Architecture

De la lumière pour le bien-être et la santé des habitants

La chercheuse internationale Marilyne Andersen se bat depuis quinze ans pour intégrer les effets psychophysiologiques de l'éclairage naturel dans la conception des bâtiments.

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marilyneandersen2_portraitpied sll_cthomasdelley_ok - Thomas Delley
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Bien plus qu’un simple moyen d’éclairer, la lumière est souvent le fruit d’une longue réflexion dans la création d’un bâtiment. Si jusqu’ici, celle-ci était réfléchi sous les aspects de confort visuel (éblouissement), de durabilité (thermique) ou encore d’esthétisme (façades), un angle reste encore fréquemment délaissé par les professionnels de la construction: celui de la santé.

Consciente de cette problématique de niche, la physicienne de formation, anciennement enseignante au Massachusetts Institute of Technology (MIT) mais désormais professeure en technologies durables de la construction à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Marilyne Andersen, s’est penchée sur la question ces quinze dernières années. Et pour cause, contrainte de passer 90% de son temps à l’intérieur, la population urbaine se retrouve souvent privée de lumière naturelle. De quoi provoquer dans certains cas de la somnolence, une diminution de la concentration voire affaiblir le système immunitaire.

Les architectes sont davantage conscients de l'impact des conditions lumineuses sur la santé

«Jusque-là, la recherche sur la façon d’intégrer la lumière dans le bâti a mis du temps à s’y intéresser. Dans les années 1930, on observait un grand engouement pour les environnements fortement contrôlés, où l’on s’affranchissait de l’extérieur grâce à l’éclairage électrique et à l’air conditionné. Puis, nous nous sommes rendus compte des bienfaits du soleil et de l’importance de la lumière dans le courant des années 1970», décrit l’experte. Une période qui s’est suivie, quelques décennies après, d’une crise énergétique où l’économie d’énergie s’est imposée face aux autres critères de prise de décision.

Photorécepteur dans l’œil

«Même au moment de la découverte, il y a vingt ans, d’un photorécepteur inattendu dans l’œil responsable de gérer notre horloge biologique, une nouvelle dynamique de recherche sur les aspects physiologiques de la lumière a mis du temps à émerger», poursuit Marilyne Andersen. Si bien que les concepteurs de projets immobiliers ne témoignent de l’intérêt pour cet élément que depuis peu, comme l’indique la spécialiste: «Les architectes sont davantage conscients de l’impact des conditions lumineuses sur la santé. Ils en parlent de plus en plus mais ils n’ont pas encore les outils pour l’intégrer dans le processus de décision.» En effet, encore relativement unique dans ce domaine, seule la start-up Oculight

Dynamics, créée par l’EPFL en 2018, tente d’inverser la tendance en proposant aux professionnels de la branche des services de conseils spécialisés. «Notre manière de quantifier la lumière naturelle nécessaire en fonction des besoins et du comportement des futurs occupants d’un édifice est assez unique», soutient Marilyne Andersen, également cofondatrice de l’entreprise. Ayant déjà collaboré sur pas moins d’une quinzaine de projets depuis ses débuts, Oculight Dynamics a notamment œuvré à aiguiller Audemars Piguet dans la conception de sa nouvelle manufacture monumentale de 30’000 mètres carrés, inaugurée début novembre au Locle (NE).

Bientôt des normes et des spécialistes

A l’image des grandes marques horlogères, au niveau national les choses bougent aussi pour une meilleure intégration de la lumière naturelle dans les constructions. «Longtemps en retard par rapport à d’autres pays, la Suisse va rattraper le train en marche», assure Marilyne Andersen. Et ce, par le biais de nouveaux standards tels que la dernière norme européenne, la SN 17037, qui formule pour la première fois des recommandations applicables dans toute l’Europe sur l’apport ainsi que sur la qualité de la lumière naturelle dans les bâtiments. «Même au niveau des experts du domaine, jusque-là peu nombreux, je pense qu’on ne va pas tarder à en voir affluer car prendre en compte les critères psychophysiologiques de la lumière deviendra la norme», conclut la professeure de l’EPFL.

Une journée en sept minutes

D’ici là, le grand public pourra se sensibiliser à cette problématique grâce à «Circa Diem» (autour d’un jour en latin), une installation, élaborée entre autres par l’EPFL et imaginée par ses chercheurs. Une structure cylindrique qui permet aux visiteurs de vivre en sept minutes les quatre phases d’une journée par le biais de changements de luminosité et ainsi de comprendre les effets que cela a sur l’organisme. Après un bref passage cet automne à Séoul, l’œuvre est à découvrir prochainement sur le site de l’EPFL.