Un havre de paix à Paudex
C’est une ancienne ferme fortifiée, transformée en château au XVIe siècle, qui offre une vue imprenable sur le Lavaux et les Alpes. Le Château de Bochat fut rénové voici un siècle par le même architecte qui restaura le Château de Chillon. Sa mise en vente est un événement.

Voici cinq générations que ce château situé à Paudex (VD) appartient à la même famille, soit depuis 1950. Ce domaine d’un hectare s’est enrichi d’une piscine en 1969, devenant le point de convergence de nombreuses rencontres familiales. Cette famille vient de le mettre en vente via l’agence Poli Real Estate.
SAUVÉ PAR UN ARGENTIN

Si un ressortissant argentin, Edouard Schiele, n’avait pas eu un coup de coeur voici un siècle pour ce qui était presque devenu une ruine, le Château de Bochat ne serait plus là aujourd’hui. « En 1927, Edouard Schiele avait acheté et réparé avec goût le château de Bochat sur Paudex, autrefois manoir des de Loys. Il comptait y faire fréquemment de longs séjours, mais en 1939, prévoyant qu’il ne pourrait venir pendant longtemps en Suisse, il s’est décidé à le vendre, non sans regrets. Nous lui devons une intelligente restauration de ce beau manoir » (Ndlr. Pouvait-on lire dans la Gazette de Lausanne du 14 novembre 1941 annonçant le décès d’Edouard Schiele).

Ce dernier avait acquis cette demeure car il avait conservé « un très vif attachement au canton de Vaud et à Lausanne où il fut élève à l’École industrielle cantonale. » Il avait épousé une descendante de Frédéric-César de la Harpe (1754-1838), qui fut notamment précepteur du tsar Alexandre Ier de Russie.
Rares sont les documents relatifs à ce chantier de rénovation. Dans un entrefilet publié le 4 février 1928, on écrivait ceci : « On a annoncé ces jours derniers la restauration complète du vieux château de Bochat, qui domine le village de Paudex (…) ». Ce qui est connu c’est qu’après une période d’environ 40 ans pendant laquelle ce château n’est guère entretenu, Yolande de Loes-Chandieu va finir par s’en défaire en 1927, près de 250 ans après être entré dans cette famille.
CLIN D’OEIL AU MAJOR DAVEL

En effet, il fut la propriété entre autres de Charles-Guillaume de Loys (1695-1754), l’historien vaudois bien connu sous le nom de Loys de Bochat. C’est le fils du lieutenant Baillival, Isaac Loys, qui instruisit le procès contre le major Davel en 1723, lequel fut décapité à Vidy le 24 avril 1723. Charles Guillaume Loys de Bochat va notamment enseigner le droit à l’Académie de Lausanne. Il est également connu en tant qu’historien.
Le nouveau propriétaire, Edouard Schiele, mandate l’architecte Otto Schmid, une figure prépondérante de l’architecture suisse du début du XXe siècle, pour diriger la vaste transformation de cet ancien manoir aux origines ecclésiastiques. En effet, au XIIIe siècle, cette demeure appartenait aux chanoines de la cathédrale de Lausanne. Les façades furent alors débarrassées de leur crépi pour laisser apparaître les pierres de taille. Tandis que les fenêtres à meneau sont soigneusement préservées. La cheminée monumentale du salon, les escaliers en pierre, les poutres apparentes et certaines portes rappellent que nous sommes dans un château.
Otto Schmid est connu pour la transformation de l’Hôtel Mirabeau à Lausanne, mais aussi pour le chantier de restauration du Château de Chillon. A ses côtés, mentionnons le célèbre ébéniste de Montreux, Albert Held, qui s’est chargé des finitions de la salle à manger.
VOLUME GÉNÉREUX

Avec plus de 500 m2 habitables répartis sur 12,5 pièces, le château offre 8 belles chambres. L’un des espaces intérieurs les plus impressionnants est son vaste salon de réception de 180 m2, jadis le pressoir du domaine. Aujourd’hui transformé en pièce de vie principale, il s’ouvre magnifiquement sur la terrasse panoramique et le jardin.
Le parc d’un hectare se compose de plus de 100 arbres, d’une charmante allée romantique offrant ombre et vue splendide, et de multiples espaces de détente. Notons que le château est répertorié en note 1, c’est-à-dire d’intérêt national par le recensement architectural cantonal vaudois, tandis que la dépendance et le garage sont en note 2 (d’intérêt régional). L’agence Poli relève que des travaux de rénovation sont à prévoir. Avis aux intéressés.
