Canton de Fribourg - Suisse

Projet d’usine et de centre de formation pour Condis

13.05.2026 à 12:14

Rossens est le berceau de compétences étonnantes, celles du leader mondial des condensateurs haute tension, Condis. La PME a acquis 17000 m2 à Farvagny pour y construire une nouvelle usine.

Condis a acquis une parcelle de 17'000 m2 vers l'autoroute A12 sur laquelle elle projette de construire sa nouvelle usine
Condis a acquis une parcelle de 17'000 m2 vers l'autoroute A12 sur laquelle elle projette de construire sa nouvelle usine - Copyright (c) Condis
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Quelques centaines de mètres et l’autoroute séparent la fabrique actuelle de celle prévue pour le printemps 2029. « La parcelle acquise se trouve dans le village voisin, mais sur la même commune de Gibloux », précise Damien Frioud, directeur de programme du nouveau site. Ce déménagement permettra à Condis d’être maître des lieux. Jusqu’à présent, l’entreprise loue le terrain de Rossens au fonds immobilier vaudois Procimmo Real Estate SICAV-Industrial.

L’attachement à la région n’est donc pas théorique. Il a dicté une grande partie du projet de l’entreprise de dernière génération. Elle accueillera les 175 collaborateurs de Condis et peut-être plus. En deux ans, la société a quasi doublé ses effectifs et triplé sa production. Les récents besoins électriques à l’échelle mondiale ne sont pas étrangers à cette croissance.

« Plus des 75% de nos équipes vivent dans un rayon de 20 kilomètres, souligne Stéphane Page, le CEO de Condis. Trois autres terrains étaient en lice, dont un à Romont et un à Châtel-Saint-Denis. La proximité avec l’emplacement actuel et le soutien des autorités ont fait la différence. » L’ancrage local s’explique par un savoir-faire très spécifique développé depuis 1903, année de fondation de l’entreprise de condensateurs à Fribourg. Une position géographique d’autant plus remarquable que le leader mondial des condensateurs exporte 98% de ses produits à l’étranger, notamment en Asie.

Très haute tension

Dès lors, que fabrique Condis, dont le nom et la structure sont nés en 1973 ? Pour le comprendre, il faut se replonger dans ses cours d’électricité. Dans chaque disjoncteur à chambres de coupure, vous avez un condensateur qui permet de répartir uniformément la puissance. La particularité de la PME fribourgeoise est de travailler avec la très haute tension, à savoir de 550 000 à un plus d’un million de volts. Attention aux étincelles ! On est bien loin des 230 à 400 volts de nos prises. La Suisse ne dispose pas d’installations avec de tels niveaux de tension.

Les 30 000 condensateurs produits à Rossens par an ont donc une affectation bien ciblée. « Ils se trouvent dans des sous-stations électriques à l’air libre (AIS), comme on en voit au bord des autoroutes à l’étranger. D’autres sont dans des disjoncteurs encapsulés et isolés par un gaz (GIS), dans des endroits fermés et proches de zones à forte densité de population », simplifie Stéphane Page, ingénieur en science des matériaux. Leur taille varie entre 40 centimètres et 6 mètres.

Préserver le savoir-faire

Malgré un marché principalement en Chine, en Amérique du Nord et en Europe, Condis a peu de concurrence. « Elle est quasi inexistante en Europe ou aux Etats-Unis. Notre savoir-faire est essentiel, car à ce niveau de tension, aucun défaut n’est permis. Un incident sur une sous-station peut occasionner des pertes se chiffrant en millions de dollars par jour, insiste le directeur général. Chaque pièce est soigneusement assemblée par un opérateur et scrupuleusement testée dans des laboratoires haute tension. »

La nouvelle usine va continuer à combiner la haute technologie et les compétences proches de l’artisanat. Condis est un peu la dentelle de la Gruyère du secteur électrique, un savoir-faire manuel pour des produits extrêmement critique pour le réseau électrique. La future halle de test mesurera 23 mètres de haut avec des équipements de 10 mètres seulement à l’intérieur. « L’espace vide est un élément essentiel pour la qualité des mesures. Ce laboratoire à haute tension offrira des conditions de test assez uniques en Suisse et dans le monde », observe Damien Frioud. Une cage de Faraday - enceinte protégée des champs électriques et électromagnétiques – sera également installée.

L’ensemble modulaire se veut plus flexible et plus confortable pour les équipes. Il recouvrira presque l’équivalent de trois terrains de football. Outre une gigantesque zone de production, la PME prévoit un centre de formation. Des métiers comme le bobinage de la partie active du condensateur et l’assemblage de celui-ci demandent une expertise sans faille et pour laquelle il n’existe aucune école.

Réflexion collective

Pour lancer le projet, une quinzaine de collaborateurs ont imaginé leur usine du futur en Lego, lors d’un atelier en été 2025. Cela a permis de développer une vision autour de l’humain et de la transparence. « Par exemple, les équipes administratives verront la production et inversement grâce à de grandes fenêtres. Un lion en Lego, placé au centre de l’usine, symbolisait les compétences à sauvegarder. D’où la volonté de créer un centre de formation en interne », explique Stéphane Page. 

L’entreprise affiche également des ambitions écologiques. Site industriel énergivore, Condis va entièrement repenser sa production énergétique. Outre des panneaux photovoltaïques, la nouvelle structure récupérera la chaleur d’une trentaine de fours pour la réinjecter dans ses propres systèmes. Certaines machines vont aussi profiter d’un rétrofit énergétique. « Nous visons la neutralité carbone », signale Damien Frioud.

Le planning prévoit un dépôt de permis de construire cet été. Les travaux réalisés par des partenaires locaux tels que le groupe JPF et le bureau d’architecture Pasquier & Glasson à Bulle devraient commencer en 2027. Le budget alloué à la nouvelle usine est de 35 millions de francs.