Territoire

L'Étang, le quartier des superlatifs

Par sa rapidité de réalisation, sa conception visionnaire et son chantier d'une envergure rare à Genève, le quartier de l'Étang a su se distinguer des autres mégaprojets. De quoi décrocher le premier label SNBS-Quartier de Suisse, mi-septembre, lors de son inauguration.

Le quartier abrite 870 logements, trois hôtels, une résidence étudiante et une maison intergénérationnelle
Le quartier abrite 870 logements, trois hôtels, une résidence étudiante et une maison intergénérationnelle - Copyright (c) capt3.com/Urban Project
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Pourtant classée cinquième ville romande, Vernier (GE) était jusqu’alors principalement réputée pour abriter des cités-satellites, historiques mais vieillissantes telles que le Lignon ou les Avanchets. Une image désormais redorée grâce à l’arrivée d’un nouveau site exemplaire en tous points: le quartier de l’Étang.

Bâti sur plus de onze hectares de parcelle (anciennement industrielle), cet ouvrage inauguré mi-septembre a su se démarquer par sa rapidité d’exécution à toutes les étapes du projet, par sa taille qui en fait le plus grand chantier privé de Suisse et l’engouement généré autour de sa concrétisation (les logements en PPE ayant été vendus en 24 heures). Une réussite à tous les niveaux qui lui aura valu également d’être le tout premier à recevoir le label fraîchement créé de SNBS-Quartier, marquant un tournant dans le développement de quartiers durables. Son obtention ayant tout de même nécessité de se plier à pas moins de 30 critères exigeants. Voici certains de ses éléments-clés récompensés.

Une qualité de développement

Plus de 300 arbres ont été plantésdiaporama
Plus de 300 arbres ont été plantés

Lorsque l’on observe le Tetris géant que représente le quartier de l’Étang, difficile d’imaginer que cette zone n’était autrefois rien d’autre qu’une simple friche industrielle. Trônent aujourd’hui, entre une voie CFF, l’autoroute A1 et la route de Meyrin (avec l’aéroport en toile de fond), des tours pouvant atteindre treize étages. Une architecture discontinue pensée en huit îlots distincts aux fonctions bien définies (voir cartes pages suivantes): îlot A pour les Atmosphères, îlot B pour le Belvédère, îlot C pour le Central, îlot D pour le District, îlot E pour l’Édifice, îlots F pour les Fa- briques Ouest et Est et enfin, îlot G pour le Gigatrium. Une planification millimétrée dont le but était de créer une «ville dans la ville» tout en l’intégrant à son contexte pour le moins inhospitalier au développement immobilier. «Je ne crois pas que l’on se rende compte du défi que cela a été pour nous à l’époque de s’engager dans un tel projet. Heureusement, douze ans plus tard, nous avons pu tout acheter, développer, construire avec un chantier pharaonique et nous pouvons enfin dire que c’était un pari réussi», souligne Xavier Jeanneret, directeur d’Urban Project qui a officié comme entreprise supra-totale sur le quartier de l’Étang.

Des usages riches et mixtes

Avec ses services essentiels, l'Étang se veut l'exemple type de la Ville du quart d'heurediaporama
Avec ses services essentiels, l'Étang se veut l'exemple type de la Ville du quart d'heure

Découlant directement de son organisation, la mixité des activités figurait, elle aussi, parmi les composantes importantes d’un quartier labellisé durable. Aussi, outre les 870 logements qui constituent le quartier de l’Étang, une résidence pour étudiants de 288 lits, trois hôtels de 700 chambres, une maison intergénérationnelle avec 95 logements et une quantité de commerces feront vivre ce nouveau cœur battant de Vernier.

Pharmacies, barbiers, fitness, espaces de loisirs viendront compléter l’offre du centre commercial Balexert, situé à un arrêt de tram du quartier. Tout comme les 14 restaurants présents sur place, la multitude de services (bancaires, santé etc.) et le bâtiment public, le Gigatrium (avec crèche, salle omnisports, potagers, restaurant scolaire...) qui se sont également invités dans le projet, recoupant ainsi plus de 120 chantiers en cours.

Les habitants ayant déjà tous pris possession de leur bien l’an dernier, les diverses activités s’installent quant à elles tour à tour. «Cette diversité fait écho à la notion de ville du quart d’heure, où tous les services essentiels d’une population se situent à moins de 15 minutes à pied ou à vélo du lieu d’habitation», commente Francine Wegmüller, en charge de l’accompagnement et l’évaluation du projet durant la procédure de certification.

L’utilisation efficace des surfaces

Deux lignes de bus traversent l'enceinte du quartierdiaporama
Deux lignes de bus traversent l'enceinte du quartier

Autre caractéristique saluée par SNBS- Quartier: l’Étang représente bien plus qu’une somme de bâtiments. Puisqu’en effet, un tiers des onze hectares de parcelle sont en pleine terre, donc non construites, et apporte une respiration au quartier. Faisant la part belle aux espaces extérieurs, les aménagements ont pris en compte les questions d’îlots de chaleur. Plus de 300 arbres ont d’ailleurs été plantés, là où avant se côtoyaient espaces de stockage et parkings, tandis que le parc des Tritons sera réaménagé et réouvert à la population l’an prochain.

La densité reste cependant partie intégrante de cet ouvrage colossal aux allures de tours bétonnées. Ce sur quoi le maire de Vernier, Mathias Buschbeck, se défend: «Pour nous c’est inhérent, il n’y a pas de quartier qui soit exemplaire d’un point de vue environnemental sans une certaine densité. Même si l'on oppose souvent densité et qualité, la recherche urbanistique réalisée pour le quartier de l’Étang prouve bel et bien que l’on peut combiner les deux.»

Une accessibilité assurée

Ancienne friche industrielle, le quartier de l'Étang propose désormais une zone d'activité riche et complètediaporama
Ancienne friche industrielle, le quartier de l'Étang propose désormais une zone d'activité riche et complète

Et pour un quartier de cette dimension (870 logements), la mobilité était un enjeu majeur de durabilité. Là encore, l’Étang s’est montré avant-gardiste en libérant les aménagements extérieurs de toute motorisation ainsi qu’en mutualisant ses parkings en sous-sol. Dédiée à la mobilité douce, la circulation du quartier offre 2600 places de stationnement à vélos, ne laissant passer que deux lignes de bus dans l’enceinte de la zone de vie et le tram en bordure de quartier.

Toujours dans un esprit de connectivité avec le reste de Genève, le quartier de l’Étang prévoit la construction d’une passerelle piétonne de 500 mètres, passant au-dessus de l’autoroute A1 et permettant de relier cet écosystème à la gare de Vernier. Appartenant à la liste des chantiers à terminer, la fin des travaux est agendée pour 2025.

L’énergie au centre de tout

Bien que décarbonation du bâti rime souvent avec électrification, le quartier de l’Étang a préféré baser son concept énergétique sur une production de chaleur et de froid par réseaux de chauffage à distance. Une centrale unique de 6 mégawatts (soit 1000 fois plus puissante qu’une chaudière de villa), est donc chargée d’alimenter en énergie l’entièreté du quartier via GeniTerre pour l’instant et par le biais de GeniLac à terme.

Les résidents sont eux aussi mis à contribution dans la recherche d’efficacité énergétique puisque des systèmes e-smart sur tablette sont à disposition de chaque logement afin de régler les paramètres énergétiques de son appartement, telle que la température, et de suivre ses consommations en direct.

Donner l’impulsion du renouveau

Véritable ville dans la ville, le quartier de l'Étang est composé de huit îlots répartis sur 11 hectaresdiaporama
Véritable ville dans la ville, le quartier de l'Étang est composé de huit îlots répartis sur 11 hectares

Des efforts communs récompensés par la certification SNBS-Quartier et félicités par le directeur de l’OFEN (Office fédéral de l’énergie), Benoît Revaz: «Je salue la vision et l’esprit entrepreneurial des promoteurs de ce projet qui ont su prendre une voie exemplaire il y a plus de dix ans. Un engagement qui prouve qu’il est possible de mener des projets de qualité même à une échelle de cette envergure.»

Alors, que l’on adhère ou pas à ce mégaprojet, le constat reste le même: voici l’exemple type de la ville de demain telle que privés et pouvoirs publics l’imaginent. Reste à voir maintenant si des quartiers comme ceux de Bourgogne et de Praille-Acacias-Vernets feront mieux... Une chose est sûre, le quartier de l’Étang restera à jamais celui qui a ouvert la voie vers l’urbain du futur.

Le récap' historique

Autrefois occupé par des industriels et des vendeurs de voitures jouxtant des citernes de pétroliers, le quartier de l’Étang est né d’une envie. Celle du milliardaire français Claude Berda et son associé suisse Jean-Bernard Buchs d’investir plusieurs millions de francs en 2007 pour développer cette zone pour le moins particulière.

Un coup de génie qui pousse les deux promoteurs à racheter la quinzaine de sociétés qui se trouvaient sur la parcelle de 11 hectares pour en maîtriser tous les terrains. Suite à ce travail de longue haleine, tout s’accélère. Le pilotage d’Urban Project porte ses fruits, aucun recours n’est déposé contre le futur quartier de l’Étang et la commune de Vernier se montre disposée à participer à sa réalisation.

Si bien qu’en 2015, le Conseil d’État genevois valide le plan localisé de quartier en un temps record (10 mois contre 2 ans en moyenne). Avec des étapes administratives raccourcies au possible, l’ensemble des constructions poursuit sur cette cadence élevée et réalise l’ensemble des huit îlots du quartier en seulement cinq ans (2018-2023). Réunissant par moment jusqu’à 19 grues et plus de 1000 ouvriers, le quartier de l’Étang devient alors le plus grand chantier privé de Suisse. Une réalisation à présent en fin de processus, qui n’attend plus que quelques commerces, l’aménagement de sa parcelle piétonne et la réhabilitation du parc des Tritons pour parfaire son œuvre d’ici 2025.

Le quartier en chiffres

256'000 m2 de surfaces

2500 habitants

7000 CHF le m2 (40% de moins que le prix du marché)

50’000 m2 de commerces 2500 emplois

3 hôtels pour 700 chambres