Livre

Rebondir après un licenciement

Journaliste et auteure chez immobilier.ch
Publié le 14.02.2022 à 14:51

Ebranlé par le choc de la perte d'emploi, vous êtes incapable de vous remettre sur les rails? Marion Aufseesser, coach en transition de carrière nous livre ses conseils pour surmonter cette épreuve.

Pour surmonter l’épreuve d’un licenciement, on peut s’inspirer de l’état d’esprit des sportifs
Pour surmonter l’épreuve d’un licenciement, on peut s’inspirer de l’état d’esprit des sportifs - Copyright (c) LDD
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De nos jours, le travail est considéré comme un outil de développement personnel et de réalisation de soi. Intrinsèquement lié à notre sens de l’identité – ne dit-on pas «je suis avocat, comptable, ou architecte» et non «j’exerce le métier d’avocat, de comptable ou d’architecte»? – d’aucuns le considèrent comme le socle indispensable de l’estime de soi. Aussi, lorsqu’un licenciement survient, il est souvent vécu comme une mort sociale, un passage discriminant. Lorsque la période sans emploi se prolonge, le sentiment de ne pas être à la hauteur s’amplifie et entrave les efforts du chercheur d’emploi qui perd alors toute confiance en lui. Or, «des années de travail sur le terrain m’ont appris que la confiance en soi et l’estime de soi sont indispensables pour réussir dans la vie, à tous les niveaux, assure la psychologue et coach en transition de carrière Marion Aufseesser. Un bon CV, des lettres de motivation bien écrites, des références actives ou des introductions solides ne comptent pas pour grand-chose si votre confiance vous lâche le jour de l’entretien.»

L’exemple de Rafael Nadal

«Rebondir, réussir votre transition professionnelle», Marion Aufseesser, éditions Odile Jacobdiaporama
«Rebondir, réussir votre transition professionnelle», Marion Aufseesser, éditions Odile Jacob

Comment redevenir cet oiseau confiant dont parlait Victor Hugo? Posé sur des rameaux trop frêles, il sent ployer la branche et chante pourtant, sachant qu’il a des ailes. Marion Aufseesser est partie à la rencontre de nombreux travailleurs licenciés, ce qui a donné naissance à un livre, Rebondir, réussir votre transition professionnelle*. Pour surmonter l’épreuve d’un licenciement, elle nous invite à nous inspirer de l’état d’esprit des sportifs. «On sent chez eux une grande motivation, beaucoup de volonté et de ténacité, et l’acceptation d’un rythme de travail très lourd. Ils nous étonnent par leur faculté à rebondir: d’où tirent-ils leurs forces? Comment y arrivent-ils?» Les passionnés de tennis en ont encore eu la preuve récemment, lorsque Rafael Nadal – qui doutait de pouvoir rejouer au plus haut niveau en raison de sa blessure chronique au pied – a signé le plus bel exploit de sa carrière à Melbourne. Treize ans après sa première victoire, le gaucher de Manacor est revenu de nulle part pour cueillir sont 21e titre du Grand Chelem, à la stupéfaction de tous. «Inspirez-vous de la force des sportifs dans le cadre de la recherche d’emploi et de la transition professionnelle», invite Marion Aufseesser.

Un bon CV, des lettres de motivation bien écrites, des références actives ne comptent pas pour grand chose si votre confiance vous lâche le jour de l'entretien

Tirer parti d’un événement difficile

Elle ajoute qu’il est tentant de repasser en boucle le film de votre licenciement. Cette attitude est toutefois contre-productive. «Chercher ce que l’on aurait dû faire, regretter ce que l’on n’a pas fait, dit ou entrepris, ne vous rendra pas votre ancien poste. La culpabilité tue l’espoir et vous enferme dans un cercle vicieux. Concentrez-vous sur le présent, mobilisez vos forces pour le travail de recherche que vous entreprenez et travaillez votre confiance en vous. Si vous ne vous appréciez pas suffisamment, vous chercherez à vous attribuer les causes de l’échec (je suis nul, je n’ai pas de chance, c’est toujours sur moi que cela tombe, etc.)» A cet égard, confier sa détresse à un interlocuteur bienveillant allège la souffrance ressentie et aide à prendre du recul, assure Marion Aufseesser.

Marion Aufseesser, coach en transition de carrièrediaporama
Marion Aufseesser, coach en transition de carrière

Elle rappelle également que tout est une question de perspective et qu’il ne tient qu’à nous de voir le verre à moitié plein. «Beaucoup de personnes ont une impression de liberté. Une jeune femme m’a confiée que lorsqu’elle a été licenciée, c’était comme un sursis. Elle n’était plus obligée de courir, elle pouvait prendre son temps pour réfléchir à elle et à ce qu’elle souhaitait faire vraiment.» Cet «arrêt forcé» a été une fantastique opportunité pour revisiter son parcours, exhumer ses envies afin de redémarrer sur des bases plus justes, plus solides, plus proches de ses envies. S’agissant des travailleurs âgés de plus de 50 ans qui craignent de ne plus retrouver un emploi, Marion Aufseesser se veut rassurante. «Un long chômage ne guette que ceux qui n’ont jamais actualisé leurs connaissances, qui se sont contenté du train-train habituel sans chercher à se former.» Enfin, il est peut-être bon de garder à l’esprit que toute candidature est un acte hasardeux, comme le dit si justement Johannes Haushofer. Ce professeur en psychologie à l’université de Princeton invite d’ailleurs ses étudiants à consulter ses deux CV sur son site: un CV classique et un CV qu’il a appelé le «CV des erreurs» dans lequel sont énumérés tous les «ratés» de son parcours tels que les programmes d’études dans lesquels il n’a pas réussi à entrer, les postes académiques et les bourses non obtenus, les prix non reçus, les résultats de recherche qu’il n’a pas réussi à publier dans les revues scientifiques, et les financements qu’il n’a pas reçus pour ses recherches. Philosophe, il explique que la plupart de ce qu’il tente échoue. «Mais ces échecs sont souvent invisibles, tandis que mes succès sont visibles. J’ai remarqué que cela donne l’impression aux autres que tout marche plutôt bien pour moi.»

Fausse impression

Johannes Haushofer n’est pas un cas isolé. Le fondateur d’Alibaba Jack Ma, a par exemple été rejeté plus de 30 fois lors de ses recherches d’emploi, dont une fois par KFC. Soichiro Honda ne fut pas retenu par la Toyota Motor Corporation pour un poste d’ingénieur, ce qui lui valut une longue période de chômage. «Les gens ont tendance à attribuer leurs échecs à eux-mêmes plutôt que de se dire que le monde est imprévisible, que les candidatures sont des actes hasardeux et que les jurys d’entretien ont aussi leurs mauvais jours, analyse Johannes Haushofer. Et de conclure: «Ce CV des échecs est une tentative pour équilibrer cette fausse impression et apporter de nouvelles perspectives.»

* «Rebondir, réussir votre transition professionnelle», Marion Aufseesser, éditions Odile Jacob