Energies renouvelables

«Nous manquons cruellement de personnel qualifié»

Journaliste et rédactrice en chef adjointe chez immobilier.ch
Publié le 13.06.2022 à 14:14

La pénurie de travailleurs spécialisés dans les énergies renouvelables pourrait freiner les ambitions de chacun. Helion, leader suisse, tente d’y remédier.

Le renouvelable a la cote mais est il n'en demeure pas moins qu'il est freiné par divers obstacles.
Le renouvelable a la cote mais est il n'en demeure pas moins qu'il est freiné par divers obstacles. - Copyright (c) Helion
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Les objectifs énergétiques de la Confédération sont connus de tous, les moyens pour assainir le parc immobilier sont clairs, et pourtant. La Suisse voit encore et toujours planer sur elle le spectre des pénuries. Bien que le renouvelable ait la cote auprès des propriétaires depuis quelques années, il n’en demeure pas moins freiné par divers obstacles. Helion, leader suisse dans le domaine du photovoltaïque, des pompes à chaleur et des bornes de recharge depuis 2008, est témoin de ce décalage entre le dessein des autorités et la réalité du terrain. Son directeur romand, André Gomes, nous fait état des enjeux actuels de ce secteur en plein essor.

Comment évolue la demande en matière de renouvelable?

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André Gomes. - Copyright (c) DR

Elle est exponentielle et s’est encore accélérée depuis la pandémie car il y a eu une réelle prise de conscience de la part de la population. Le télétravail a également changé nos habitudes et fait réfléchir certains propriétaires qui avaient des envies à l’état de projet et se sont finalement décidés à se lancer. On remarque aussi que la situation géopolitique, avec la guerre en Ukraine, en a incité plus d’un à mettre le pied à l’étrier pour produire de l’énergie localement.

Arrivez-vous à répondre à cette sollicitation croissante?

Aujourd’hui, plusieurs défis nous limitent dans notre domaine d’activité, celui de l’énergie renouvelable. Tout d’abord, la complexité administrative. Déposer une demande d’autorisation pour une installation solaire est relativement simple et harmonisé, mais pour la pompe à chaleur, la démarche est très chronophage. Selon la commune, chaque projet énergétique est traité de façon différente, avec son lot de complications. Cela n’incite malheureusement pas à remplacer sa chaudière à mazout ou au gaz par du renouvelable. Le deuxième défi auquel nous faisons face est celui de la chaîne d’approvisionnement qui est mise à mal depuis la pandémie. Un seul composant nous manque et toute la mise en service d’une installation peut être retardée, et ce, jusqu’à plusieurs mois. Chez Helion, nous avons mis en place certaines mesures, de stockage notamment, mais la situation reste très instable.

Y a-t-il encore un troisième obstacle?

Oui, et pas des moindres car nous manquons cruellement de personnel qualifié. Il y a une véritable pénurie de candidats qui frappe la branche et toutes les entreprises sont concernées.

Pourquoi une telle pénurie est-elle observée alors que le renouvelable ne cesse de faire parler de lui depuis plusieurs années?

Ce sont des nouveaux métiers et il y a eu jusqu’ici un manque d’offre de formation. On pensait que les électriciens ou les couvreurs, par exemple, se reconvertiraient facilement dans cette filière, mais à aucun moment le secteur n’a offert une véritable formation professionnelle que les jeunes pouvaient choisir. Il s’agit donc à présent de revaloriser ces métiers de chantiers et la faitière, Swissolar, avec d’autres acteurs de la branche, est en train de mettre en place un CFC d’ici à 2024 pour ces personnes-là. Ce sont à peu près 20’000 places de travail estimées d’ici à 2030 et 28’000 d’ici à 2050.

Qu’avez-vous entrepris à ce niveau-là?

Nous avons créé il y a deux ans la Helion Academy. Au sein de notre entreprise, nous proposons désormais à nos employés une formation continue pour une montée en compétence de nos collaborateurs. Cela permet également d’offrir des perspectives à l’interne, notamment aux personnes qui postulent chez nous et souhaitent faire une reconversion professionnelle. Avec la transition énergétique, nous sommes tous conscients que certains métiers seront forcément amenés à changer, voire à disparaître. La formation offerte par la Helion Academy vise à s’adapter à ces changements, à apprendre un nouveau métier qui fait sens et offre des débouchés au sein d’Helion.

Cette académie est uniquement destinée à vos employés?

Pas à terme. Pour l’instant, c’est le cas, nous formons en interne avec nos propres spécialistes métiers, un pour la partie électrique, un pour la partie solaire, un pour la partie toiture et un pour les pompes à chaleur. Tous s’assurent qu’au niveau opérationnel, Helion installe ses solutions énergétiques conformément aux normes et critères de qualité, car il y a fréquemment des mises à jour à effectuer dans ce secteur d’innovation technologique. Aujourd’hui, Helion compte 430 collaborateurs, dont plus de la moitié ont été embauchés ces deux dernières années et sont passés obligatoirement par notre Helion Academy. En ce qui concerne les formations externes, nous y travaillons: nous cherchons des partenaires dans les différentes régions pour la formation aux divers métiers.

Est-ce que cette formation est également un moyen de vous démarquer de vos concurrents?

C’est certain. La Helion Academy nous donne de la crédibilité vis-à-vis du marché, des clients, une crédibilité qui fait parfois défaut dans notre branche. Il y a de plus en plus de petites entreprises qui se lancent sans toujours avoir les compétences ou l’éthique nécessaire. Cela péjore l’image de notre secteur et nous conduit parfois à devoir rattraper des projets réalisés par des entreprises douteuses, qui se sont faufilées dans la brèche du secteur renouvelable.

Finalement, l'objectif énergétique 2050 n’est-il pas utopique?

Helion a élaboré un modèle de ce qui doit être fait en vue de garantir l’approvisionnement énergétique suisse d’ici à 2050. Les premières mesures sont administratives et consistent à simplifier et harmoniser la transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Eviter que ces procédures riment avec montagne de paperasse. Il devrait au contraire exister des mesures d’incitation à participer à cette transition. Ce qui figure aussi dans le modèle Helion, c’est qu’il n’est pas nécessaire de créer des structures pour obtenir cette indépendance énergétique, car les infrastructures existantes telles que les bâtiments, les bords d’autoroute etc. offrent suffisamment de potentiel. Un autre point concerne le stockage de l’énergie. Comme nous le savons, la production solaire fluctue en fonction des saisons. Le défi consistera donc à stocker ou à transformer cette énergie en carburant synthétique ou à la stocker sous forme d’hydrogène par exemple. Donc oui, il y a énormément de défis qui nous attendent. Je vous l’accorde, nous aurions pu agir confortablement en commençant il y a dix ans, car le réchauffement climatique n’est pas un thème nouveau, mais la prise de conscience a lieu maintenant et nous allons devoir agir rapidement sans tergiverser. Ce sera principalement le rôle des autorités de faire avancer les choses, tout comme cela a été fait pour le solaire. Il faut à présent étendre cela aux pompes à chaleur et aux voitures électriques.