Portrait

Mario Botta, l'intarissable envie de dessiner

Chaque mois, immobilier.ch vous propose le portrait d’architectes qui font rayonner la Suisse à l’étranger. Retour sur le parcours du Tessinois Mario Botta, un passionné porté par la fureur de travailler.

Mario Botta en action dans son atelier à Mendrisio.
Mario Botta en action dans son atelier à Mendrisio. - Copyright (c) Enrico Cano.
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En matière d’architecture, seuls quelques noms helvétiques ont su faire la différence et résonner au-delà de nos frontières, traversant les continents et les décennies.

L’église cylindrique di San Giovanni Battista à Mogno, au Tessin.diaporama
L’église cylindrique di San Giovanni Battista à Mogno, au Tessin.

Parmi eux, celui de Mario Botta continue de faire parler de lui, un demi-siècle plus tard, en multipliant les projets aux quatre coins du monde. La faute à une insatiable envie de dessiner qui habite l’architecte tessinois depuis ses débuts.

Les prémices d'une longue carrière

Une envie qui l’aura amené dès son plus jeune âge à faire de sa passion, son métier. A seulement 17 ans, il conçoit sa toute première œuvre: une maison familiale au sein de son village natal, à Mendrisio. Une réussite qui confirme alors son choix de suivre des études spécialisées. Après un cursus au lycée artistique de Milan, Mario Botta explore les contours du domaine à l’Institut universitaire d’architecture de Venise, notamment aux côtés du Neuchâtelois Charles-Edouard Jeanneret-Gris (dit Le Corbusier) avec qui il collaborera plusieurs années. Puis, sitôt son diplôme en poche, le jeune architecte crée son studio indépendant à Lugano, en 1970, et par la même occasion impose peu à peu sa signature.

Le San Francisco Museum of Modern Art (SFMOMA), aux Etats-Unis.diaporama
Le San Francisco Museum of Modern Art (SFMOMA), aux Etats-Unis.

Un style architectural qui réinvente les formes les plus simples comme le cercle, le carré, le cylindre…et en décline de multiples combinaisons à l’aide de matériaux sobres comme la brique ou la pierre. Véritable touche-à-tout, Mario Botta s’attèlera dès lors tout au long de sa longue carrière à diversifier ses projets et à les mener de front, quitte à jongler parfois entre une banque, un théâtre et un musée. Ce qui fera sa particularité, contrairement à nombre de ses confrères, réside dans le fait que le Luganais consacrera tout un pan de son œuvre à l’architecture du sacré. On lui confiera ainsi plus de 26 réalisations de chapelles, cathédrales, églises ou synagogues (de Turin à Evry, en passant par Tel-Aviv).

Face à tant de diversité au niveau de ses ouvrages, Mario Botta essuie toutefois quelques ratés dans ses essais. D’une part avec le casino de Campione, petite enclave italienne au bord du lac de Lugano, dont la faillite aura entraîné dans sa chute la commune de 2000 habitants. Ce «monstre architectural», gigantesque construction en marbre jaune de treize étages qu’il signe, se devise en 2007 à 90 millions d’euros, mais en coûtera finalement le double, ce qui entamera lentement le déclin de l’établissement. Autre déception: le concept architectural de revalorisation du site de Bonfol (JU), une ancienne décharge industrielle qui, faute de financement, aura fini par passer à la trappe au printemps dernier.

Les bains thermaux de Baden (AG) baptisés «Fortyseven» pour la température de l’eau à 47°C.diaporama
Les bains thermaux de Baden (AG) baptisés «Fortyseven» pour la température de l’eau à 47°C.

Une architecture qui s'exporte

Malgré tout, en tant que fer de lance de l’architecture suisse, Mario Botta attise le respect et cherche à transmettre. Une vision d’abord, celle d’une esthétique sobre et fortement géométrique, mais aussi un savoir-faire, à travers l’Académie d’architecture de Mendrisio qu’il fonde en 1996. En pratique, il aura également permis, grâce à la tour panoramique de Moron (Jura bernois), qui tombe actuellement en ruine, à quelque 600 apprentis de s’exercer sur un monument grandeur nature.

Souvent imité en Suisse, Mario Botta finit par exporter son travail à l’étranger, et particulièrement en Asie où l’architecte devient une star. Fréquemment appelé, il travaillera entre autres sur la basilique Notre-Dame-du-Rosaire en Corée du Sud, sa plus grande église, pour une bibliothèque en Inde et pour le musée du campus de l’Université de Pékin. Dernièrement, ce sont deux nouveaux défis qui lui ont permis de se reconcentrer sur nos contrées. Les nouveaux bains de Baden (AG) dans un premier temps mais aussi le nouvel observatoire d’Uecht, au sud de Bern, intitulé «Space Eye», qui devrait ouvrir à l’été 2023. Une grande première pour l’architecte qui n’avait auparavant jamais assuré de mandat pour l’astronomie.

La «Fiore du Pietra» sur le plateau rocheux du Monte Generoso en 2017.diaporama
La «Fiore du Pietra» sur le plateau rocheux du Monte Generoso en 2017.

Pas de retraite à l'horizon

Aujourd’hui à l’aube de ses 80 ans, le Tessinois ne semble toujours pas prêt à s’arrêter en si bon chemin. Lui qui navigue à travers le monde de projet en projet, un crayon (rouge) constamment ancré dans la main, déjoue le temps à coups de créations. Les années glissent sur cet homme pressé qui semble vouloir jouer les éternels concepteurs. L’architecture «est une médecine extraordinaire», aime-t-il répéter à qui veut l’entendre. Sa créativité infinie, source d’énergie, le pousse à ne pas freiner le rythme, «pour pouvoir espérer admirer ses perpétuels projets se concrétiser». En attendant de découvrir ses futures et non ultimes réalisations, l’ensemble de son œuvre est exposé au Musée d’art contemporain de Rome jusqu’au 22 septembre.