Les surprises que réserve la rénovation d’une demeure du XVIIe siècle
Entre 2017 et 2025, Gabriel et Marie-Antoinette Micheli ont rénové le Domaine du Saugey à Satigny (GE). Outre les travaux habituels que réserve ce genre de maison, il a fallu faire face à un problème d’infiltration d’eau dans le sous-sol et à un affaissement du terrain. Récit.

Tout débute en 2017, alors que Marie-Antoinette Micheli est enceinte. « Nous sommes tombés sur cette maison où la famille Diodati avait habité, des ancêtres de mon mari. Elle était malheureusement inhabitée depuis 2014. Les tuyaux de chauffage avaient éclaté », nous raconte-t-elle en nous faisant visiter les lieux. En effet, le précédent propriétaire songeait à créer plusieurs appartements et studios dans la maison, un projet qui restera au stade d’ébauche. Cette bâtisse, alors inhabitée, va alors se dégrader, notamment à la suite du gel des canalisations qui va engendrer des fuites d’eau dégradants planchers et plafonds.
Longue histoire

D’après une étude réalisée justement en 2017 par l’historienne Nathalie Rilliet pour l’office du patrimoine et des sites et le service des monuments et des sites, c’est Jacques Grenus (1620-1697) qui serait à l’origine de cette propriété. C’est lui qui a fait édifier une « maison haute avec ses courtines et autres édifices ». Jacques Grenus fut cinq fois syndic durant la période où il occupe le domaine de Saugey sis à Satigny. Après avoir été à l’origine de ce domaine, il le vend en 1680 à François Fatio (1622-1704). Ce dernier est alors actif au sein du gouvernement genevois depuis plus de vingt ans. Avec ses activités commerciales, il domine le marché romand des importations venant du Levant et transitant par Marseille. Cette famille développa et agrandit terres et bâtiments. Son fils le revend en 1754 à Abraham Gallatin (1717-1766), puis en janvier 1769, Marie Gallatin-Saladin cède le domaine aux frères Buisson. Plus tard, en 1836, le domaine passera dans les mains de Jacques-Auguste Fazy (1802-1869).
Depuis 1961, la maison de maître et sa principale dépendance, ainsi que la cour et le jardin situé dans l’axe de la maison, font partie des objets classés du canton. Lors du recensement architectural du canton, une note de 2 a été attribuée à la maison de maître. Jusqu’en 2006, ce domaine formait un tout. Désormais les deux bâtiments existants appartiennent à des propriétaires différents.
Vivre au grenier

Dès son achat en juin 2017, ne manquant pas de courage, la famille Micheli s’attelle à la tâche. « Le chauffage, les sanitaires et l’électricité ont été entièrement refaits », nous raconte Marie Antoinette Micheli. « Il a fallu faire un drainage devant la maison car l’eau s’infiltrait dans la cave. La maison était extrêmement humide. Il a fallu l’assainir entièrement. Pendant les six années de travaux, nous habitions au grenier avec nos enfants. Nous avons investi petit à petit les pièces au fur et à mesure de l’avancée des travaux ces quatre dernières années. » Un système en cuivre d’osmose inverse a été installé autour de la demeure pour empêcher la remontée de l’eau dans les murs par capillarité.
Le chauffage s’effectue désormais par un système de chauffage brûlant des pellets dans une des caves. Des caches radiateurs ont été posés, adaptés au style de la maison. Les portes-fenêtres ont été refaites à l’identique. Pour isoler les fenêtres, étant donné qu’il n’était pas autorisé d’utiliser du double vitrage pour une demeure du XVIIe siècle, celles-ci ont été doublées par d’autres fenêtres, quasi invisibles à l’œil nu.
Parmi les nombreuses surprises découvertes après l’acquisition de ce domaine, la famille Micheli a constaté que la façade côté cour se décrochait. « Nous avons dû installer des fixations en métal. Même l’escalier s’affaissait ».
Papiers peints restaurés

L’un des propriétaires avait fait poser deux ensembles de papiers peints panoramiques dans deux chambres au 1er étage. Il s’agit de Plaisir romain, édité par Joseph Dufour à Mâcon dès 1805, et la Petite Helvétie de la manufacture Jean Zuber & Cie à Rixheim, édité entre 1818 et 1871. « Nous avons mandaté Lucia Regazzoni-Huguenin, restauratrice d’art à Neuchâtel, pour remettre en état ces deux papiers peints magnifiques. »
Marie-Antoinette Micheli a ainsi assuré des rendez-vous de chantier chaque lundi pendant près de huit ans, entre 2017 et fin 2025. « Nous avons choisi de vivre au grenier durant les travaux. C’était un choix assumé, presque une passion. Il fallait être présents sur place », confie-t-elle. Un engagement de longue haleine, exigeant constance, endurance et une implication de chaque instant pour mener à bien la rénovation de cette demeure d’exception. » Plus récemment, en octobre 2025, Gabriel et son épouse ont pu racheter le bâtiment situé de l’autre côté de la cour, lequel appartenait à Laurent de Morsier depuis 1997, qui l’avait alors reçu en héritage de son parrain Jean-Gabriel Clementi-Diodati.
« Notre idée est de reconstituer le domaine originel, avec sa grange, laquelle comprend un appartement de six pièces, ainsi qu’un duplex. » Marie-Antoinette souhaite créer de la permaculture. De quoi s’occuper encore un bout de temps.

