Ces savoir-faire menacés - Suisse

Sellier et fondeur de cloches

26.01.2022 à 11:27

Si les paysans sont les traditionnels acheteurs de cloches, d’autres clients s’en servent comme décoration. Il reste une dizaine de fabriques dans le pays. Rencontre avec le patron de la maison Roulin, à Treyvaux

La maison Roulin, à Treyvaux
La maison Roulin, à Treyvaux
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C’est en 1966 que Pierre, le père d’Yvan, crée la sellerie Roulin, d’ailleurs très vite rejoint par son épouse Myriam. Ils rachètent ensuite en 1986 la Fonderie Albertano de Bulle à Jean Curty. Une union qui donne naissance à la Sellerie-Fonderie Roulin, à Treyvaux (FR). Leur fils Yvan rentre à son tour dans l’entreprise en 1988 et la reprend en 2009. Une histoire qui est avant tout familiale. Monique la sœur d’Yvan participe aussi à l’aventure, sa nièce Sophie, son épouse Nathalie et sa fille Amélie également, sans oublier des fidèles collaborateurs comme Daniel, passionné comme le reste de l’équipe, qui après plus de trente ans «fait pour ainsi dire, partie de la famille».

Les cloches les plus épaisses et lourdes ont des sons plus clairs

Artisanat de très haute qualité

Le métal en fusion est chauffé à 1200 degrésdiaporama
Le métal en fusion est chauffé à 1200 degrés

L’entreprise propose cloches et sonnailles ou encore des «loyi», ces poches à sel portées par les armaillis, ainsi que des créations réalisées par des artisans de la région, comme des plateaux de fromage, des baquets à crème, des chaudrons en cuivre. «Notre point fort: les cloches personnalisées en bronze de tailles différentes que nous réalisons dans notre fonderie.» C’est dans l’atelier de sellerie que sont fabriquées les courroies brodées en fonction de la demande. «Nous en créons pour des anniversaires ou d’autres occasions et ce sont souvent de véritables œuvres d’art», explique notre interlocuteur. Nous apprenons ainsi que l’on personnalise volontiers la courroie avec par exemple des photos d’une ferme, mais aussi de montagne, de chalet, de vache ou encore des armoiries de famille.

Yvan Roulin, la patron de l’entreprise familialediaporama
Yvan Roulin, la patron de l’entreprise familiale

Les cloches sont fabriquées à partir d’un alliage composé de 80% de cuivre et de 20% d’étain. Le métal en fusion, chauffé à 1200 degrés est versé dans un moule en sable d’argile, marqué d’empreintes décoratives, enfermé dans une structure métallique. Les cloches sont ensuite refroidies démoulées, brossées et polies avant d’ajouter le battant et la courroie. Celles fondues à Treyvaux ont entre 6 et 30 centimètres de diamètre et pèsent de 100 grammes à 7 kilos. «Nous fabriquons environ 1200 cloches par an», continue Yvan Roulin. Et pour les prix, on compte de quelques francs, à plusieurs milliers si l’on inclut une courroie très ornée. «Les différences de sonorité proviennent de la forme et de la grandeur de la cloche, les plus minces et légères ayant des sons plus graves et les plus épaisses et lourdes des sons plus clairs. Par ailleurs, avec la même forme, si le sable est plus tassé, il y aura moins de métal et le son sera plus grave et inversement», explique Yvan Roulin.

Pour des événements mémorables

Parmi les réalisations pour des événements mémorables, on citera une commande de plus de 650 cloches en 2008 pour les équipes participant à l’Eurofoot. En 2011, c’est une sonnaille réalisée avec une superbe courroie brodée qui a été commandée et offerte au Prince Albert II de Monaco, à l’occasion de son mariage, par un de ses anciens camarades d’études habitant Gstaad. Plus récemment, en 2016, une quinzaine de prix offerts lors de la Fête fédérale de lutte à Estavayer-le-Lac étaient des cloches fa- briquées par la Sellerie-Fonderie Roulin. En 2021, ce sont de superbes sonnailles qui ont été réalisées avec de magnifiques courroies brodées à l’occasion du 100e anniversaire des Armaillis de Gruyère. Plus généralement, il est courant d’offrir une cloche avec une belle courroie pour un anniversaire.

Il y avait plus d'une soixantaine de fondeurs en 1915 en Suisse. Il en reste aujourd'hui moins d'une dizaine.

L’excellence comme leitmotiv

La Sellerie-Fonderie Roulin fabrique 1200 cloches par andiaporama
La Sellerie-Fonderie Roulin fabrique 1200 cloches par an

«Nous ne souhaitons pas fabriquer des grandes séries. Notre satisfaction: livrer un produit de grande qualité à nos clients», continue notre interlocuteur avec enthousiasme. Cette détermination et cette passion, le visiteur les ressent immédiatement lors- qu’il observe chaque collaboratrice et collaborateur, œuvrer pour créer, puis livrer des produits d’exception. Il y avait plus d’une soixantaine de fondeurs en 1915 en Suisse. Il en reste aujourd’hui moins d’une dizaine. Un travail ancestral qui se perpétue, mêlant artisanat et tradition. Nous avons tous en tête les désalpes, lorsqu’à la fin de l’été, les vaches descendent de l’alpage et portent de superbes cloches aux courroies ornées. Un véritable plaisir!