Croisière gastronomique sur le littoral atlantique
De Lisbonne au Havre, à bord d’un navire flambant neuf, on nous a promis un voyage culinaire dans un décor exceptionnel. Avec 3 chefs étoilés. Le credo: sain, gourmand, élégant.

La croisière gastronomique relève des grandes traditions de l’art de voyager. A Lisbonne, le chef portugais Rui Paula est accompagné de deux étoiles montantes de la gastronomie belge et hollandaise, Benoît Dewitte et Thijs Meliefste, élu meilleur chef de l’année 2020 par Gault & Millau.
Bruissement et agitation fiévreuse, le « World Explorer » est à quai. Un joli bateau de croisière moderne qui prend des allures de yacht en mer. Petite taille (126 m de long et 19 m de large), propulsion hybride et système de stabilisation qui respectent les fonds marins fragiles. Les 180 passagers admirent sa décoration contemporaine, chaleureuse et raffinée. Ainsi que la forme élancée de la coque d’acier. Départ pour des itinéraires d’exception.

LISBONNE
La ville aux 7 collines séduit d’emblée le promeneur : ruelles pavées, maisons aux façades pastel, larges avenues aux trottoirs décorés de mosaïques, tramways jaunes grinçants, monastère montant la garde au bord du Tage... Direction Belém où le Tage se dévoile, sur fond de trilogie historique avec le Monument aux Découvertes, la tour de Belém autrefois au milieu des flots et aujourd’hui à quai. Le monastère des Hyéronymites (Jeronimos), construit au XVIe siècle pour le retour de Vasco de Gama, célèbre la période de gloire du Portugal, celle d’un empire maritime fondé sur les grandes découvertes. A 18h, rendez-vous au pont 7 pour le départ : lentement le « World Explorer » passe sous le pont du 25-Avril. Suspendu sur le Tage, il ressemble au Golden Gate Bridge de San Francisco. Sur les hauteurs de la municipalité d’Almada, le Cristo Rei, les mains étendues, regarde la ville. Voguer, échanger, rêver, c’est ce que nous promet dans un français parfait le commandant portugais Amadeu Albuquerque.

PORTO
« Porto a couché ses tours Eiffel à l’horizontale, elles lui servent de ponts », écrivait Paul Morand. Eh oui!, le pont ferroviaire qui porte le nom d’une reine, Maria Pia, avec son arche unique donne une impression de déjà-vu... le viaduc de Garabit en Auvergne, de Gustave Eiffel ! C’est bien lui qui est venu le construire à Porto en 1871. « Au printemps, le vin de Porto quitte les quintas pour être élevé dans les chais. Selon sa qualité, il entame un vieillissement, soit en fûts, soit en bouteilles, pour devenir ruby, tawny ou vintage ».
SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE
Jour 4, nous atteignons La Corogne, célèbre pour sa Tour d’Hercule, phare romain emblème de la ville. Et porte d’accès de la cité du plus célèbre pèlerin, saint Jacques, témoin des premiers miracles du Christ. Des coquilles sculptées dans la pierre rappellent que nous sommes dans la ville aux 46 églises et aux 114 clochers. La foi du Moyen Age poussa très vite vers la Galice les foules des grands pèlerinages. On peut imaginer ces myriades de fidèles suivis par des ménestrels et des trouvères. De nos jours, à pied ou à vélo, les pèlerins ont deux attributs : le bâton et le carnet. La condition pour recevoir la Compostela est d’avoir parcouru les 100 derniers kilomètres qui les séparent de la cathédrale… à pied (ou 200 km à vélo ou à cheval) de façon continue.

Le soir, dîner à 4 mains avec 2 chefs étoilés Michelin : le Belge Benoît Dewitte et le Hollandais Thijs Meliefste. Le directeur de croisière et chanteur d’opéra, Thomas Huertas, les présente sur un air de Carmen. Les maestros sont en cuisine. Au menu: cappuccino de poivron aromatisé au gingembre, turbot confit sauce hollandaise façon Dewitte accompagnée d’une émulsion de verveine. Pour le dessert : fraises marinées rhubarbe avec crème catalane légère.
BILBAO
Au nord, l’Espagne a cousiné avec les Celtes. Elle emmène ses visiteurs au vert. On entre dans Bilbao par une immense arche rouge vif, l’Arcos Rojos, plantée au milieu du pont de la Salve sur l’estuaire du Nervion. Signé par un apôtre du noir, Daniel Buren. L’artiste français a œuvré aux portes du Musée Guggenheim qui a soufflé en 2022 ses 25 bougies. Un million de visiteurs chaque année viennent visiter le chef-d'œuvre de Frank Gehry.

Une autre star, l’architecte britannique Norman Foster, a conçu en 1995 la trentaine de stations du réseau métropolitain. L’accès se fait par des structures en verre qui se transforment la nuit en lanternes illuminées, surnommées avec malice « Fosteritos ». « Elles ressemblent de loin à des queues d’écrevisses grises », s’exclame un touriste facétieux. De retour à bord du « World Explorer », nous sommes accueillis dans le grand salon par les 3 musiciens du groupe de jazz Infinity sur des airs de Diana Krall et de Frank Sinatra.
LA ROCHELLE
Éloquente, puritaine, cette ville de marchands semble bien dans ses murs. Les façades de pierre blanche, les rues à arcades, la Grosse Horloge, l’Hôtel de Ville Renaissance et les belles demeures d’armateurs des XVIIe et XVIIIe siècles en témoignent. C’est aussi le deuxième plus grand port de plaisance de France. Les trois tours de La Rochelle sont les vestiges des fortifications édifiées autour de la ville. La Tour Saint-Nicolas aux murs épais de 3 à 5 mètres et la Tour de la Chaîne constituent la porte d’entrée du vieux port. Elles en assuraient la défense: on tendait entre les deux tours une énorme chaîne quand on voulait interdire l’entrée du port aux navires. La Tour de la Lanterne doit son nom à sa lanterne de pierre vitrée dans laquelle on introduisait chaque soir un énorme cierge faisant office de phare.

BELLE-ÎLE EN MER
C’est la plus grande des îles du Ponant, synonyme de couchant (ainsi appelle-t-on les îles du Morbihan). Avec le Palais (capitale de Belle-Ile) dominée par la citadelle Vauban et Sauzon, archétype du petit port breton, deux autres communes se partagent les 85 km2 de l’île : les discrets bourgs de Locmaria et de Bangor. La campagne vallonnée, les plages, les falaises découpées s’apprécient mieux à vélo. Les aiguilles de Port-Coton, rochers aux formes surnaturelles, inspirèrent le peintre Claude Monet. A la pointe des Poulains, l’actrice française Sarah Bernhardt eut un coup de foudre pour un fortin militaire désaffecté. Elle y passa ses étés pendant 30 ans.
SAINT-MALO
Saint-Malo, « couronne de pierre posée sur les flots », Gustave Flaubert décrivait ainsi la vieille cité corsaire, bâtie sur la mer et clos de remparts agrandis par Vauban à la fin du XVIIe siècle. Sur ses remparts souffle encore l’esprit d’aventure et le courage des corsaires, une épopée qui coïncide avec l’âge d’or de la cité au XVIIIe siècle. Ils contribuèrent à la richesse de la ville «construite en 10 siècles, détruite en 10 jours et rebâtie en 10 ans». Pendant la Seconde Guerre mondiale, des bombes lâchées par des aviateurs américains tombent sur la vieille ville et la détruisent à 80%. Certains hôtels particuliers ne sont pas des copies pur jus des originaux, mais la masse minérale des maisons de granit serrées les unes contre les autres impressionne. La tombe de Chateaubriand protégée par une grosse croix de pierre est creusée sur un récif. Le bruit des vagues berce le dernier sommeil de l’écrivain.

Le navire vogue vers Le Havre que nous atteindrons au petit matin. Cette planète cosmopolite d’acier va se sentir chez elle le temps d’une escale d’un jour. Avant de repartir vers l’Europe du Nord. Rien n’entrave en coulisses ou sur la scène la mission d’un bateau de croisière : pourvoir des souvenirs éternels à des passagers privilégiés...
En chiffres
- 180 passagers
- 125 membres d’équipage
- 126 mètres : longueur du bateau
- 19 mètres : largeur du bateau
- 98 cabines
- 9 catégories de cabines
Pratique :
M/S World Explorer Rivages du Monde propose des croisières de luxe. Au programme: culture, gastronomie et découvertes. www.rivagesdumonde.fr