Thônex (GE)

Belle-Terre exemplaire

Concevoir un quartier qui satisfera les attentes de tout un chacun relève du miracle. Néanmoins, ces projets de grande ampleur arrivent toujours à se montrer pionniers au moins sur un point clé.

Le quartier de Belle-Terre est réalisé en trois phases allant jusqu'à l'horizon 2030
Le quartier de Belle-Terre est réalisé en trois phases allant jusqu'à l'horizon 2030 - Yves Andre
Diashow

Surville, Praille-Acacias-Vernets, l’Étang, les Esserts ou encore les Cherpines... chaque projet d’envergure récemment construit ou en cours de réalisation à Genève se démarque a minima sur un élément inédit par rapport aux autres. Dans son cas, le quartier des «communaux d’Ambilly» re-baptisé Belle-Terre à Thônex (GE), a été élaboré grâce à un processus original qui a su anticiper et penser demain autrement malgré des enjeux en constante évolution.

2500 logements à planifier

Mais d’abord, le projet de Belle-Terre, qu’est-ce que c’est? C’est avant tout une longue histoire ayant débuté il y a une vingtaine d’année sur une parcelle de 38 hectares, entre ville et campagne, aux abords d’Annemasse (France). De là est née une vision, celle de prévoir 2500 logements en un trio d’étapes, dont la première partie a pu être livrée en 2021. Désormais plongée dans la deuxième phase de cette future pièce urbaine, Belle-Terre prépare l’arrivée de mille nouveaux logements.

Pour cela, un long processus de concertation s’est mis en place entre les multiples acteurs impliqués, tels que le groupement de développeurs Batima-C2I, les services de l’État de Genève, les représentants des communes concernées, riverains et associations, pour un total de 13 maîtres d’ouvrages. En s’appuyant sur les résultats de l’étape 1, des études prospectives ont été faites en amont du projet d’architecture, dès 2021, afin de trouver un compromis conforme aux attentes de chacun et surtout se projeter à l’horizon 2030.

Réussir à s’inscrire dans la durée

«Le contexte est rempli d’incertitudes mais nous avons pris le temps d’étudier chaque question que la conception d’un quartier pose (biodiversité, circularité, acceptabilité, mobilité, etc.) et nous avons mis en place un schéma avec 15 objectifs globaux et transversaux sur lesquels tout le monde a des ambitions communes», témoigne Jorge Balladares de CI Conseils, la division d’assistance à maîtrise d’ouvrage du Comptoir Immobilier.

Quinze équipes de mandataires ont ensuite pris les rênes pour piloter quinze études en parallèle sous forme de cartes de coopération transversales. «Nous nous sommes inspirés des jeux de rôles, prenant le quartier comme plateau de jeu, chaque carte étant la synthèse d’une thématique à faire interagir avec les autres ou à retravailler lorsqu’elle entre en conflit avec une autre», complète Jorge Balladares. Des cartes devenues le fil rouge de ce projet titanesque. Facilitant la prise de décision commune, ce processus s’est cependant révélé long sur la durée. Une longueur nécessaire selon ses instigateurs pour qu’elle résiste au temps et à l’obsolescence programmée que tout grand projet urbain subit. «Entre le lièvre et la tortue, qui gagne? La commune de Thônex va passer de 12’000 habitants à 24’000 en l’espace d’une génération, c’est un changement systémique important à ne pas prendre à la légère. Ce travail préparatoire nous a justement permis de nous rendre compte qu’aucun défi n’était insurmontable», appuie Yannos Ioannides, directeur de CI Conseils.

Plus fort encore, ce modèle dans lequel «un consortium d’acteurs tire sur la même corde» inspirera d’autres projets, selon le directeur général de l’Office de l’urbanisme, Sylvain Ferretti: «Cette démarche-test que des plus petits projets n’auraient pu s’offrir servira d’exemple. Nous pourrons en tirer des enseignements à réutiliser pour d’autres aménagements qui formeront l’avenir de Genève.»