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Emploi - Suisse

Trouver des employés capables dans les domaines administratifs, juridiques et relationnels. Les régies romandes au défi des compétences

04.06.2026 à 11:53

Les professionnels de l’immobilier peinent à recruter. Les profils recherchés doivent désormais maîtriser les aspects techniques, mais aussi comprendre le droit, gérer efficacement les relations humaines et intégrer les enjeux du numérique comme ceux de la durabilité.

Les professionnels de l’immobilier peinent à recruter
Les professionnels de l’immobilier peinent à recruter - Copyright (c) Freepik
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«Dans l’immobilier, la pénurie renvoie d’abord au manque de logements. Mais un autre déficit préoccupe aussi les acteurs du secteur: celui des compétences et des professionnels qualifiés», observe Philippe Tomé, directeur de Régie de Fribourg SA. Dans les agences romandes, les postes attirent encore des candidatures. Mais les profils réellement en phase avec les exigences actuelles se font plus rares, en particulier dans la gérance technique, l’administration de PPE, la gérance d’immeubles ou la comptabilité immobilière. Ce que recherchent aujourd’hui les employeurs, ce sont des professionnels capables de faire tenir ensemble plusieurs registres: technique, administratif, juridique et relationnel.

Pour Raphaël Naoux, directeur d’Adecco Valais Permanent, actif dans le Valais francophone et le Chablais vaudois, la tension se concentre clairement sur l’administration et la gérance technique de PPE. «Ce sont les fonctions pour lesquelles nous avons aujourd’hui le plus de difficultés à recruter. Je ne parlerais pas forcément d’une pénurie de talents. Je pense que les talents existent. Le problème est plutôt le chemin qui permet d’amener ces talents vers ces métiers.» Chez Naef, Jacqueline Fahrni Urion, directrice des ressources humaines, dresse un diagnostic similaire. «En Suisse romande, le recrutement dans le domaine de l’immobilier s’avère assez difficile. Nous recevons un nombre important de candidatures, mais relativement peu correspondent aux exigences en matière de compétences et d’expérience de terrain.» Même lecture chez Gerofinance-Régie du Rhône, où les candidatures existent mais où l’expérience métier manque souvent.

Gérer des immeubles, gérer des personnes

Longtemps perçue comme une activité administrative, la gérance s’est chargée au fil des ans de nouvelles couches de complexité. Les bâtiments ne sont plus seulement à entretenir: ils doivent être rénovés, optimisés, mis aux normes, adaptés aux exigences énergétiques, équipés de nouvelles infrastructures et expliqués à des propriétaires ou copropriétaires aux attentes parfois très fortes. Dans la PPE, cette évolution est particulièrement visible. «Les profils recherchés ont changé, parce que la gestion d’une PPE est devenue beaucoup plus exigeante qu’auparavant», analyse Raphaël Naoux. Un projet photovoltaïque, par exemple, ne relève plus seulement du bon sens technique. Il engage des connaissances législatives, financières, énergétiques et relationnelles. Philippe Tomé identifie deux facteurs principaux dans cette transformation: «L’augmentation de la charge administrative et la densification du cadre réglementaire.»

Cette évolution modifie la nature même des métiers. Là où certains spécialistes très techniques pouvaient autrefois composer avec une charge administrative limitée, la polyvalence est désormais incontournable. Chez Naef, Jacqueline Fahrni Urion ajoute la numérisation et la transition énergétique à cette équation, tout en notant que «les compétences comportementales et le savoir-être sont devenus essentiels». Gestion du stress, communication, capacité à désamorcer les conflits et à maintenir un dialogue constructif avec des parties prenantes aux intérêts parfois divergents s’imposent désormais dans le quotidien des professionnels de la gestion immobilière.

Car derrière les procédures, les normes et les outils, il y a d’abord des métiers de contact. Pour Timothée Carrel, directeur général de Gerofinance-Régie du Rhône, «gérer un immeuble ne consiste pas seulement à administrer un actif, mais à composer avec celles et ceux qui le font vivre: habitants, propriétaires, copropriétaires, prestataires, avec leurs urgences et leurs attentes parfois antagonistes». En PPE, cette dimension prend parfois la forme d’un travail de médiation quasi permanent, avec une charge relationnelle qui peut devenir usante pour les collaboratrices et collaborateurs concernés. Cindy Scherrer, responsable des ressources humaines de Gerofinance-Régie du Rhône, rappelle aussi une contrainte moins visible: les horaires, avec «des assemblées générales qui se tiennent souvent le soir». La tension sur ces fonctions ne tient donc pas seulement aux compétences requises, mais aussi à l’usure que peut produire la relation de service.

Cette pression s’inscrit dans une évolution plus large des attentes sociales. «Il y a une évolution sociétale très forte: les clients sont de plus en plus exigeants et souhaitent des réponses immédiates», constate Cindy Scherrer. Les plateformes numériques n’ont ainsi pas supprimé les appels, les relances ou les demandes de confirmation. Elles ont souvent ajouté de nouveaux canaux à ceux qui existaient déjà. Dans ce contexte, une aptitude devient centrale: savoir trier. «Aujourd’hui, la capacité à hiérarchiser les priorités s’impose comme l’un des savoir-faire les plus décisifs, estime Timothée Carrel. Dans notre métier, il y a toujours trop de travail. Les bâtiments vivent, les demandes arrivent sans cesse.»

Former plutôt qu’attendre le profil idéal

Face à cette réalité, plusieurs régies ne cherchent plus seulement à recruter des profils déjà formés: elles développent aussi des parcours internes, renforcent la fidélisation de leurs équipes, investissent dans la formation continue et s’ouvrent davantage aux personnes en reconversion professionnelle. Pour Jacqueline Fahrni Urion, le principal défi «reste aussi de faire évoluer les pratiques de recrutement afin de mieux intégrer des profils qui ne correspondent pas encore en tous points aux exigences du poste, mais qui présentent un réel potentiel de développement à moyen terme».

Subsiste enfin un enjeu d’image. Si le courtage bénéficie d’une forte visibilité, portée notamment par les réseaux sociaux, la gérance, l’administration de PPE, la comptabilité immobilière et la gestion technique demeurent largement dans l’ombre. Pour Alexandra Mazuay, responsable marketing et communication chez Gerofinance-Régie du Rhône, «il est temps de montrer davantage ce qui se passe au sein d’une régie». Elle cite l’exemple de la série vidéo My Job, conçue par son entreprise pour dévoiler l’envers du décor et valoriser des métiers encore peu visibles. L’avenir du recrutement immobilier ne se jouera donc pas seulement sur les salaires, même si la question de la reconnaissance financière demeure. Il dépendra aussi de la capacité du secteur à rendre visibles ces métiers, à former autrement, à accueillir des profils moins linéaires et à assumer la complexité nouvelle de ces fonctions.