Avenches, quo vadis ?
Avenches figure désormais sur la carte Michelin comme l’un des plus beaux villages de Suisse. Comment et quel est l’impact sur le développement de la cité et le prix des terrains ?

« Avenches est un exemple étonnant, dans lequel vous avez trois villages en un. Il y a les zones antique et médiévale, bien protégées, et le village moderne en périphérie. Cela en fait presque un cas d’école », relève Alain Saint-Sulpice, responsable de l’association Les plus beaux villages de Suisse (PBVS). Il précise que Michelin a repris la liste de cette dernière, ajoutant un descriptif à chaque site. Les critères de sélection sont donc ceux de l’organisation PBVS, référencée à l’internationale sous le nom de « Swiss Villages ». Avenches, ancienne capitale d’Helvétie, y figure depuis 2017 déjà.
« Le bourg actuel avec sa rue centrale en arcades, son château du XIIIe siècle, ses monuments médiévaux, ses bâtisses historiques et son site archéologique, l’un des plus importants de Suisse, ont séduit l'association », souligne Laure Ryser, syndique de la commune broyarde. L’apparition sur les cartes Michelin n’est pas une surprise, mais une reconnaissance du travail effectué depuis longtemps.
Des millions de francs
Chaque année la commune alloue plus de 10% de son budget au maintien de ses infrastructures historiques. Par exemple, la rénovation de la muraille d’enceinte a déjà coûté plusieurs millions. Un travail de longue haleine pour lequel la commune a débloqué un nouveau crédit de 2,5 millions de francs en 2023. L’association «Aventicum MMXV» s’occupent, elle aussi, de rechercher des fonds. Un autre exemple est le crédit de 3,5 millions de francs dévolus à la façade du château médiéval.
« Avenches a toujours investi dans la valorisation de son site, observe la syndique. Sur la rue principale, toutes les façades sont classées de niveau 1 par les Monuments et Sites. Les propriétaires reçoivent un soutien financier et nous avons une enveloppe pour cela. C’est au cas par cas », ajoute-t-elle. Pour rendre hommage à ce patrimoine, un parcours avec des bornes interactives retraçant l’historique des maisons va être inauguré prochainement.
Jongler entre l’ancien et le moderne
Investir dans les édifices patrimoniaux n’empêche toutefois pas la commune de financer les infrastructures modernes. « Nous arrivons au terme de l’étude de projet pour la rénovation de la gare d’Avenches. Tout le quartier sera revu en 2027. Le bâtiment de la gare reste. Le rail et une partie des quais sont à la charge des CFF. Les accès et les alentours relèvent de la commune », précise Laure Ryser. Dans le même périmètre, la zone sportive a été entièrement réaménagée il y a quelques années.
Etre un village de carte postale implique donc de savoir intégrer le neuf à l’ancien. De son côté, l’association PBVS a également évolué et ajouté des éléments de durabilité aux exigences. « Nous avons une charte de qualité avec des critères architecturaux et environnementaux, qualitatifs et quantitatifs, confirme Alain Saint-Sulpice. Les villages doivent maintenir un certain niveau. On visite régulièrement les sites et on peut retirer le label, même si cela ne s’est encore jamais vu. »
Quelles retombées ?
Arborer la distinction « plus beau village de Suisse » a-t-il un réel impact ? Alain Saint-Sulpice évoque une hausse de fréquentation de l’ordre de 30% observée sur d’autres villages en France. Le développement des infrastructures touristiques doit donc également suivre dans le bourg de 5000 habitants, dont la population croît chaque année.
Avec 4 hôtels et une auberge de jeunesse, Avenches Tourisme est très satisfait de la dynamique actuelle. « On comptabilise 13’000 nuitées par an et une augmentation de 9% en 2025. Toutefois, la perte de nuitées d’avant 2019 (– 46 %) n’a pas encore été compensée. Cette forte diminution s’explique majoritairement par la disparition des festivals Avenches Opéra et Rock Oz’Arènes », mentionne Martial Meystre, directeur d’Avenches Tourisme.
Ouvert cette année, l’hôtel Hine Adon, en contrebas de la butte, est un projet de longue date. Le plan d’aménagement prévoyait un établissement hôtelier dans cette zone depuis plusieurs décennies. Des bisbilles en raison des fouilles archéologiques ont reporté les travaux.
A présent, l’endroit propose 42 appart-hôtels répondant tant à un tourisme de loisirs que d’affaires. Cette évolution de la demande est confirmée par l’augmentation du nombre d’entreprises dans la région proche. « La zone industrielle fait partie des réserves stratégiques cantonales. Cela signifie qu’elle s’adresse avant tout aux grandes entreprises et moins aux PME artisanales, pour lesquelles nous manquons de place », note la syndique.
Et le prix du terrain ?
Avec la croissance démographique, touristique et industrielle, Avenches et la Broye doivent faire face à la hausse des prix des logements et des terrains. La visibilité offerte par Michelin va-t-elle attirer des demandes de projets hôteliers ou de promoteurs du côté d’Avenches ? « Je ne pense pas. En tous les cas, nous n’avons rien observé de tel et gardons notre ligne entre tourisme et développement des infrastructures pour la population », observe Laure Ryser, estimant que le boom démographique va se tasser.
En dix ans, le prix du mètre carré résidentiel à Avenches a grimpé de 30 à 40% pour se situer entre 320 et 950 francs le mètre carré, pour les parcelles avec vue. Cette croissance est similaire dans la région, que l’on soit parmi les plus beaux villages de Suisse ou non.
