Un nouveau rapport à l'intimité
Le studio BUREAU : des scénographes de l’espace qui mettent leur concept à l’œuvre avec, entre autres, le chalet de Hugo Barrett récompensé par le prestigieux Best Architects 22 Award, dans la catégorie rénovation.

Autant le chalet est modeste dans ses dimensions, autant le jardin, inspiré par l’artiste Roberto Burle Marx qui jardinait des tableaux végétaux, s’étend sur un vaste site privé sur le lac, face aux Alpes. L’architecture ? Pour Daniel Zamarbide, fondateur de BUREAU, c’est d’abord l’intérieur, l’espace circonscrit, la matrice, l’abri, le refuge. Un lieu qui joue de l’introversion, plus personnel, plus émotionnel que l’espace du dehors, offert à l’intimité et à l’interaction des relations humaines parfois complexes. Domestique singulier dans le film de 1963 « The Servant » de Josey Losey, Hugo Barrett donne son nom au bâtiment rénové et transformé selon une approche parfaitement atypique.
Développée du dedans
Ancienne construction divisée en garage installé dans le socle et en petit appartement à l’étage, elle a entièrement été remodelée en prenant l’intérieur comme point de départ du projet. « Une opération chirurgicale, une intervention d’interniste ». Tel est le processus décrit par Daniel Zamarbide pour ouvrir la maison, vider ses intérieurs, puis la réassembler avec une disposition beaucoup plus complexe. La partie supérieure en forme de chalet alpin traditionnel a entièrement été déposée, renforcée et restructurée, puis replacée sur la base en béton du bâtiment.

BUREAU était libre dès lors de créer une habitation sur deux niveaux. Le nouvel aménagement de 70 m2 est ouvert, avec des espaces en double hauteur. Les connexions spatiales sont favorisées, afin de produire une multiplicité de points de vue. Les étages liés par une série de sections subtiles semblent dilater les lieux, tout en offrant une richesse d’expériences perceptives propices à enrichir l’expérience d’habiter. « Dans le film de Losey, une profusion de miroirs et de perspectives joue un rôle très actif dans la construction du drame. Ici, il n’y a pas de drame mais l’occupation potentielle d’un petit volume qui sert d’intrigue à un « film réel », relève le concepteur. Les ouvertures entre les pièces ont été soigneusement étudiées, tandis que de grandes fenêtres circulaires de style hublot perforent les murs extérieurs. Une sereine atmosphère boisée rayonne dans la maison grâce aux panneaux de contreplaqué de bouleau qui habillent presque toutes les surfaces, des murs et des plafonds aux portes et armoires.
Scènes picturales
Le chalet dialogue avec le vaste jardin conçu comme un écoulement dégradé vers l’horizontalité des eaux du lac. Aux abords de l’habitation, un abri pour voitures très épuré, en bois et métal, simplement soutenu par un trio de fins supports, remplace l’ancien garage. Divers espaces ouverts, aux ambiances très différentes, mettent en scène des ensembles de plantes sauvages, d’herbes folles et de fleurs concentrés dans des surfaces arrondies. On y retrouve les lignes courbes et sensuelles de Burle Marx, la spontanéité de la nature célébrée par la géométrie végétale. L’ensemble du jardin qui comprend une prairie évoluant autour d’un impressionnant noyer est rythmé par des moments architecturaux : des estrades, des bancs, un potager, un sauna. Tous ces éléments ont été traités avec délicatesse et un soin structurel pour établir un rapport privilégié au sol, certains flottant au-dessus des plantes afin d’offrir une vue lointaine sur les montagnes. Au final, une harmonie d’espèces et d’espaces qui crée des tableaux où cohabitent les humains, les plantes et le ciel.
Participer avec un œil critique
Praticien de l’espace, BUREAU, fondé en 2017 avec Carine Pimenta et Galliane Zamarbide, agit comme une envie de réagir et de participer à l’environnement avec un point de vue critique. Architecte, Daniel Zamarbide a été cofondateur du bureau genevois Group8 en 2000. Nourrissant sa profession et ses recherches à travers d’autres domaines comme la philosophie, les arts appliqués et visuels, et le cinéma, il ouvre en 2012 un nouveau studio Bureau A, avec lequel il explore une grande variété de formats d’architectures dans les domaines de l’art, du jardin et du paysage, de l’architecture temporaire, de la conception d’expositions et du design d’objets. Il signe en 2019 la rénovation de la Dodged House à Lisbonne, Gold Award de Best Architects 22. Une des réalisations marquantes de l’architecte, par ailleurs codirecteur du laboratoire Alice de l’EPFL, à Lausanne.