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Construire des bâtiments capables d’affronter le climat de demain

Canicules précoces, nuits tropicales, pluies diluviennes : les effets du changement climatique sont déjà visibles en Suisse. Lors d’un webinaire organisé par Minergie et le Standard de construction durable Suisse (SNBS), l’expert Régis Matthey a expliqué comment les bâtiments et les quartiers peuvent gagner en résilience face à ces nouveaux défis.

Il ne s'agit plus seulement de limiter le changement climatique, mais aussi de préparer les bâtiments et les quartiers aux épisodes extrêmes
Il ne s'agit plus seulement de limiter le changement climatique, mais aussi de préparer les bâtiments et les quartiers aux épisodes extrêmes - Freepik
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La Suisse se réchauffe près de deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Selon les données présentées lors du webinaire, les températures ont déjà augmenté de plus de 3 °C par rapport aux valeurs observées au début du XXe siècle.

Les conséquences sont multiples : vagues de chaleur plus fréquentes, précipitations plus intenses, épisodes de grêle ou encore multiplication des nuits tropicales. Au Tessin, celles-ci pourraient passer d'une moyenne actuelle de 25 nuits par an à près de 60 dans un scénario de réchauffement de 3 °C. Autrement dit, près de deux mois par an avec des températures nocturnes supérieures à 20 °C.

Pour Régis Matthey, auditeur SNBS et responsable du bureau Impact Living, les professionnels de l'immobilier doivent intégrer cette nouvelle réalité dès aujourd'hui. Un bâtiment conçu actuellement sera encore exploité dans 50, voire 100 ans. Or, les références climatiques utilisées dans certaines normes sont basées sur des données historiques qui ne correspondent déjà plus totalement aux conditions actuelles.

Atténuer et s'adapter

La réduction des émissions de CO₂ reste indispensable. Remplacer les énergies fossiles, améliorer l'efficacité énergétique ou diminuer l'énergie grise des matériaux demeure une priorité.

Mais l'expert estime qu'un deuxième chantier doit désormais mobiliser le secteur : l'adaptation. Il ne s'agit plus seulement de limiter le changement climatique, mais aussi de préparer les bâtiments et les quartiers aux épisodes extrêmes qui deviendront plus fréquents. Cette approche concerne aussi bien le confort thermique des logements que la gestion de l'eau, la biodiversité ou encore la santé des habitants.

La végétation au cœur de la stratégie

Parmi les solutions les plus efficaces figure la création de microclimats favorables. Arbres, toitures végétalisées, façades plantées, revêtements perméables et espaces ombragés permettent de réduire significativement les températures ressenties.

À Sion, le projet pilote « Acclimatation » a notamment démontré l'importance de la végétation en milieu urbain. Selon les estimations présentées lors du webinaire, un arbre mature peut contribuer à faire baisser la température ressentie d'environ 7 °C entre une zone exposée au soleil et un espace ombragé.

L'eau joue également un rôle central. Les projets les plus récents s'inspirent du concept de « ville éponge », qui consiste à retenir les eaux pluviales sur place plutôt qu'à les évacuer rapidement dans les réseaux. Cette approche favorise le rafraîchissement naturel, limite les risques d'inondation et contribue à la recharge des nappes phréatiques.

Des projets qui montrent la voie

Plusieurs réalisations certifiées ou évaluées selon les critères du SNBS illustrent déjà cette évolution.

À Marly, la rénovation de la banque Raiffeisen combine préservation des arbres existants, toiture végétalisée, revêtements filtrants et espaces extérieurs ombragés. Le projet conserve également plusieurs caractéristiques bioclimatiques du bâtiment historique, comme des ouvertures limitées et des protections solaires efficaces.

Agence de Marly de la Banque Raiffeisendiaporama
Agence de Marly de la Banque Raiffeisen

À Genève, dans le futur quartier Praille Acacias Vernets (PAV), la remise à ciel ouvert de la rivière de la Drize doit permettre d'introduire davantage de fraîcheur au cœur d'un secteur fortement urbanisé. Le projet prévoit également des espaces verts, des zones humides et une importante végétalisation des toitures.

Le quartier de Malley-Gare, entre Lausanne et Prilly, mise quant à lui sur une combinaison de mini-forêts urbaines, de jeux d'eau, de surfaces semi-perméables et d'espaces publics conçus pour rester agréables même lors des fortes chaleurs. Les concepteurs estiment que la couverture arborée, encore modeste à la plantation, atteindra environ 50 % de certaines zones après plusieurs décennies de croissance.

À Meyrin enfin, le futur bâtiment de la mairie a été imaginé comme un lieu de rencontre capable d'accueillir les habitants dans de bonnes conditions climatiques. Espaces ombragés, terrasses végétalisées et lieux de convivialité doivent contribuer à renforcer la résilience sociale du quartier.

Miser sur la robustesse plutôt que sur la seule performance

Pour conclure, Régis Matthey a plaidé pour une approche davantage axée sur la robustesse. Selon lui, les bâtiments ne doivent plus être optimisés uniquement pour des conditions idéales, mais être capables de fonctionner durablement malgré des situations climatiques changeantes.

Cela passe notamment par des solutions passives : protections solaires, ventilation naturelle, végétalisation ou gestion intelligente de l'eau. Ces dispositifs permettent de réduire la dépendance à des équipements techniques toujours plus complexes et énergivores.

Le message est clair : l'adaptation climatique ne peut plus être considérée comme un simple complément aux projets immobiliers. Elle doit devenir un élément central de leur conception afin de garantir le confort, la valeur et la pérennité du bâti dans les décennies à venir.