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Les déchets du Ceva

08.12.2021 à 10:31

Le chantier mammouth du Ceva a généré quelque 600’000 tonnes de déchets de construction. La majeure partie d’entre eux ont été transportés par des flottes de camions en France voisine.

Tout à fait normal, ce chantier ? Non, il s’agit d’un béton 100% recyclé sur le site de la déchetterie des Chânats à Bellevue (GE) en 2005. (LDD)
Tout à fait normal, ce chantier ? Non, il s’agit d’un béton 100% recyclé sur le site de la déchetterie des Chânats à Bellevue (GE) en 2005. (LDD)
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Genève génère chaque année près de 5 millions de tonnes de déchets de chantiers, pour l’essentiel des déblais de terrassement et de démolition, soit l’équivalent du comblement du barrage de Verbois en moins de 3 ans. L’exemple du CEVA est frappant : pour un maître d’ouvrage, il revient moins cher – et il est beaucoup plus rapide – d’affréter des camions et d’expédier ces déchets qui ont atterri à Grenoble, à Lyon, et à Annecy, plutôt que de les entreposer et de les traiter à Genève.
Dès lors, faut-il toucher au portefeuille des maîtres d’ouvrage et introduire une hausse des taxes de mise en décharge pour les inciter à réemployer les matériaux de recyclage, dont le béton (voir magazine no24 d’immobilier.ch). Pourquoi pas, répondent les exploitants de gravières genevois interrogés par immobilier.ch, mais à condition d’appliquer la même hausse aux exploitants de France voisine ! Ainsi, il n’y aurait pas deux poids, deux mesures. Et à condition que cette taxe finance des projets pilotes exemplaires de l’État dans ce domaine.

Mais le fond du problème n’est pas qu’une question de taxes : l’État aimerait depuis longtemps créer un marché à grande échelle, une vraie filière du réemploi et du recyclage du béton. Le hic ? Pour créer ce marché, il faut créer la demande. Or les préjugés sont tenaces, et les obstacles multiples.

Conservateurs, les maîtres d’ouvrage (y compris le premier maître d’ouvrage du canton, à savoir l’État), les entrepreneurs généraux, architectes et ingénieurs n’ont été formés qu’assez récemment au réemploi et au recyclage du béton. Certains redoutent que cela ne leur rapporte nettement moins. Ils imaginent à tort que le béton réemployé ou recyclé serait de qualité médiocre par rapport au béton neuf. Et ils sous-estiment les gisements d’emplois qui pourraient résulter d’un renforcement du recyclage (voir encadré).

Un enjeu majeurdiaporama
Un enjeu majeur

De plus, dans son double rôle de maître d’ouvrage et de surveillant garant de l’équité des conditions de concurrence, l’État ne saurait se surveiller lui-même. Il devrait mandater un organe neutre pour contrôler le respect de la loi sur le bilan carbone. Un organe qui n’a pas encore été nommé à ce jour.

Si l’on doublait la taxe, c’est la loi du marché, la comparaison coûts-bénéfices, qui resterait déterminante. Ce n’est pas une future obligation légale contraignante, pour tout projet de construction, de présenter un bilan carbone qui, à elle seule, changerait la donne. D’autres mesures, notamment fiscales, seraient aussi nécessaires pour stimuler ce marché.

Le conseiller d’Etat écologiste Robert Cramer inaugure la déchetterie des Chânats à Bellevue, entièrement construite avec des matériaux de recyclage. Un projet pilote exemplaire réalisé par l’Etat en 2005.diaporama
Le conseiller d’Etat écologiste Robert Cramer inaugure la déchetterie des Chânats à Bellevue, entièrement construite avec des matériaux de recyclage. Un projet pilote exemplaire réalisé par l’Etat en 2005.

De leur côté, les exploitants de gravières (le gravier est l’ingrédient-clé du béton) ne veulent pas briser l’omerta : le fait que les importations de gravier à partir de la France ont plus que doublé en 10 ans alors que, dans le même temps, la production genevoise de gravier poursuivait son recul. Mais comment éviter que Genève n’achète son gravier à des prix inférieurs en France voisine ?
Freinés par le manque de surfaces d’entreposage dû à l’exiguïté du territoire, les exploitants de gravières auraient besoin d’au minimum 20% d’espace supplémentaire pour optimiser le recyclage. De plus, ils doivent se battre pour s’aligner sur les prix compétitifs français et font valoir qu’ils ont la tâche suffisamment difficile pour ne pas avoir à subir une éventuelle hausse de taxe.

Ils soulignent que tous les maillons de la chaîne, des décideurs politiques aux maîtres d’ouvrage, en passant par les architectes jusqu’aux recycleurs et aux simples citoyens, doivent apporter leur pierre à l’édifice. Les propriétaires des gravières attendent surtout une volonté politique d’exemplarité de la part de l’État : ils se souviennent qu’en 2005, il y a déjà presque 20 ans, le conseiller d'État Robert Cramer, chef du Département cantonal de l’intérieur, de l’agriculture et de l’environnement de l’époque, et Daniel Chambaz, directeur de l’Office cantonal de l’environnement de l’époque, inauguraient en grande pompe la déchetterie des Chânats à Bellevue, entièrement construite avec des matériaux de recyclage.

Depuis lors, des progrès ont été accomplis : les principes de l’écologie industrielle ont été inscrits dans la Constitution genevoise, et le ‘’Guide pour la réutilisation des matériaux d’excavation non pollués’’ (www.genie.ch/library/h/guidepour-la-reutilisation-des-materiaux-dexcavation-nonpollues.html), publié en juin 2018, recense désormais les bonnes pratiques en matière de réemploi et de recyclage. Il ne reste donc plus qu’à créer un marché et à développer la filière en concertation avec tous les acteurs concernés. Tant en France voisine qu’à Genève.