Bulle (FR) - Suisse

Un développement entre défis et opportunités

À l’occasion d’une table-ronde organisée par immobilier.ch, un panel d’experts a débattu de l’avenir d’une ville à la croisée des chemins, tiraillée entre une dynamique de croissance inévitable et un manque de terrains industriels pour permettre aux entreprises de s’y développer.

Jacques Morand, syndic de Bulle, Xavier Jeanneret, directeur d'Urban Project, Vincent Bosson, préfet de la Gruyère, Serge Guertchakoff, directeur des publications d'immobilier.ch, Nadir Solenghi, CEO de Sottas et Louis Risse, CEO du groupe Grisoni.
Jacques Morand, syndic de Bulle, Xavier Jeanneret, directeur d'Urban Project, Vincent Bosson, préfet de la Gruyère, Serge Guertchakoff, directeur des publications d'immobilier.ch, Nadir Solenghi, CEO de Sottas et Louis Risse, CEO du groupe Grisoni. - Copyright (c) DR
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A Bulle, les chiffres donnent le tournis, comme l’a si bien dit Didier Castella, président du Conseil d’État fribourgeois, lors de l’événement organisé par immobilier.ch le 3 octobre dernier au sein de l’entreprise Sottas devant un parterre de plus d’une centaine de personnes. Et pour cause, la douzième ville de Suisse romande a vu passer sa population de 11’000 habitants en l’an 2000 à 26’500 âmes à fin septembre. Une progression fulgurante qui semble inarrêtable à présent mais qui ne date pourtant pas du début du siècle.

En effet, divers développements ont donné de l’élan à cette ville au fil du temps. Notamment en 1979, avec l’installation du géant Liebherr et de son siège mondial, puis en 1981 avec l’arrivée de l’autoroute, plaçant Bulle sur le chemin entre Lausanne et Berne, ou encore en 1996 avec l’éclosion d’un pôle métallurgique qui joua le rôle d’accélérateur pour la région. Aujourd’hui, c’est l’annonce de la venue de Rolex qui devrait débloquer un milliard d’investissements et un potentiel de 2400 emplois d’ici 2029. Une nouvelle réjouissante qui offre son lot d’opportunités pour Bulle mais qui relance également les discussions sur ses nombreux défis à relever.

L’industrie pénalisée par la LAT

Parmi eux, le besoin d’une meilleure gestion des zones d’activités. «La ville de Bulle s’est déjà beaucoup transformée, les constructions se sont accumulées, le trafic routier a augmenté et certains quartiers ont totalement changé de visage», dépeint son syndic, Jacques Morand. Un aménagement du territoire bouillonnant mais non extensible qui laisse de ce fait de moins en moins de place aux entreprises. La faute à imputer au durcissement de la loi sur l’aménagement du territoire (LAT) voulu par le peuple comme le rappelle le préfet de la Gruyère, Vincent Bosson.

Plusieurs sociétés bulloises, telles que Morand Constructions Métalliques, Grisoni-Zaugg ou encore les Ateliers Firmann en ont d’ailleurs fait les frais, contraintes de quitter la commune par manque de terrains disponibles. «Nous avons voté la LAT, sur le principe mais la mise en pratique est complexe. Prenez le cas de Rolex, il aura fallu 20 ans entre le choix d’affectation d’une zone et la décision finale», constate le préfet.

Un manque réel d’infrastructures

Autre sujet épineux: l’adaptation des infrastructures au doublement de la population. «Je suis arrivé à Bulle en 1999 et je trouvais la région fantastique mais terriblement pauvre en infrastructures (sportives en particulier). Force est de constater que de nos jours, la situation n’a pas changé, les infrastructures sont quasiment les mêmes qu’en 1999 », a regretté Nadir Solenghi, directeur général et copropriétaire de Sottas. Bien que la construction prochaine d’un deuxième collège, de quatre EMS, d’un centre sportif ou encore du parc du chocolat à Broc soit rassurante, les prévisions de plus de 10’000 résidents permanents supplémentaires attendus d’ici 2038 à Bulle maintiennent la pression. Des inquiétudes en matière de mobilité se font d’ailleurs entendre. « Le développement de la mobilité à Bulle s’est limité à quelques voies vertes et l’arrêt des bus au milieu de la chaussée», regrette Louis Risse, CEO du groupe Grisoni. Avant d’étayer ses propos: «Si l'on voit le verre à moitié plein, ce défi nous donne l’occasion de montrer l’exemple, de prendre les choses en main, de réfléchir tous ensemble pour envisager de nouvelles possibilités et proposer une solution qui fera du bruit.» En résumé, être ambitieux, comme l’ont clamé à l’unisson Louis Risse et Xavier Jeanneret (cofondateur d’Urban Project).

Innover pour mieux gouverner

Mais innover sera également nécessaire au niveau de la gouvernance. Le préfet de la Gruyère, Vincent Bosson, détaille : « Nous vivons actuellement une croissance économique sans précédent mais la Gruyère représente 60'000 habitants sur près de 500 km2 et 25 communes. Des communes bien différentes dont certaines s’essoufflent passablement. Nous avons donc réactivé l’idée d’une commune unique pour une gouvernance locale visionnaire.» Un sondage populaire se tiendra au printemps prochain sur la question mais en attendant, les entreprises déplorent un système administratif bien trop lent.

A l’image du développeur immobilier Urban Project qui vient d’inaugurer un mégaprojet, le quartier de l’Étang à Vernier (GE), tandis qu’il bloque encore sur un plan de quartier du côté de Bulle. «Nous allons devoir accueillir prochainement des milliers de nouveaux habitants mais nous n’avons pas les logements nécessaires pour le faire, car nous n’allons pas assez vite. Il n’est pas question de passe-droits mais j’estime que nos projets d’écoquartiers prévus pour apporter 800 logements à notre ville devraient passer avant la piscine de M. et Mme Tout-le-monde. Nous avons besoin d’aide, pas d’être freinés dans ce dynamisme bullois», appuie l’architecte Xavier Jeanneret, à la tête d’Urban Project. Une chose est sûre, le message est désormais passé.