Pelichet, en route vers le renouveau
L’heure du changement a sonné pour le spécialiste du déménagement, du transfert et de l’archivage. Ce fleuron genevois installé depuis 1891 vise désormais plus loin, plus grand et plus haut de gamme.

Rares sont les entreprises qui ont su traverser les âges, les époques et subsister depuis 1891. Parmi elles, le Genevois Pelichet s’est, pour sa part, bâti un socle pérenne autour de trois métiers (le déménagement, le transfert et l’archivage). Des métiers qui n’ont pourtant plus rien à voir avec ceux d’antan. Il y a d’abord les cartons que l’on transportait dans le coffre d’une 4 CV qui occupent aujourd’hui 4 camions, mais aussi les déplacements qui se sont étendus au fil du temps, passant de 5 à 50 voire 5000 kilomètres, tandis que des milliers de documents tiennent à présent dans une simple clé USB... Face à de tels bouleversements, la société historique (voir encadré) a décidé de prendre un virage complet, à l’image de ce nouveau marché. Portrait.
Un secteur qui bouge

Aider la famille Broquet à déménager des Acacias pour aller à Meyrin ou un magnat de l’immobilier de Cologny vers sa nouvelle demeure londonienne, transférer les bureaux et les machines d’une PME dans d’autres locaux, comme ceux des nombreux organismes internationaux, stocker l’armoire d’un aïeul mais aussi les archives ultraconfidentielles d’une banque... La liste des services que propose Pelichet n’en finit pas et s’adapte à une demande qui évolue sans cesse. «Rien que depuis la pandémie, la saisonnalité des déménagements s’est transformée. Tandis que le pic était auparavant cadré de mai à septembre, on carbure désormais de mars à octobre. Sans parler des bureaux qui se vident au profit du télétravail et des contrats d’expatriés qui se multiplient mais se raccourcissent. Ce à quoi s’ajoute le délai de réponse à une demande de document de la Confédération, qui s’est vu réduire de 48h à 24h, orientant d’autant plus l’archivage vers le numérique», décrit Régis Serriere, directeur stratégique chez Pelichet. Des changements de taille, surtout quand on sait que certaines administrations conservent jusqu’à 13 kilomètres d’archives dans leurs sous-sols. Si bien qu’avec le manque chronique d’espaces de stockage à Genève, Pelichet et ses concurrents (Balestrafic, Harsch...) ne se marchent en aucun cas dessus. Une aubaine de nos jours. «Il y a également un créneau florissant pour le Fine Art, étant donné que le Port Franc est plein à craquer, tout le monde cherche des dépôts sécurisés», souligne Régis Serriere.
Le rachat comme tremplin
De nouvelles perspectives qui ont donné un coup de fouet à Pelichet. Après avoir tourné une première page de son histoire, cette entreprise familiale, d’abord aux mains de cinq générations successives puis rachetée en 2011 par le groupe mondial Mobilitas, prend le pli dès 2020, affichant pleinement ses ambitions renouvelées. Une équipe de direction toute neuve prend alors les commandes de l’institution avec Stéphane Disant à sa tête. Issu du monde de l’hospitalité, le dirigeant se fixe dès lors un premier objectif de développement de l’offre Premium (clientèle à haut niveau de confidentialité). De son côté, en tant que directeur stratégique, Régis Serriere se voit chargé, l’an dernier, d’une mission d’envergure: poursuivre l’implantation géographique de Pelichet. «Fortement présents en Suisse romande, nous nous sommes déjà installés ces derniers mois à Orbe et à Paris, puis nous serons a priori dès le printemps prochain à Bâle, Zurich/Zug et Bern. Fort d’un large réseau de partenaires dans plus de 100 pays, il s’agissait dorénavant d’exister en propre dans des agences, au plus près de la clientèle» précise-t-il. Une croissance externe qui occupe Pelichet mais ne l’empêche pas de s’affirmer sur d’autres projets.
De la suite dans les idées

Celui de regrouper ses sites genevois à Satigny par exemple. Un programme d’ampleur pour la société qui compte pour le moment six entrepôts (dont l’un de 1500 m2 inauguré récemment) et 55 collaborateurs. Mais ce qui emploie grandement Régis Serriere et ses équipes, c’est l’impact écologique indéniable de la branche. Difficile d’avoir la main verte lorsque l’on transporte, emballe et détruit au quotidien. Malgré tout, Pelichet tente de corriger le tir. «Outre la plantation d’arbres en Afrique, que l’on a mise en place pour chaque palette d’archivage reçue, nous réduisons au maximum l’emballage d’objets et sommes en train de changer complètement le parc de véhicules en électrique ou le moins polluant possible (pour les camions). Mais surtout, nous recyclons les bureaux», indique le responsable. Appelée «Green Attitude», cette action instaurée en mars 2021 consiste à proposer aux sociétés qui changent de locaux et désirent jeter leur ancien mobilier, de le donner à une autre, qu’il s’agisse de 60 ou 500 pièces. Un cercle vertueux où les entreprises jouent le jeu et Pelichet les intermédiaires. Sur tous les fronts, le Genevois poursuit donc sur sa lancée, ce qui se traduit par une augmentation non négligeable du chiffre d’affaires. Alors que celui-ci stagnait depuis quelques années autour des 10 millions de francs, il devrait atteindre cette année 14,1 millions de francs et 15,2 en 2023. Pelichet est donc bien parti pour durer, faisant cap cette fois-ci vers son bicentenaire.
Plus de 130 ans d’histoire
L’entreprise de transport La Genevoise, de son nom d’époque, est fondée en 1891, aux Eaux-Vives, par Albert Pelichet. Tandis que l’hiver ce dernier livre du charbon et du bois de chauffage, l’été il délocalise les grandes familles qui rejoignent leurs résidences estivales avec leur mobilier. Dès 1900, le piano est à la mode dans les milieux aisés, il en transportera jusqu’à 20 par jour. La deuxième génération de Pelichet remplace la précédente en 1918, puis la troisième s’installe, incarnée par Andrée Pelichet et son époux Edouard Borgstedt. Mais la Seconde guerre mondiale éclate et les camions sont alors réquisitionnés sur le front d’Europe de l’Ouest. Passé cette triste période, Genève est en pleine expansion avec l’essor des Nations Unies et l’arrivée des Organisations internationales qu’il faut installer. Jean-Jacques, le quatrième héritier, un anglophone aguerri, aidera les multinationales (telles que Caterpillar) à prendre racine dans le canton et Pelichet à s’exporter dans le monde entier, notamment en Asie. Son fils, Yann, reprendra ensuite le flambeau avant de vendre l’entreprise au groupe mondial Mobilitas en 2011.
