Durabilité

Repenser la gestion de nos eaux usées

Arrivé à ses limites, notre système de traitement des déchets de douche, de WC ou d'évier n'est plus viable. Afin d'atteindre les objectifs de 2050, un nouveau modèle circulaire sera nécessaire.

Les ménages suisses consomment environ 142 litres d'eau potable par personne par jour
Les ménages suisses consomment environ 142 litres d'eau potable par personne par jour - Copyright (c) Aneco et Maud Oïhénart
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En Valais, les récents ravages causés par les inondations sont dramatiques. En découlent des conséquences multiples, notamment le non-traitement temporaire des eaux usées, dû à l’endommagement de certaines stations d’épuration. Du jour au lendemain, la population se retrouve ainsi à surveiller ce qu’elle déverse dans l’évier et à ne plus jeter de papier toilette... dans les toilettes. Des nouvelles pratiques déroutantes, qui devraient pourtant se généraliser à terme si l’on souhaite atteindre les objectifs de société durable. C’est du moins la vision de l’association aneco, auteure du 7e «cahier du bâti» publié début juillet par la fondation CUB. Dans cet écrit, aneco (qui lutte depuis 2020 pour une meilleure gestion des eaux usées), rappelle ce que nous avons pour la plupart oublié: lorsque nous tirons la chasse, un système complexe de plusieurs kilomètres se met en route. Mais ce système fait aujourd’hui face à de nombreux défis qui ne sont plus en phase avec nos ambitions de durabilité 2050. Parmi eux: les polluants émergents, la pression des ressources et le bouleversement climatique. Alors, à l’heure où nous devons (ré)agir, «il devient impératif de repenser le modèle actuel de gestion linéaire des eaux usées. Un processus qui a complètement déconnecté l’humain des cycles naturels de l’eau», décrit l’aneco.

Des cycles perturbés...

La circularité est la clédiaporama
La circularité est la clé

Prenons le cas des cycles biogéochimiques. Autrement dit, les cycles du phosphore et de l’azote, des précieuxnutriments contenus dans notre alimentation, ingérés puis évacués chaque jour de notre corps (via nos excréments) directement dans nos eaux usées. Ces nutriments déchargés ailleurs que dans le sol, forcent alors l’agriculture à compenser ce manque en fabriquant des engrais qui ne sont pas toujours retenus par la terre et qui se retrouvent finalement dans nos cours d’eau. Si bien que les milieux aquatiques reçoivent actuellement le double de leur capacité d’absorption. Alertée par ce phénomène, la Confédération a décidé de rendre obligatoire la récupération du phosphore dès janvier 2026. Malheureusement, au niveau opérationnel, reste encore à savoir comment.

Autre préoccupation: les ressources. La Suisse ayant connu en 2022 et 2023 les années les plus chaudes jamais enregistrées depuis 1864, l’augmentation des températures, accompagnée de sécheresses toujours plus intenses, interroge sur l’utilisation rationnelle de l’eau. Les ménages suisses consomment environ 142 litres d’eau potable par personne par jour et si, à l’avenir, «l’or bleu» devait se raréfier, le recyclage de nos eaux usées deviendrait alors un enjeu de taille. Des réflexions allant dans ce sens sont en cours.

...et des installations inappropriées

Enfin, revenons un instant sur la question de plus en plus préoccupante des micropolluants (pesticides, médicaments et autres substances chimiques présentes dans l’eau). La nouvelle loi fédérale sur la protection des eaux oblige les stations d’épuration situées en bordure de cours d’eau pollués à installer, d’ici 2035, une étape supplémentaire de filtration pour en réduire sa teneur. Mais cela a un coût conséquent et prend du temps.

Les stations d’épuration n’étant pas prévues pour toutes ces opérations d’économie et de filtration, le montant pour assainir ces installations se chiffrerait à 80 milliards de francs selon le VSA (l’association suisse des professionnels de l’eau). D’autant que, comme les vieilles voitures, viendra le jour où ces stations devront être remplacées plutôt que réparées...

La circularité est la clé

Une solution à tous ces maux existe néanmoins. Celle d’un modèle «circulaire» dans lequel nos eaux usées seraient considérées davantage comme une ressource que comme un déchet. Pour cela, il sera nécessaire d’instaurer des circuits courts à l’échelle de quartiers, de parcelles, voire de bâtiments. Une décentralisation de la gestion de nos eaux usées qui passera principalement par l’innovation. Mais là encore divers freins font obstacle à nos avancées: le changement d’habitudes, de cadre législatif, de gouvernance ou encore la collaboration transdisciplinaire. C’est dans cette optique qu’a été créé en 2021 le réseau suisse d’assainissement circulaire VaLoo. En outre, des solutions techniques se développent peu à peu sur le marché. En voici trois:

LE CACARROUSEL: est une toilette sèche à lombricompostage des matières fécales et à séparation d’urine qui peut être installée en appartement.

LA LOMBRIFILTRATION: reprend les principes du sol vivant en essayant d’y spécialiser la faune afin d’augmenter l’efficience du traitement des matières sur une surface réduite.

LE PITRIBON: est une technologie low-tech de stabilisation de l’urine par nitrification sur filtre à charbon végétal aéré. Inodore, son homologation est prévue à l’horizon 2027.

Plusieurs de ces prototypes ont déjà été installés dans des immeubles de logements, notamment dans l’écoquartier des Vergers ou à Cressy (GE). Reste à présent à généraliser ces pratiques... avant 2050.