Nord Vaudois

Chantier de Manor: garder le bâti plutôt que raser

Veröffentlicht am 27.07.2026

Repenser un bâtiment plutôt que de le détruire pour en construire un neuf. Tel est le choix fait pour l’immeuble abritant Manor au centre-ville d’Yverdon. Détails de la réalisation.

Le chantier Manor se poursuivra à Yverdon jusqu'en 2027; un défi logistique et technique
Le chantier Manor se poursuivra à Yverdon jusqu'en 2027; un défi logistique et technique - Freepik
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«Réemployer, adapter, renforcer plutôt que démolir, puis reconstruire entièrement.» C’est en ces termes que Stéphane Ménerat, directeur associé chez Willi Ingénieurs, commente le projet de la rue du Lac 33 à Yverdon. Cette manière d’appréhender le bâti devient de plus en plus une norme. Elle va au-delà de la simple rénovation.

«Dans le réemploi de bâtiment, on met en avant la vie du lieu, son programme et son potentiel. On limite la démolition. La rénovation est davantage une mise aux normes et un assainissement», précise Stéphane Ménerat.

Ascenseur à vélo

L’idée d’inclure neuf logements dans l’immeuble, sous les toits, est née de cette volonté de construire avec l’existant. Ainsi, quatre niveaux seront réservés à Manor, au-dessus desquels on trouvera des habitations avec des terrasses privatives et communes.

«Comment valoriser le volume d’un immeuble du centre-ville, alors que le besoin commercial s’est réduit? Tel a été le point de départ de la réflexion», poursuit Sandro Pacifico, architecte associé chez Dolci Architectes. Alors que Manor Food disparaîtra, laissant de l’espace de stockage dans les combles, celui-ci est réaffecté en appartements de 2 à 4 pièces.

Autre opportunité née de la mutation des habitudes, un ascenseur à vélo verra le jour, donnant accès au 2e sous-sol. Il offrira une vraie solution de mobilité douce aux logements, tout en maintenant un espace de stockage pour Manor.

Intelligence collective

Le défi est de taille. «Près de 90% de la structure porteuse existante est conservée. C’est un véritable gain en durabilité», souligne l’ingénieur. Optant pour une structure légère en bois et en métal, le projet limite le béton. «Ce choix facilite la logistique. Nous n’aurions pas eu la place d’installer une grosse centrale à béton. Ce type de chantier demande d’aller chercher l’intelligence de chaque équipe. Ces challenges offrent une belle carte de visite aux différents corps de métiers», apprécie Sandro Pacifico.

Depuis 5 à 10 ans, le marché de la construction s’oriente clairement vers le réemploi de bâtiments; un peu différent de celui de matériaux. Les entreprises cherchent des références en ce sens et la régulation elle-même s’est adaptée. De plus en plus de projets sont analysés et audités pour combiner réemploi et sécurité. Sur le chantier Manor, des renforcements structurels et parasismiques ont été installés, par exemple.

Le volet énergétique fait évidemment partie intégrante de la métamorphose. L’immeuble de 1964 chauffé au mazout passera à la pompe à chaleur avec une isolation périphérique qui n’existait pas. Une solution pour des panneaux PV sur le toit de 1000 m2 est à l’étude, afin de trouver le bon compromis avec les exigences du patrimoine.

Phasage et coûts

Les autorités voient d’un bon œil cette démarche qui conserve un moteur économique en zone piétonne. Un chantier en pleine ville implique cependant de nombreuses nuisances. «La mobilité et le positionnement de la grue ont été de vrais défis, notamment sur la rue du Pré qui ne mesure que 6,5 mètres de large», explique Antonin Gaillard, directeur de travaux chez Dolci. Le montage de la grue s’est fait pendant la nuit et avec un dispositif pour que l’on puisse passer sous celle-ci en toute sécurité. Enfin, comme toujours, la communication avec le voisinage a permis de temporiser.

Outre les contraintes techniques de ce type de projet, le déroulement du chantier lui-même diffère. Il n’y a pas de longue phase de terrassement, mais une phase de réflexion importante en amont avec une déconstruction lente et des sondages en cours de route. Les équipes doivent être particulièrement flexibles et à l’écoute les unes des autres.

Cela implique-t-il une augmentation des coûts? «Les dérives financières arrivent lorsque les études préalables n’ont pas été menées et que l’on force le bâtiment à s’adapter au plan. C’est l’inverse qui doit se produire et économiquement les coûts seront maîtrisés», remarquent nos interlocuteurs.

Les travaux sont devisés à 16 millions de francs. Le montant est financé par le groupe Maus Frères, dont fait partie Manor. Il englobe la surface commerciale de 2900 m2 et les 1000 m2 de logements. Cet investissement rassure après l’annonce de la fermeture en Suisse de trois magasins Manor.

Entamée en avril 2025, la transformation se poursuivra en 2027. La réouverture de Manor, momentanément déplacé à la Place du 7 février, est prévue au printemps 2027, suivie de celle des logements.