Suisse romande

Un réseau pour le patrimoine culturel bâti

15.05.2025 à 13:50

La Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE) a initié un programme interdisciplinaire pour former des spécialistes du patrimoine bâti à préserver et restaurer les bâtiments anciens.

Les inscriptions pour la quatrième édition sont ouvertes depuis début mars
Les inscriptions pour la quatrième édition sont ouvertes depuis début mars - Copyright (c) DR
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Tout a commencé en 2019 par des discussions menées entre la Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE) et la Direction de l’archéologie et du patrimoine (DAP) de l’État de Vaud. «Nous avons fait se rejoindre deux mondes qui ne se parlaient pas forcément, les conservateurs et les entrepreneurs locaux», explique Jean-François Pittet, directeur général de la FVE. Les rencontres de 2019 ont permis la création d’un tout nouveau programme de formation, unique en Suisse, pour devenir spécialiste en patrimoine culturel bâti.

Les inscriptions pour la quatrième édition sont ouvertes depuis début mars. Un peu moins d’une trentaine de personnes ont déjà obtenu la certification de la FVE et ces «alumni» sont aujourd’hui réunis au sein du Cercle du patrimoine qui vient de voir le jour. Ce dernier se veut un espace d’échanges et de partenariats. «Le patrimoine bâti existe au moins autant par les bâtiments qui le composent que par les gens qui l’habitent, le financent, l’admirent et, bien sûr, l’entretiennent», rappellent les promoteurs du Cercle du patrimoine.

Tous les bâtiments sont concernés

Esther Gross, cheffe ad interim du Service formation continue de la FVE, précise que le patrimoine culturel bâti doit s’entendre comme l’ensemble des bâtiments existants, de ceux très anciens et prestigieux comme la Cathédrale de Lausanne ou le Château de Chillon à tous ceux plus modestes construits dans la deuxième moitié du vingtième siècle. C’est même particulièrement pour ces derniers que des spécialistes sont plus que jamais nécessaires: «Peu d’écoles apprennent à entretenir le patrimoine bâti; la plupart apprennent à construire. Or construire des bâtiments ou entretenir des bâtiments sont deux activités très différentes.» Partant de ce constat, la formation de spécialiste en patrimoine culturel bâti privilégie sur un temps court – dix journées – des séances mêlant de façon égalite théorie et pratique. La quinzaine d’intervenants et d’intervenantes est constituée d’architectes, de professeurs d’université, d’historiens de l’art, mais aussi d’artisans-experts en taille de pierre, en menuiserie, en crépi, en peinture ou encore en construction métallique. Tout au long du parcours de formation, le dialogue est constant avec les participants et les participantes, pour la plupart des professionnels titulaires d’un brevet ou d’une maîtrise dans un métier de la construction, de la technique du bâtiment, de l’architecture, de l’assurance ou de l’immobilier.

Expliquer les impératifs d’une rénovation

«Cette formation, résolument concrète, favorise les échanges. Elle repose sur le partage d’expériences et une réflexion approfondie sur les parcours professionnels de chacun en matière de conservation et de restauration du bâti ancien», résume Esther Gross. Une affirmation confirmée par Jacques Menoud, ancien participant à la formation, maître menuisier et directeur au sein du groupe vaudois Wider, fondé en 1948 et spécialisé dans le domaine de l’agencement et la fabrication de meubles sur mesure. «Les cours proposés offrent l’occasion d’approfondir ses connaissances en rénovation et en réglementation, tout en consolidant ses propres pratiques. Ancrée dans la réalité du terrain et au plus près des enjeux des artisans, cette formation constitue un atout majeur.» Pour Luigi Sartorelli, ancien participant, maître ébéniste et directeur de Ballenegger SA – une entreprise lausannoise de menuiserie et d’agencements sur mesure fondée en 1832 –, les contributions des experts tout au long de la formation se sont révélées précieuses. «Elles nous ont notamment permis de mieux expliquer les impératifs d’une rénovation et de mieux appréhender les enjeux de conservation en concertation avec l’ensemble des acteurs impliqués dans ce type de projets.»

Le programme de spécialiste en patrimoine culturel bâti explore en effet les multiples étapes nécessaires à la réussite d’un chantier de rénovation. Il va de l’analyse rigoureuse de l’état existant – une lecture objective du bâtiment tel qu’il est, sans jugement de valeur – jusqu’à la prise de décision argumentée en matière d’intervention. Par ailleurs, l’expertise des artisans demeure au coeur du programme, notamment grâce à des visites d’ateliers spécialisés.

Redonner vie à un patrimoine

Cette transmission des compétences de terrain revêt une importance capitale, comme le souligne Dave Lüthi, professeur d’histoire de l’architecture et du patrimoine à l’Université de Lausanne (UNIL). Lors d’une conférence intitulée «Vers une histoire de l’art des artisans», donnée à l’occasion de la création du Cercle du patrimoine, il a insisté sur l’ancrage des pratiques professionnelles des différents corps de métier du bâtiment dans une «longue tradition». Il a également mis en lumière les défis auxquels sont confrontés les historiens pour retracer l’histoire et les méthodes propres à certaines entreprises, en raison notamment du manque de sources et d’archives.

À titre d’exemple, il cite la menuiserie Heer-Cramer, qui a produit des meubles pour les Vaudois pendant 120 ans (1804-1923), mais dont il subsiste peu de traces. C’est précisément pour pallier ce type de perte que la formation de spécialiste en patrimoine culturel bâti joue un rôle essentiel, en assurant la conservation et la transmission des savoir-faire. «L’entretien des bâtiments, des espaces intérieurs et des aménagements existants requiert une approche bien distincte de celle des constructions neuves: il ne s’agit pas seulement de réparer, mais de préserver et de redonner vie à un patrimoine en respectant son histoire», résume Esther Gross.