Projection

Logement: les défis du vieillissement

Sachant que le nombre de seniors de 85 ans et plus est amené à doubler d’ici 2050 en Suisse, il devient urgent de se questionner sur la manière de loger cette population dans des lieux adaptés à ses besoins.

L'espérance de vie prend l'ascenseur en Suisse depuis quelques décennies
L'espérance de vie prend l'ascenseur en Suisse depuis quelques décennies - Copyright (c) Freepik
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L’allongement de la durée de vie permet aujourd’hui à 16% de la population d’être appelée aînée ou senior, soit 8 fois plus qu’en 1900. Une nouvelle a priori réjouissante? Que nenni. Ce vieillissement désormais inarrêtable de la population s’accompagne malheureusement de nouveaux enjeux sociétaux. Notamment en ce qui concerne le logement. Fragilité, dépendance, coûts supplémentaires et exclusion sociale sont souvent le lot des personnes âgées, qu’il convient alors d’aider à rester chez elles (comme elles le souhaitent en général) tout en leur garantissant une certaine qualité de vie.

Mais comment? Telle est la question qui brûle les lèvres des planificateurs. Si tout le monde s’accorde à dire que cela pas- sera par des aménagements à domicile, de nouvelles normes de construction et un renforcement du lien social dans les quartiers, pour l’heure, les solutions concrètes ne se bousculent pas au portillon. Lors d’un événement organisé par la Ville d’ Yverdon-les-Bains, début novembre, Carole Martin, auteure d’une étude sur le sujet chez Statistique Vaud a apporté son éclairage.

Un futur, quatre perspectives

«La situation actuelle fait que les seniors vivent au sein de petits ménages (seuls ou en couple), la plupart parvenant à rester chez eux, tandis que 5% vivent en institution (EMS, etc.) et 2,5% en logements protégés (logement individuel avec accompagnement médicalisé)», décrit la spécialiste. Des chiffres qui dénotent un manque cruel d’options lorsque l’habitation ne convient plus. D’autant que la construction de centaines de milliers de logements prévue ces prochaines décennies n’enlève rien au fait qu’environ 80% du parc est déjà bâti.

«Il y a donc un gros travail à faire sur l’existant, avec le remplacement des baignoires par des douches à l’italienne, l’abaissement des seuils de portes, un rapprochement des commerces...», énumère Carole Martin. Dans sa projection, l’auteure est d’ailleurs allée jusqu’à identifier quatre scénarios d’avenir pour l’habitat de nos ainés à l’horizon 2040. Les voici résumés:

1. Dans la poursuite des tendances actuelles, les seniors anticipent peu leurs besoins futurs et n’ont pas envie de déménager. On se retrouve en 2040 avec des quartiers où il y a peu de mixité sociale, avec des ménages de personnes âgées en grappes et l’offre/demande de logements protégés qui stagne.

2. Autre scénario, cette fois-ci de crise économique, où l’on constate la multiplication de logements abordables, ce qui amène également les seniors à déménager. De nouvelles solidarités familiales se créent mais les logements protégés restent considérés comme stigmatisants et se voient délaissés.

3. Ici l’Etat s’engage dans des campagnes de sensibilisation auprès de tous les acteurs, les promoteurs immobiliers et les seniors eux-mêmes. Une prise de conscience des besoins s’opère, une labellisation des logements protégés permet de cadrer leur essor mais leur accès reste encore restreint à la majorité des aînés car trop chers.

4. Enfin dans un monde idéal, le senior est anticipateur et a conscience de sa fragilisation due à l’âge. Il prend les devants et déménage avant que le besoin ne se fasse sentir dans des logements adaptés qui sont implantés très largement dans sa région. Il y a un guichet d’information qui aiguille dans cette recherche et le senior est un habitant comme un autre au sein d’une mixité sociale.

Nous avons un système médico-social que l'on ne pourra pas doubler à une échéance de 30 ans.

Marc Favez, Pro Senectute Vaud

Des solutions discrètes émergent

Bien implanté dans la pratique, sur le terrain et au quotidien, Marc Favez, responsable au sein de la fondation Pro Senectute Vaud, se montre quant à lui plus frileux vis-à-vis de cet avenir idéal. «Avec nos moyens actuels, nous avons un système médico-social que l’on ne pourra pas doubler à une échéance de 30 ans. L’ancienne cheffe de la santé publique disait que pour construire l’hôpital Riviera-Chablais il avait fallu plus de 20 ans, alors imaginez doubler le nombre d’EMS ou de logements avec support médicalisé...», illustre-t-il.

Ce dernier constate cependant de nombreux indicateurs encourageants tels que le projet «Vieillir 2030» du canton de Vaud ou le programme «Vieillir chez soi» de Pro Senectute Vaud qui agit sur trois axes: l’adaptation des lieux de vie, la création de solidarités de voisinage et la mise en place de référentes sociales itinérantes. Pour aller plus loin, «nous avons proposé une démarche inédite à un propriétaire institutionnel, les Retraites Populaires, pour initier un projet pilote à Gland. Il s’agissait de demander à ses locataires quels étaient leurs besoins et d’entamer dans la foulée des travaux d’améliorations. Ce qui a permis l’an dernier de transformer 15 salles de bain et de travailler sur l’extérieur des immeubles afin d’installer des mains courantes, de repenser l’éclairage, etc. Le tout financé par Retraites Populaires», commente Marc Favez.

Une réussite pour les instigateurs de cette solution qui espèrent à présent déclencher un effet «boule de neige» et que des propriétaires suivront le mouvement pour «sortir du schéma habituel de construction de logements pour familles que l’on reproduit depuis les an- nées 80», exprime le responsable. Faire comprendre que les seniors peuvent eux aussi être considérés comme un marché intéressant, tel est le défi. En tout cas, l’appel est lancé.