Avni Orllati: «Les 30 ans de notre groupe sont une étape»
Avni Orllati, fondateur et dirigeant du Groupe Orllati, revient sur la votation du 28 septembre, où les deux tiers des Vaudois ont accepté le contre-projet sur l’économie circulaire. Dans une interview exclusive, il minimise son impact pour son groupe.

Alors que les Vaudoises et les Vaudois ont accepté le contre-projet sur l’économie circulaire le 28 septembre dernier, l’entrepreneur Avni Orllati est sorti de sa réserve, en marge des 30 ans de son groupe, basé à Echallens dans le canton de Vaud. Il conteste le fait que son entreprise, active dans le secteur de la construction, serait devenue un acteur majeur dans l’industrie du traitement des déchets de chantier. Tout comme il entend éviter toute polémique avec la population de Chavannes-près-Renens à propos du retard dans le démarrage de la construction de la tour arborisée par l’architecte italien Stefano Boeri.
Le Temps: Les Vaudois ont accepté par 67,5% des voix le contre-projet sur l’économie circulaire le 28 septembre. Quel sera son impact pour votre groupe? Vos nombreuses décharges vont-elles peiner à se remplir à l’avenir?
Avni Orllati: Petite correction, nous ne disposons pas de nombreuses décharges mais seulement de trois dans toute la Suisse romande. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, nous avons mis en en œuvre des solutions concrètes permettant de préserver les volumes et la matière première.
Depuis le début des années 2000, nous avons mis en place une stratégie de revalorisation des matériaux sur notre site de Bioley-Orjulaz (VD). Notre groupe dispose ainsi d’une plateforme de traitement des matériaux minéraux pollués unique en Suisse romande. Elle permet d’éviter la mise en décharge de plus de 100 000 tonnes de matériaux chaque année, en recyclant plus de 80% de matières. Cette installation s’inscrit pleinement dans notre démarche d’économie circulaire et de gestion responsable des ressources.
Mais encore?
Nous exploitons également un concasseur, qui transforme le béton issu des chantiers de déconstruction en granulats recyclés. Grâce à ce procédé, près de 100 000 tonnes de béton de démolition sont revalorisées chaque année, dans du béton recyclé, en anticipation et en toute conformité avec les exigences techniques et environnementales actuelles.
Notre centrale à béton permet de réutiliser directement tous ces matériaux revalorisés, sans rupture de charge, et de livrer dans un rayon d’environ 25 kilomètres. Cette organisation locale réduit significativement les besoins en transport et contribue à la diminution des émissions de CO2. A moyen terme, plus de cinq sites de transbordement rail-route, dont celui d’Eclépens (VD), seront créés dans l’objectif de réduire fortement notre impact sur l’environnement.
Cependant, même si ces processus permettent de limiter la mise en décharge de matériaux issus des chantiers de construction, cela ne résout pas le manque de sites d’enfouissement pour répondre au développement de l’Arc lémanique tant sur le plan des infrastructures que des constructions d’utilité publique ou des logements.
On attend toujours l’ouverture du chantier de votre tour arborisée à Chavannes-près-Renens. En juin 2025, la commune vaudoise a levé l’ensemble des 140 oppositions déposées contre ce dossier. Pourtant, un collectif de 19 opposants a décidé de poursuivre la lutte en justice. Qu’en pensez-vous?
Après que la population de Chavannes-près-Renens a voté en faveur d’une tour, nous avons organisé un concours et la tour végétalisée est le projet qui avait été choisi à l’unanimité par le jury. La surface libérée au sol permettra de créer un parc de plus de 20 000 m², soit l’équivalent de trois terrains de foot. Ce parc sera un véritable poumon vert au centre de la commune et un axe important de mobilité douce permettant de relier la gare de Renens à l’EPFL ainsi que les quartiers est et ouest de la commune. Il offrira de magnifiques espaces de rencontres, de repos et de jeux pour les habitants du quartier ainsi que pour la population.
Vous avez récemment indiqué que le chiffre d’affaires du Groupe Orllati allait atteindre les 400 millions de francs en 2024. Au final, est-ce que ce montant a été atteint? Et vos effectifs, quels sont-ils aujourd’hui?
Le groupe compte aujourd’hui 1000 collaborateurs engagés à plein temps. Concernant notre chiffre d’affaires, nous ne souhaitons pas le communiquer. Cependant, il poursuit une progression régulière, signe d’une croissance maîtrisée et durable. Mon objectif est de consolider cette dynamique afin de garantir la stabilité et la pérennité de nos activités sur le moyen et le long terme.
Parmi les quelque 60 projets en cours du groupe, pouvez-vous nous citer les trois plus importants?
Le quartier des Cèdres à Chavannes-près-Renens – nous poursuivons la construction avec quatre immeubles supplémentaires pour un total de 166 logements et 1584 m² d’activités dont la livraison est prévue au printemps 2026. C’est la dernière étape avant la tour boisée.
Le quartier de Gruvatiez à Orbe – la deuxième étape qui proposera à terme 398 logements est en cours. Ce projet est conçu en alignement avec les quartiers durables.
Enfin, le nouveau site de formation postobligatoire à Crissier (VD), qui a été livré cet été. Il va pouvoir accueillir 1200 élèves et sera complété par 220 logements étudiants pour constituer un véritable campus.
Une soirée électro s’est tenue dans la nuit du 16 au 17 juillet à l’ancienne centrale thermique de Chavalon (VS), que vous avez rachetée en 2017. Où en est-on dans l’avancement de la transformation de ce site?
Pour le moment, nous étudions plusieurs possibilités dans l’énergie renouvelable, toutefois rien n’est encore décidé. Quant à la soirée à laquelle vous faites référence, il s’agissait d’un événement privé unique.
Avez-vous atteint tous vos objectifs? Sinon, que vous reste-t-il à accomplir?
Les 30 ans du Groupe Orllati sont une étape, pas un aboutissement. Nos priorités restent claires: améliorer la qualité de vie au travail, accélérer l’innovation notamment dans la géothermie profonde, les travaux lacustres et l’aquathermie et continuer à développer l’économie circulaire des matériaux. Notre objectif est de gagner en efficience.
