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Quand la génération Z imagine le futur de la construction

Publié le 22.07.2026 à 16:04

Nommé rebuiLT, le pavillon se dresse au milieu des bâtiments de l’Ecole du Pontet à Ecublens. Il ressemble à une petite maison. Rien ne laisse supposer que le lieu est un terrain d’expérimentation estampillé EPFL, destiné aux professionnels de la construction.

Le pavillon rebuilT inauguré l'an dernier
Le pavillon rebuilT inauguré l'an dernier - Copyright (c) Solene Hoffmann
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Depuis son inauguration fin février 2025, après plus de deux ans de travaux, le Pavillon rebuiLT est ouvert au public. Erigé à Ecublens, dans la banlieue lausannoise, il peut accueillir une cinquantaine de personnes au maximum. Désormais, associations, écoles ou regroupements collectifs divers peuvent réserver cet espace «dédié à la participation, à la sobriété et à la durabilité» pour organiser des réunions, des événements, des cours ou d’autres activités. Pourtant, l’essentiel réside ailleurs: dans l’aventure humaine et pédagogique qui a mené à faire sortir de terre ce tout nouveau bâtiment, quasi entièrement construit avec des matériaux anciens.

Erigé par les étudiantes et étudiants de l’EPFL à partir de matériaux de récupération, ce pavillon de 100 m² au sol et 230 m² de façade raconte une histoire singulière de réinvention. Ses murs extérieurs, faits de bottes de paille enduites de chaux, se parent d’un blanc vibrant, animé de reflets irisés sous la lumière du soleil. Le toit, tapissé de tuiles multicolores, conserve la trace joyeuse des ateliers de peinture organisés pour les enfants pendant le chantier, ajoutant une touche d’innocence au projet.

A l’intérieur, un parquet élégant, presque théâtral, contraste avec la majesté brute des imposantes colonnes de béton. Chaque élément de l’espace – fenêtres de réemploi, poutres, planchers – porte fièrement les cicatrices de son passé: trous, rayures, marques profondes, autant de témoignages d’une autre vie. Les murs de terre, modelés à la main, conservent l’empreinte des gestes humains, traces visibles comme une mémoire vivante. Ce pavillon, à la fois joyeux et mélancolique, célèbre le présent tout en rendant hommage aux vies antérieures de ses matériaux.

La récupération et le réemploi de structures venues d’autres chantiers et d’autres édifices en fin de vie se sont placés au cœur du projet rebuiLT né fin 2021 à la suite d’une initiative d’étudiants et d’étudiantes de l’EPFL désireux de questionner les modèles dominants de l’architecture et de la construction. Le groupe initial va s’étoffer d’autres volontaires et bénéficier de l’appui du Laboratoire d’exploration structurale du professeur Corentin Fivet ainsi que de la commune d’Ecublens et de partenaires issus de la société civile.

Mieux construire, mieux communiquer

Au fil des mois, le chantier rebuiLT a permis à plus de 250 personnes, étudiants, bénévoles ou professionnels, de se former de manière concrète à la réutilisation de matériaux, à la construction collaborative et à la gestion de projet. La gouvernance partagée, sans hiérarchie figée, a en outre été un vrai «laboratoire d’apprentissage collectif», pour reprendre les mots de Sarah Planchamp, membre de l’association qui dirige le projet.

L’un des autres objectifs de rebuiLT était de s’adresser non seulement aux spécialistes – architectes, ingénieurs, professionnels de l’immobilier, artisans, etc. –, mais aussi au grand public, afin de sensibiliser chacun et chacune aux enjeux environnementaux, à d’autres manières de construire, ainsi qu’à des notions telles que la circularité des ressources. Dans cette perspective, le chantier a reçu quelque 1000 visiteurs entre 2022 et 2025. Plus de 500 élèves d’Ecublens ont aussi pu découvrir le travail des étudiants et étudiantes de l’EPFL. Le lieu parle de lui-même.

Le bâtiment rebuiLT n’a en effet rien de conventionnel. Il est composé quasi exclusivement de matériaux de réemploi, collectés localement: blocs de béton issus d’un ancien centre de stockage audiovisuel à Renens, bois provenant d’un cinéma démonté à Fribourg, tuiles et terre glanées dans une ferme communale, isolants biosourcés. «Ce n’est pas juste de la récupération à visée esthétique, explique Sarah Planchamp. Un important travail de repérage a été nécessaire – trouver les matériaux et les pièces adaptés dans les chantiers alentour n’a pas été une mince affaire! –, suivi d’un démontage soigné et d’une phase d’adaptation. Il faut composer avec l’existant, ses contraintes et ses surprises.»

Des normes peu adaptées

Les défis ont été nombreux: gérer les imprévus, affronter les difficultés de déconstruction (collages, silicone, etc.) et de manutention, ajuster les tolérances mécaniques, résoudre les conflits de normes, partager les responsabilités, privilégier «l’usage juste» de la technologie, dans une logique de sobriété choisie.

Le projet rebuiLT a aussi mis en lumière les lacunes actuelles concernant les informations disponibles en Suisse romande pour savoir où se trouve telle possibilité de récupération sur tel chantier. Il y a ici toute une logique de traçabilité et tout un modèle technique, logistique et économique à améliorer. Sarah Planchamp mentionne encore d’autres limites susceptibles de freiner une initiative qui voudrait prendre exemple sur rebuiLT: normes peu adaptées, nécessités d’espaces de stockage, imprévisibilité des matériaux réutilisés. «Il faut savoir naviguer entre ambition écologique et réalité réglementaire.»

En mars 2025, rebuiLT a remporté la première édition du Sustainable Innovation Challenge de l’EPFL, une compétition internationale réunissant des projets étudiants engagés dans la transition écologique. Une reconnaissance précieuse pour un projet sans modèle économique, mais à fort impact culturel et pédagogique.