Chronique chez soi

Atelier bricolage

Il y a des gens qui adorent bricoler. Il y en a d’autres que ça rend marteau, comme moi. Mais si on ne veut pas vivre dans un intérieur délabré, il faut bien s’y coller.

Le truc manuel c’est un virage que j’ai raté dans la vie.
Le truc manuel c’est un virage que j’ai raté dans la vie. - DR
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Avoir un chez soi, c’est indispensable, bien sûr. Il faut se loger. Avoir un toit. Mais c’est aussi un nid, une projection de soi, notre intimité, quelque chose qui nous rassure, comme l’utérus maternel d’où nous sommes sortis. D’ailleurs, notre maison s’appelle bien un intérieur. Moi j’adore mon intérieur, je veux qu’il soit beau, propre, et que tout le monde s’y sente bien, à commencer par moi-même.

La maison, c’est le tonneau des Danaïdes ou le rocher de Sisyphe, un éternel recommencement, un sacerdoce

Pendant longtemps, j’ai cru que c’était simple: on emménage, on achète ce qu’il faut, on peint, on meuble, on décore joliment et on est content dedans jusqu’à la fin des temps. Ouh là, colossale erreur. Dans la vraie vie, on n’a pas fini de planter un clou pour accrocher un tableau qu’il y en a un autre qui tombe. On n’a pas terminé la peinture d’une pièce que le papier peint d’une autre se décolle. On n’a pas rebouché une fissure de plafond que le tuyau de douche est troué. On n’a pas changé toute la parure de lit que le tissu du canapé se déchire. On n’a pas racheté toute la vaisselle que la table perd un pied (vécu récent). Quand vous avez fini de nettoyer le lustre à pampilles (ce que je ne souhaite à personne, mon amoureux enlève tous les cristaux et les met dans la machine à laver, pour les refixer ensuite sur le lustre, je crois que c’est comme un puzzle, ça vide la tête), la lampe au-dessus du bureau se décroche. Et j’arrête là, vous avez saisi l’idée. La maison, c’est le tonneau des Danaïdes ou le rocher de Sisyphe, un éternel recommencement, un sacerdoce.

Passion ou torture

Cela me rend marteau.diaporama
Cela me rend marteau.

Il y a des gens que cela passionne. Pendant les confinements, le secteur du bricolage a surperformé, comme on dit aujourd’hui. Le «do it», c’est le nouveau shopping, on part gaillardement le samedi en voiture acheter des clous, des vis, des câbles, des outils, des ampoules, des fils de fer et des perceuses... Comment vous dire? Pour moi c’est une sorte de torture. D’autant plus qu’après, il faut encore les utiliser ces machins! Percer le mur, mettre une vis dedans avec le petit fourreau en plastique à la bonne taille, entretemps vous avez cochonné le mur, le trou n’est pas à la bonne hauteur et vous vous êtes engueulé avec votre conjoint, un super week-end après une dure semaine de boulot.

Oui, le truc manuel c’est un virage que j’ai raté dans la vie, et cela doit être génétique, car mes deux enfants sont de brillants esprits, mais à peu près aussi incapables que moi de changer une cartouche d’imprimante. Je suis susceptible de passer trois heures sur une charlotte aux fraises à doser le degré d’imprégnation des boudoirs (ni trop parce que c’est détrempé et dégueu, ni trop peu parce que c’est dur et sec, tout un art), mais quand il s’agit de changer un fil électrique, j’ai envie de me pendre avec. Parfois, j’avoue, j’ai craqué. Dites-vous que j’ai acheté des étagères Ikea noires et blanches à genre 10 francs, celles que l’on doit ficher dans le mur je n’ai pas compris comment, et que j’ai payé 200 francs au père d’une copine pour qu’il me les pose. C’est ce qu’on appelle acheter intelligent.

On n’est pas tous ébéniste

Sans parler des meubles à monter. En fait, quand on achète du mobilier bon marché, on achète des planches et des clous quoi, et on paie le droit de faire tout le boulot nous-mêmes. Déjà le transport est un enfer, c’est lourd, il n’y a pas de prise, ça ne rentre pas dans le coffre, ça vous pète le dos. Ensuite, on n’a pas tous un CFC d’ébéniste; les explications ont l’air simples comme des dessins de maternelle, 1,2,3 hop, déballé c’est pesé, mais vous ne savez même pas dans quel sens il faut tenir la première pièce. En plus, c’est discriminant pour les célibataires, car tout seul c’est impossible. Vous avez déjà essayé de tenir quatre planches sur la tranche à la fois et d’en visser une cinquième dessus? Il faut avoir travaillé au cirque du soleil section contorsionniste. Tiens, ce serait une bonne compétence à ajouter au CFC d’ébénisterie, ça. Et quand il y a une charnière ou quelque chose qui doit coulisser, bonjour. Bref le meuble n’est pas forcément garanti, mais le pétage de plombs et/ou le divorce, si.

J’ai désormais un compagnon qui sait faire pas mal de trucs (ne voyez aucune allusion sexuelle dans cette phrase) comme changer une prise française en prise suisse ou vice-versa, je ne savais même pas que c’était possible. Personnellement, ma grande fierté est d’avoir réussi à acheter et à changer le fameux cordon de douche qui coulait et d’avoir fait une sorte de niche avec trois planches noires pour planquer dessous la caisse du chat. Il faut savoir chérir les petites victoires.