Cigognes, oiseaux et habitations font-ils bon ménage ?
Héberger des cigognes ou d’autres oiseaux sur son toit ou ses bâtiments, l’idée plaît de plus en plus. A quoi être attentif, quels sont les risques et que mettre en place ?

Plus de 370 cigognes - 155 jeunes et 220 adultes – vivent au haras fédéral d’Avenches entre février et août. « Cette année, environ 200 naissances sont à prévoir, selon la météo. L’an dernier nous en avons eu 120 », relève Inès Lamon, responsable du groupe Préservation franches-montagnes et exploitation à l’Agroscope.
La vocation du haras est bien de prendre soin des chevaux, mais il veille à une bonne cohabitation avec ses locataires ailés, pas si discrets. Des visites guidées sur le thème des cigognes sont d’ailleurs organisées par Avenches Tourisme les 14 juin et 15 juillet.
Impossible de rater les échassiers au printemps. Une centaine de nids occupent l’espace du haras. L’Agroscope a mis en place une trentaine de supports sur les toits et les cheminées, mais les cigognes occupent bien d’autres endroits sur les bâtiments ou les arbres. La proximité avec les chevaux n’est pas un souci et le séjour prolongé des migrateurs ne dérange en rien l’activité du haras. «Nous avons surtout observé un effet bénéfique, car leur présence limite le nombre de pigeons dans les écuries », mentionne Inès Lamon.
Entretien nécessaire
Ces locataires au claquement de bec unique - le craquètement - attirent la sympathie, mais également les salissures tenaces. « Les toits doivent être nettoyés chaque année par des spécialistes. Chaque nid est inventorié, puis contrôlé après le départ des cigognes. Charpentier, garde-faune, architecte interviennent. Les cheneaux sont à vérifier régulièrement durant la saison, car elles se remplissent de branchages et autre matériel transportés quotidiennement par les cigognes », explique l’Agroscope.
Ce travail a un coût pour le propriétaire du bâtiment non négligeable. Cela dit, héberger des cigognes chez soi est tout à fait possible. L’association Cigogne suisse, qui fête ses 50 ans, dispense des conseils sur le dispositif à prévoir.
La question des salissures revient régulièrement, notamment sur les panneaux solaires. Elles entraînent une perte de productivité et sont difficiles à nettoyer. A quelques kilomètres du haras, à Domdidier, sur la plus grande centrale photovoltaïque de Suisse, on a noté la présence de plumes et déchets. Un dispositif avec une alarme sonore veille à éloigner les oiseaux et leurs déjections problématiques sur les installations.
Quid des autres espèces ?
Bien d’autres animaux ailés vivent sur nos habitations. Cela a aussi des avantages. Par exemple, une pipistrelle mange 2000 moustiques par nuit. Les mesures d’accompagnement à la biodiversité chez soi sont nombreuses et ne concernent pas seulement les charismatiques cigognes. « On peut faire plus de place aux autres espèces. Les plus connues vivant sur les maisons ou en façade sont les chauves-souris, les hirondelles et les martinets », observe Sylvain Antoniazzi, directeur romand de Birdlife.
Il existe aujourd’hui quantité de modèles de nichoirs, même pour les chauves-souris. Cela dit, une fissure, une gouttière ou un trou dans une paroi suffiront à leur bonheur. La cohabitation commence à devenir problématique lors de travaux de rénovation ou lorsque les animaux se logent sur des boîtiers électriques en façade. Les dégâts sont potentiellement sérieux. En mai dernier, dans la région de Belfort, un nid de cigognes sur un pylône électrique a pris feu, perturbant tout le réseau.
« Il est interdit de déplacer tout nid d’oiseaux pendant la période de nidification, rappelle le spécialiste de Birdlife. Cela dit, en cas de danger, vous pouvez appeler le garde-faune qui se chargera de le déplacer. » Ainsi, lors de travaux d’isolation ou de peinture, si vous découvrez un nid, il vous sera interdit de le déplacer avant la fin de la nidification. Evitez donc la période d’avril à juillet pour vos travaux. Par la suite, vous devez faire appel au garde-faune. D’autres événements comme des cas de puces véhiculées par les hirondelles ou de rage par les chauves-souris sont extrêmement rares. Ils doivent être signalés aux autorités.
Subventions
A noter qu’il existe de plus en plus de subventions pour encourager les propriétaires à laisser une place aux oiseaux sur leur bâtiment, quelques soient les désagréments. Le plan d’action communal en faveur des hirondelles, martinets et chauve-souris détaille les bonnes pratiques. « Un soutien financier existe, par exemple pour la pose de planchettes afin d’éviter les salissures des nids d’hirondelles », glisse le directeur de Birdlife.
Enfin, impossible d’évoquer les oiseaux sur les constructions sans mentionner les pigeons. Ils sont, à eux seul, l’objet d’un vote sur l’abattage des pigeons, le 14 juin à Bâle-Ville. « Les pigeons ne sont, à l’origine, pas des animaux sauvages, précise Sylvain Antoniazzi. Ils le sont devenus. Je ne connais aucune loi qui favorise la présence des pigeons. » Le sujet est sensible dans toutes les villes qui rappellent que cet oiseau n’est pas menacé, contrairement à d’autres.
