Quand la Maison Tavel devient le musée du Vieux-Genève
Devenue publique voici 35 ans, cette demeure n’a néanmoins que partiellement résistée au grave incendie qui dévasta en 1334 une bonne moitié de la ville.

Sa façade est peu commune dans la région, ne serait-ce qu’à cause de sa couleur: un badigeon gris bleuté foncé de la fin du XVIIe siècle. Déjà mentionnée en 1303, cette demeure fut partiellement reconstruite après l’incendie de 1334, le plus grand incendie du Moyen Âge et l’un des nombreux sinistres qui marquèrent le XIVe et le XVe siècles. Il faut se souvenir que seuls pouvaient partiellement résister les édifices construits en maçonnerie et en pierre. Or, à cette époque, l’immense majorité des habitations étaient édifiée en bois ou avec des mélanges de cailloux de rivière, de chaux et de briques. Ainsi en 1372, les syndics décidèrent à propos de la reconstruction d’une maison en bois, que «nul ne pourra à l’avenir rebâtir si ce n’est en maçonnerie pour les parois extérieures». Le dernier grave incendie intervient en janvier 1670 et détruisit la majeure partie des demeures en l’Ile.
Dès 1335, on a reconstruit la maison Tavel, sise à la rue du Puits-Saint-Pierre, en conservant les caves à colonnes caractéristiques du XIIe siècle. La façade actuelle a été remaniée plusieurs fois depuis le XIVe siècle. Elle a conservé une tour, mais jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, il y en avait une deuxième. Son élégante façade d’apparat, côté rue du Puits-Saint-Pierre, a été enrichie de dix têtes et mufles du XIVe siècle. On y distingue aussi les armes de la famille Tavel, lesquelles ont été adoptée en 1924 par la commune de Bellevue. En effet, en 1340, un château avait été bâti sur le territoire de cette commune et soumis à la juridiction des comtes de Savoie.
Les Tavel sont une famille noble attestée depuis la fin du XIIe siècle à Genève. Elle y joue un rôle politique majeur au cours des XIIIe et XIVe siècles. «Elle tirait ses revenus de taxes perçues sur les boucheries et les péages de la cité. Partisans des comtes de Savoie, les Tavel s’illustrèrent par les armes dans la lutte pour l’établissement de la Commune de Genève et donnèrent plusieurs conseillers et deux syndics», comme l’a écrit en 2012 Matthieu de la Corbière pour le Dictionnaire historique de la Suisse. L’un d’entre eux, Guichard, sera élu évêque de Sion en 1342. Il semble que cette famille se soit éteinte à la fin du XVe siècle à Genève et vers le milieu du XVIe en Valais.
La Seigneurie de Genève aurait repris ensuite la bâtisse pour y héberger des notables. Elle fut ensuite rachetée par les Pélissier, puis par les Calandrini au XVIIe siècle qui démolirent la tour côté Bastions afin de construire une seconde maison à l’angle de la rue de l’Hôtel-de-Ville, de 1794 à 1869 par les Rieu (dont Jean-Louis Rieu qui fut six fois syndic entre 1830 et 1840), puis les Audeoud jusqu’en 1950. Date à laquelle l’Etat décida de l’acquérir. En 1963, la Ville de Genève la racheta pour y installer un musée. Des études et des fouilles sont alors menées entre 1972 et 1981 sous la houlette de Rodolphe Sautter et Charles Bonnet. Dans le jardin, les archéologues font deux découvertes majeures: une citerne à eau, construite au XVIIe siècle a été dégagée ainsi que son système d’adduction; de même, une tour romane dont les fondations étaient enfouies à 11 mètres de profondeur.
Enfin ouverte au public le 28 novembre 1986, la Maison Tavel est donc devenue un musée consacré à l’histoire urbaine et de la vie quotidienne genevoise. Elle s’est vu décerner en 1988 le prix du Musée européen de l’année. Avant cela, d’autres pistes avaient été envisagées: le fils du célèbre écrivain Arthur Conan Doyle avait envisagé en 1962 de faire don à Genève de différentes œuvres, à en croire Alexandre Fiette qui avait publié une recherche en 2016 dans la revue Genava; puis la piste d’un musée de l’Horlogerie sera étudiée également, mais non retenue; enfin, en 2008, certains proposent d’y héberger l’Espace Rousseau… Au final, le concept retenu s’inspire de celui du Musée Gadagne de Lyon, qui accueille des collections historiques. A relever, l’incontournable relief Magnin, sous les combles qui représente la Genève d’avant la destruction des fortifications, intervenue dès 1850. Autrement dit une maquette en métal de 32 m2.
A découvrir absolument.
