et jaune-beige. Les travaux de 2016-2019 ont été l’occasion de reconstituer ce décor. Ainsi, les faux-marbres d’origine ornant les murs des cages d’escalier ont été redécouverts en cours de chantier. «Sur la base des photographies d’époque, les restaurateurs d’art sont parvenus à déterminer le profil précis des moulures d’origine, qui ont ainsi pu être reconstituées par l’entreprise de plâtrerie, puis peintes par la décoratrice.

Un chanter comme celui-ci est un opéra d'une seule et unique représentation

Autre décision prise en cours de chantier: reconstituer la décoration peinte du plafond de l’avant-foyer au 1er étage. Les motifs mis au jour dans la zone-témoin, dégagée par des restaurateurs d’art, ont été copié sur du papier calque. Puis, sur cette base, des chablons ont été créés pour pouvoir ensuite peindre les motifs au plafond. «Avant de reconstituer le décor peint, ils ont appliqué sur les fonds, une patine destinée à leur donner un aspect nuancé et vieilli.»

* «Les coulisses d’un chantier», édité par la Ville de Genève, 144 p.