Sur les chantiers, les vols demeurent un problème permanent
Outillage, câblage, effets personnels: là où l’on construit des logements ou des infrastructures, les larcins sont monnaie courante, entraînant des frais et des retards. Les constructeurs font naturellement tout pour se prémunir de ces forfaits, dans une certaine fatalité.

Fort d’un dynamisme économique et d’une croissance démographique constante, la région de La Côte voit se multiplier les chantiers, que ce soit pour du logement ou des infrastructures. Et si, la journée, le ballet des machines de terrassement et autres grues captive le regard des passants, à la nuit tombée, c’est une autre chorégraphie qui débute. Régulièrement, en effet, ces chantiers sont visités par des bandits de grand ou petit chemin, qui viennent y dérober des outils et des machines transportables. Un fléau qui dure depuis des années et contre lequel peu de solutions semblent efficaces. Quoi que…
Selon la police cantonale, ce sont près de 20 cas par mois qui sont constatés, et dénoncés, sur l’ensemble du territoire vaudois. Phénomène en hausse? Selon cette même autorité, non. Mais selon une importante entreprise de construction de la région nyonnaise, «cela fait bien trois ou quatre ans que les vols augmentent».
À la recherche du butin
Et que cherchent donc ces voleurs? «Pour une moitié des cas, il s’agit d’outils ou de machines de chantier. Pour un peu moins d’un tiers, les voleurs en ont après le cuivre et, plus généralement, les câbles. Le reste des vols est constitué d’effets personnels des collaborateurs», détaille la Police cantonale. Les objets dérobés, eux, finissent généralement à l’étranger. Quant au profil des auteurs, il varie entre deux types généralement recensés: des voleurs itinérants, qui parcourent tous les chantiers, et des locaux qui, s’ils peuvent aussi faire disparaître le matériel à l’étranger, ont plutôt tendance à le revendre via des annonces en ligne. Et parfois même à des entreprises… de construction.
Dans tous les cas, ces vols sont toujours un contretemps important pour les entreprises de construction, engendrant des frais, bien sûr, mais aussi des retards. «Outre les objets dérobés eux-mêmes, cela représente une réelle perte d’exploitation puisqu’il nous faut parfois fermer les chantiers quelques jours», poursuit ce responsable d’une grande entreprise de construction. Il évoque également de réels dangers potentiels: «les bandits volent du câblage qui parfois est relié à des systèmes d’informations et de sécurité. Et si les outils de sécurité ne fonctionnent plus, des accidents peuvent arriver.» Qui plus est, il est souvent impossible de procéder à des constats d’effraction quand un câble manque dans un dispositif.
Pour se prémunir, plusieurs procédés sont mis en place. D’abord l’obligation pour les collaborateurs de ranger en fin de journée tous les outils dans des containers. Cela n’empêche certes par les bandits de forcer lesdits containers, «mais cela évite qu’ils viennent se servir de ce qui traîne sur le chantier», évoque Pierre-André Romanens, fondateur de l’entreprise de construction Romanens Groupe, basée à Chavannes-de-Bogis, qui confirme que cette problématique des vols est «très préoccupante».
Gros ou petits chantiers
Sur les gros chantiers, tous les moyens sont généralement mis en œuvre, avec le recours à des sociétés privées de sécurité, quand bien même elles ne sont pas présentes 24 heures sur 24, et à des contrôles des collaborateurs à l’entrée du chantier chaque jour. Car dans bien des cas, les malfrats se laissent enfermer dans la zone de construction, généralement grillagée, à la fin de la journée de travail et opèrent une fois la zone dépeuplée. Pour les petits chantiers, tout est encore plus compliqué. «Je me souviens que, lors d’une construction de villa, des voleurs se sont introduits dans la maison et s’y sont laissés enfermer. A la nuit tombée, ils ont embarqué la cuisine qu’on était en train d’installer», évoque encore Pierre-André Romanens.
Gros ou petits chantiers semblent ainsi de ne pas connaître les mêmes problématiques. Cette différence est aussi à faire entre chantiers en zone urbaine, où un autocontrôle des passants est plus aisé, et zone villageoise, bien moins fréquentée.
Des indicateurs?
Un sentiment plus désagréable parcourt les constructeurs quand de nombreux faisceaux de preuve leur indiquent que des collaborateurs, permanents ou intérimaires, donnent, ou donneraient, des informations aux voleurs. «Je me souviens avoir été victime d’un vol. Nous avons remplacé dans la foulée les machines manquantes. Trois jours plus tard, elles étaient à nouveau volées», relate encore le représentant de l’entreprise de la région nyonnaise, qui imagine là des complices et indicateurs au sein des effectifs. Sans toutefois pouvoir le prouver.
Porter plainte
Que faire une fois le larcin constaté? Visiblement, un certain fatalisme entoure les constructeurs. Car si l’effraction est constatée, que des plaintes sont déposées et que les assurances couvrent en partie les pertes, inutile d’imaginer revoir le matériel volé, surtout dans une région proche de la frontière. Quand aux jours où les chantiers sont bloqués, impossible de les rattraper. Comme les bandits?
Motif d’espoir
Si une certaine fatalité entoure les constructeurs et qu’apprendre à vivre avec les vols leur est nécessaire, la présence de caméras de surveillance et le traçage des machines et outils grâce à la géolocalisation leur sont d’un grand secours. Le recensement des numéros de série de chaque outil est aussi un réflexe impératif.
