Quand l’art contemporain côtoie de très vieilles pierres
Les fondations de la maison de l’Obergasse 4 comptent parmi les plus anciennes de la ville de Bienne. Aujourd’hui, une galerie d’art occupe le rez-de-chaussée et le sous-sol du bâtiment.

Difficile de croire, quand on passe la porte de la Gewölbe Galerie à Bienne, que sous nos pieds reposent parmi les plus anciennes reliques architecturales de la ville. Car l’arcade de l’Obergasse 4 propose des antiquités certes, mais aussi une exposition temporaire d’objets d’art asiatiques des XIXe et XXe siècles, ainsi que des pièces de design et du mobilier des XXe et XXIe siècles.
La galerie en tant que telle a ouvert en 1998, mais son gérant Martin Jegge était déjà actif dans la restauration de meubles anciens et le commerce d’art et d’antiquités depuis 1986, travaillant alors dans un atelier contigu à la galerie actuelle. Lorsque lui et son épouse deviennent propriétaires de l’arcade en 2009 – ils la louaient jusque là –, ils engagent une entreprise de travaux pour construire une cave en sous-sol et ainsi agrandir l’espace. Le maître d'ouvrage tombe alors sur de bien vieilles pierres, et découvre ce qui a tout l’air d’une ancienne cave comblée. Mandaté pour étudier le site, le Service d’archéologie du canton de Berne déduit de ses fouilles que le bâtiment date très probablement de l'époque de la fondation de ville, soit aux alentours de 1220-1230.

Vestiges rares et anciens
« Les premières maisons construites à Bienne étaient généralement en bois, mais certaines étaient déjà en pierre », explique Armand Baeriswyl, directeur du département d'archéologie médiévale et de recherche architecturale au Département de l’éducation et de la culture du Canton de Berne. « Quelques autres maisons de la vieille ville de Bienne portent encore des traces de cette époque, mais il ne s’agit que de vestiges, de murs isolés et de parties de façades qui ont été fortement modifiés par la suite. Les plus anciennes façades médiévales conservées et visibles, par exemple sur le Ring, datent déjà toutes du XVIe siècle. »
Lors de leurs fouilles dans le sous-sol de l’Obergasse 4, les archéologues ont décelé deux voûtes comblées dans l’un des murs de pierre, qui servaient sans doute à rejoindre le bâtiment adjacent. Les murs étudiés présentaient tous des traces évidentes d'incendie, très certainement celui de 1376 qui a dévasté la ville. Il semble que le bâtiment ait été si gravement touché qu'une reconstruction complète s'est avérée nécessaire. La façade actuelle du bâtiment date du XIXe siècle, ce qui n’empêche pas que le bâtiment ait subi d’autres travaux entre deux.

Au sous-sol de la Gewölbe Galerie, les anciens murs ont donc été rénovés – sauf un pan laissé avec ses pierres d’époque – et gardent des tons terracotta , signe de la couleur que la pierre avait pris après que le bois des étages supérieurs, brûlé lors de l’incendie, l’ait coloré ainsi.
Découverte historique
Aujourd’hui, Martin Jegge prend plaisir à faire visiter sa boutique aux amateurs de vieille pierre, montrant une certaine fierté à occuper un lieu si rempli d’histoire et à avoir été à l’origine de cette découverte. « Il y a toujours eu une bonne coopération entre l’office du patrimoine du canton, les archéologues, la ville de Bienne et nous. Cela est dû au fait que mon épouse et moi avons tout de suite parlé de notre découverte, nous avons demandé conseil à des spécialistes, sans jamais vouloir cacher la chose. »
Sa principale préoccupation reste néanmoins de trouver un repreneur pour travailler dans l’atelier de restauration de meubles contigu à la galerie : son employé part à la retraite l’an prochain. « Nous sommes les seuls dans la région à combiner ainsi galerie d’art et restauration de meubles, de tous les styles et de toutes les époques. »