Redécouverte d’une maison au passé prestigieux
C’est en 2005 que Raymond et Amélie Lonfat sont devenus propriétaires d’un appartement situé au 2e étage d’une maison aux origines médiévales. En parallèle aux importants travaux de restauration, l’ancien banquier s’est attelé à retracer l’histoire incroyable de cette demeure sédunoise.

Après avoir cédé en 1994 sa participation dans une des plus vieilles banques privées de Suisse, Landolt Lonfat & Cie, Raymond Lonfat a consacré son temps libre à diverses recherches. En Valais, en qualité d’administrateur, il a par exemple mis en place le projet de la Médiathèque Valais à Saint-Maurice et il fut aussi un des moteurs de la construction de la Fondation des archives historiques de l’Abbaye de Saint-Maurice.
Mais l’histoire que nous allons vous raconter démarre un matin d’avril 2005. Alors que la famille Lonfat désire acquérir un appartement dans la ville de Sion, un de ses amis lui présente l’époux de Marie-Josèphe de Torrenté, désireuse de se séparer de l’un de ses appartements du n°1 rue de l’Eglise. « La stature de l’immeuble et sa belle arche m’avaient immédiatement convaincu », écrit Raymond Lonfat, dans son magnifique ouvrage édité en décembre 2021 (1 rue de l’Eglise, Sion. Une maison prestigieuse à travers les siècles et son Bel Étage). « Le 28 avril, l’acte était signé (…). Nous étions les heureux propriétaires d’un objet dont nous ignorions tout, surtout son histoire ».

La famille de Torrenté
La famille de Torrenté, toujours présente dans la copropriété à ce jour, aura occupé, sans discontinuer, durant plus de trois cents ans, tout ou partir du n°1 rue de l’Eglise. Etonnamment, ce Bel Etage dont elle s’est séparée en 2005 ne se situe pas au premier, comme de coutume, mais au deuxième sur rez. Surmonté d’un troisième étage déjà existant avant l’incendie qui frappa Sion en 1788, l’appartement se différencie notamment par sa hauteur sous plafond plus importante que celle des autres niveaux.
« Pour l’essentiel, l’agencement de l’espace principal remonte aux XVIIIe et XIXe siècles. On peut y admirer des sols en dalles de Saint-Léonard et, dans trois pièces, de magnifiques parquets, ainsi que des lambris, une cheminée en marbre du Chablais avec son trumeau, des plafonds en staff (plâtre mouluré) », telle est la description succincte de ce Bel Etage.
Énorme chantier
Lors que les Lonfat en font l’acquisition, ni l’appartement en question, ni la maison dans son entier ne font l’objet du moindre classement. « Il fallait créer une cuisine, des toilettes visiteurs, deux salles de bain. Toute la structure de la partie nuit était à imaginer et à reconstruire entièrement. L’équipement électrique de l’appartement devait être conçu et installé dans son intégralité, tout comme la pose d’un chauffage au sol, afin d’éviter l’encombrement de radiateurs peu esthétiques dans les pièces historiques. D’importants travaux de menuiserie étaient à prévoir, de même que les déposes des trois parquets différents et leur repose après rénovation, l’isolation des planchers, la réfection des portes d’origine… », bref, comme le résumait très bien Raymond Lonfat, « un énorme chantier intérieur ».
Aucune contrainte de conservation
Les décapages à la main des lambris et autres boiseries commencèrent vers juillet 2006. « Durant cette longue période de rénovation, nous avons peu à peu fait la connaissance du passé de ce qui allait devenir notre maison (…). Respectueux de l’architecture intérieure de la partie Grand-Pont de notre appartement, ayant conservé les grandes lignes de sa structure et ses particularités artistiques, nous avions sauvé un élément du patrimoine de la ville de Sion, sans le savoir ». Il faut dire, qu’aussi étonnant que cela puisse paraître, l’administration communale sédunoise n’avait formulé aucune contrainte lors de la demande d’autorisation de construire en ce qui concerne la nécessité ou non de conserver les valeurs patrimoniales existantes.
Le rôle de Domus Antiqua Helvetica
C’est suite à une visite du professeur Gaëtan Cassina, expert en monuments historiques, que ce dernier conseilla aux Lonfat d’adhérer à Domus Antiqua Helvetica. C’est à l’occasion de la venue prochaine de l’assemblée générale de cette association à Sion en 2017 que Raymond Lonfat eu l’idée de préparer une notice historique d’une page ou deux « afin de laisser un souvenir à ces visiteurs d’un jour ». Finalement, la décision d’écrire un livre souvenir était prise. Ses recherches l’ont amené à découvrir que l’immeuble où se situe son appartement remplit le rôle de maison de commune entre 1298 et 1605.

« Berceau de la construction de l’institution de la Bourgeoisie au fil de ces trois siècles, lieu de réception, elle reçoit la visite de milliers de visiteurs : édiles de la ville, personnages impliqués dans des transactions, nouveaux bourgeois, nouveaux habitants, ecclésiastiques, hommes d’armes, marchands, et tant d’hommes célèbres de la cité et d’ailleurs », peut-on lire (au chapitre 6 de l’impressionnante monographie rédigée par Raymond Lonfat).
L’acte d’achat du bâtiment par les bourgeois de la ville en 1298, repéré après tant d’heures de recherche, a été reconnu par les autorités comme étant le plus ancien document mentionnant le premier Hôtel de Ville de Sion.
Précisons qu’à partir de 1605, cette maison est retournée dans des mains privées et principalement la famille de Torrenté, qui a effectué d’importants remaniements au milieu du XIXe siècle, dont la construction du Bel Etage entre 1851 et 1856, réhabilité un siècle et demi plus tard.

