Les empreintes d'un écrivain

Albert Cohen: un parcours genevois

20.12.2021

Si une rue porte le nom de l'écrivain, Genève ne semble garder que des traces ténues de la présence d'Albert Cohen. Un collectif propose une visite guidée qui évoque les lieux qui ont marqué sa vie et son oeuvre.

Le collectif "Parcours Albert Cohen" qui a l'intention de publier un livre
Le collectif "Parcours Albert Cohen" qui a l'intention de publier un livre
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Quelles empreintes concrètes a laissé l’œuvre d’Albert Cohen dans sa ville d’adoption? Aucune, ou presque. Si l’écrivain a vécu, aimé et travaillé à Genève, si la ville y apparaît souvent comme une véritable scène – d’amour fou, de crimes minuscules, de fantasme ou d’implacable ré- alisme –, le territoire n’a pratiquement rien retenu de cet extraordinaire patrimoine littéraire. Pourtant, les thèmes minutieusement explorés par Albert Cohen à travers ses livres y trouvent encore toute leur place aujourd’hui.

Lieu d’exception

Pluriels, ambivalents, infimes ou universels, les sujets abordés dans les romans ou les récits autobiographiques d’Albert Cohen montrent en effet une Genève prisonnière de ses principes, où la beauté des bords du lac et des parcs publics n’empêche pas de crever de solitude et où le plaisir désintéressé ne franchit jamais vraiment le seuil des maisons privées ou des bureaux feutrés des organisations internationales. Inaptes au bonheur ou en complet dé- calage, les protagonistes de ces œuvres pataugent dans une ville trop rangée, accessible uniquement à qui en maîtrise les codes. Personnage à part entière, Genève n’en est pas moins décrite comme un lieu d’exception, perle rare et immuable au milieu d’un monde déliquescent.

A Genève j'ai découvert un civisme sobre, intense et chargé d'amour, une sortie de naturalisation du coeur a commencé pour moi

Albert Cohen, 1969

Microcosme étroit et infini

Ce constat porte le collectif Parcours Albert Cohen à rendre visibles les sites genevois qui ont marqué l’œuvre et la vie de l’écrivain. Ni jeu de piste, ni culte autour des lieux de mémoire, les promenades guidées inédites puis la publication (à venir) permettront de plonger dans ce microcosme à la fois étroit et infini, loin du mythe bâti et savamment entretenu par Albert Cohen lui-même et ses hagiographes.

Spécialistes de la culture – histoire, littérature et patrimoine – les membres du collectif proposent aujourd’hui de mesurer la portée d’une écriture prodigieuse en regard d’un territoire précis et de son évolution. Quelles qu’elles soient, les réponses visent surtout à rappeler qu’à Genève ou ailleurs la littérature reste essentielle pour penser et comprendre le monde qui nous entoure.

Texte rédigé par le collectif «Parcours Albert Cohen», qui a l’intention de publier un livre www.interdisciplinaire.ch

Bio express

1885 Naissance le 16 août à Corfou (Grèce)

1900 Emigration à Marseille avec ses parents

1909 Rencontre et début d’amitié avec Marcel Pagnol

1914 Installation à Genève

1919 Obtention de la nationalité suisse

1921 Naissance de sa fille Myriam

1926 Fonctionnaire au Bureau international du travail (BIT)

1940 Exil à Londres

1947 Retour à Genève. Directeur de la division de protection à l’Organisation internationale pour les réfugiés (OIR)

1949 Passge de l’OIR au BIT où il finit sa carrière en décembre 1951

1968 «Belle du Seigneur». Grand prix du roman de l’Académie française. Reconnaissance publique de l’écrivain

1977 L’émission Apostrophes de Bernard Pivot accroît sa notoriété auprès du grand public

1981 Décès le 17 octobre. Enterré au cimetière israélite de Veyrier