Dossier spécial Énergie

Des façades écologiques mais esthétiques

Tandis que le béton et le crépi ont longtemps trôné en maîtres sur les parois extérieures de nos bâtiments, voici que des revêtements ou matériaux plus naturels font désormais pleinement partie de notre paysage architectural dont les allures se diversifient de plus en plus.

Les «Bosco Verticale», deux tours d’habitations de 76 et 110 m à Milan, conçues par Stefano Boeri.
Les «Bosco Verticale», deux tours d’habitations de 76 et 110 m à Milan, conçues par Stefano Boeri. - © Stefano Boeri Architetti
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La première impression est toujours la bonne dit-on. Jeter un simple regard sur une façade suffit donc à se faire une idée de ce qui nous attend si l’on pénètre dans une bâtisse. Qu’elle soit parée de briques, de béton lisse ou de bois, promet alors trois expériences totalement distinctes à celui qui les tentera. Mais si le style a son importance, dorénavant, un autre critère prend peu à peu le pas sur l’autre et se transforme en impératif: l’aspect durabilité. Production d’énergie, protection thermique, apport en lumière naturelle ou encore isolation acoustique… la façade d’un édifice tend à se complexifier, se renforcer, mais surtout à se décarboner. Bien décidé à ne pas délaisser le côté esthétique pour autant, le monde de la construction peut heureusement compter sur six types de façades qui combinent habilement ces deux éléments.

  • La façade en bois

L’un des plus grands avantages est la beauté naturelle du bois qui confère aux bâtiments un caractère chaleureux et accueillant s’intégrant harmonieusement dans n’importe quel environnement. Matière première renouvelable respectueuse de l’environnement, elle offre également une bonne isolation thermique permettant de réaliser des économies d’énergie. Mais alors qu’il y a à peine une décennie, la construction en bois semblait encore se limiter aux charpentes de toitures et aux bâtiments publics de grande portée, aujourd’hui le bois est présent dans tous types de bâtiments et au sein de n’importe quelle partie d’ouvrages. Que ce soit le bardeau (tavillon) sous forme de petites plaques d’environ 15×30 cm créant en surface un jeu de lignes parallèles, verticales ou horizontales, voire en diagonale par exemple, avec des panneaux d’environ 80 cm de large donnant un aspect lisse et uniforme à tout bâtiment. De même, les multiples formes d’habillages extérieurs ont donné la possibilité au bois de conquérir des parts de marché importantes. Néanmoins, celui-ci doit être régulièrement entretenu afin d'être protégé des intempéries comme la pluie ou le soleil, et des parasites. Cet entretien peut entraîner des coûts et des efforts supplémentaires à ne pas négliger.

L'ensemble résidentiel au fil de la Sionge à Riaz (FR).diaporama
L'ensemble résidentiel au fil de la Sionge à Riaz (FR).

L’ENSEMBLE RÉSIDENTIEL AU FIL DE LA SIONGE À RIAZ (FR)
Réalisées en 2015-2016, les façades en tavillons de deux immeubles écologiques à Riaz (FR) sont exemplaires. Conçu par Lutz Architectes, cet ensemble a été doté de façades en bois pour des questions patrimoniales. Implanté dans le centre du village, à côté de fermes typiques de la région, il s’agissait en l’occurrence de trouver un revêtement qui puisse s’intégrer au mieux dans ce tissu bâti. Les tavillons de bois qui habillent les chalets de la Gruyère constituaient donc une option intéressante. Les concepteurs ont proposé une construction habillée d’une peau d’anseilles qui, si l’entretien régulier est assuré, pourrait ainsi facilement atteindre une durée de vie centenaire.

  • La façade en briques

Le revêtement de façade en briques est une méthode populaire pour donner aux bâtiments un aspect durable et attrayant. Constituées de blocs en terre cuite compactée, elles se distinguent par leur robustesse et leur résistance. Une longévité qui, de surcroît, garantit l’assurance de très peu d’entretien. Emmagasinant la chaleur, elles contribuent aussi à l’efficacité énergétique de la maison et ne nécessitent pas de colles, ni de produits de conservation. Parmi les matériaux de construction les plus anciens de l’humanité, cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont passées de mode. Les briques apportent un style original aux façades en jouant sur les reliefs, les ondulations et la géométrie.

Le Musée Cantonal des Beaux-Arts à Lausanne (VD).diaporama
Le Musée Cantonal des Beaux-Arts à Lausanne (VD).

Mais un inconvénient reste son prix d’achat élevé, dû aux coûts de matériel et de montage souvent plus élevés que pour d’autres revêtements de façade. Toutefois, de nouvelles techniques de transformation comme celles des start-up Oxara (béton d’argile) ou Terrabloc (briques de terre crue) pourraient changer la donne avec le temps.

LE MUSÉE CANTONAL DES BEAUX-ARTS À LAUSANNE (VD)
Ce bâtiment signé Estudio Barozzi Veiga est le fruit d’un concours lancé par le canton de Vaud en 2011. L’inauguration du MCBA et sa première exposition en 2019 ont permis de dévoiler ce palais aux 700’000 briques. Un assemblage de briques provenant de Francfort en Allemagne (aucune briquerie de Suisse n’avait pu fournir un tel volume). Leur teinte grise et chaude a été rigoureusement travaillée pour s’accorder avec les deux autres matériaux de la façade, le béton (socle) et l’acier inox (cadres de fenêtres).

  • La façade en métal

Que ce soit l’aluminium, le cuivre ou le zinc, tous ces matériaux se veulent à fois modernes et élégants. Leurs plus grands avantages restent sans conteste leur longévité et leur résistance aux intempéries mais aussi le faible poids des métaux comme l’aluminium, qui facilite le montage et convient parfaitement aux rénovations. Longtemps limité au sertissage d’encorbellements, aux avant-toits et aux éléments constructifs de la structure porteuse, le métal est donc désormais utilisé comme parement de façade, réalisant de grands éléments de manière économique. Son aspect visuel s’est aussi considérablement enrichi. Sur les tôles en métal, de nombreux motifs et formats en trois dimensions sont aujourd’hui possibles, proposant une grande liberté architecturale. Cependant, les façades métalliques comme le cuivre sont chères à l’achat et les métaux en général sont de bons conducteurs de chaleur, ce qui peut entraîner des pertes d’énergie si l’on n’ajoute pas d’isolation.

Le BioArk III à Monthey (VS).diaporama
Le BioArk III à Monthey (VS).

LE BIOARK III À MONTHEY (VS)
Situé au coeur du site industriel de Monthey, BioArk est un pôle technologique spécialement dédié aux sciences de la vie. Son troisième bâtiment, le BioArk III s’est vu orné de fenêtres, embrasures et d’un bardage de la façade composé de tôles colorées. Plus de mille pièces clinquantes et modernes constituent la signature visuelle de cet ouvrage d’apparence métallique. Des façades amovibles ont également été prévues pour le passage d’éléments modulaires de grande dimension, tels que des containers typiquement.

  • La façade végétalisée

La végétalisation des façades multiplie les bons points. Premièrement, elle protège les façades sud et sud-ouest qui sont soumises à un fort ensoleillement. Les rayons UV, les variations de température, le vent et la pluie pouvant les détériorer. Les plantes grimpantes, selon la densité du feuillage, garantissent ainsi que la pluie et le soleil ne puissent pratiquement plus atteindre le revêtement. La végétation en façade joue également le rôle de filtre à poussière car les particules y restent accrochées et ne finissent donc pas dans nos poumons. Ceci, tout en apportant une touche de nature et de verdure en ville (ce qui est très recherché de nos jours), elles contribuent à la régulation thermique du bâtiment, à l’amélioration de la qualité de l’air et à la biodiversité urbaine. Seul bémol: son entretien parfois complexe.

La Tour des Cèdres à Chavannes-Près-Renens (VD)diaporama
La Tour des Cèdres à Chavannes-Près-Renens (VD)

LA TOUR DES CÈDRES À CHAVANNES-PRÈS-RENENS (VD)
Connu et reconnu pour ses deux tours d’habitations uniques de 76 mètres et de 110 mètres à Milan (en Italie), son fameux «bosco verticale» (littéralement «bois vertical» en français), Stefano Boeri veut tenter à nouveau l’expérience dans le quartier des Cèdres, à Chavannes-près-Renens (VD). Encore à l’enquête, ce projet vise la construction d’un immeuble de 36 étages aux façades plantées de 252 arbres. D’une hauteur de 117 mètres, l’immeuble de 30 étages a déjà prévu de pallier au souci d’entretien en installant un parcours alimenté par les eaux de pluie afin d’irriguer les centaines de plantes qui seront disposées sur ses façades.

  • La façade solaire

Au-delà de la simple possibilité d’exploiter énergétiquement de grands pans, les façades solaires fortement inclinées (ou verticales) ont l’avantage de pouvoir produire de l’énergie supplémentaire en hiver (période de l’année où la consommation est la plus élevée). Quant à celles orientées à l’est ou à l’ouest, elles favoriseront plus d’énergie tôt ou tard dans la journée, équilibrant de la sorte la courbe de production. Côté esthétisme, l’évolution technologique offre aujourd’hui tout une panoplie de coloris de verres, dont les modules varient du noir discret aux couleurs plus vives. À noter que depuis le 1er avril 2025, les subventions pour installer des panneaux photovoltaïques sur les façades de maison ont augmenté. Une pose en façade recevra donc plus d’une fois et demie le montant d’une aide classique, octroyée en cas d’installation de panneaux solaires sur un toit.

La tour C2 de l'écoquartier des Vergers à Meyrin (GE).diaporama
La tour C2 de l'écoquartier des Vergers à Meyrin (GE).

LA TOUR C2 DE L’ÉCOQUARTIER DES VERGERS À MEYRIN (GE)
Le long de la route de Meyrin, en direction du CERN, cet immeuble de 12 étages (104 logements), labellisé Minergie A, a su relever le défi d’obtenir un bilan énergétique positif. Pour ce faire, le bois de la structure a joué un rôle mais c’est surtout sa façade solaire qui a permis de faire la différence. En effet, afin de diminuer les puissances électriques nécessaires au fonctionnement de la ventilation forcée, les installations techniques ont été placées à mi-hauteur de la Tour et les capteurs solaires photovoltaïques ont été intégrés dans les parapets de balcons. Un système en place depuis 2018.

  • La façade en pierre naturelle

Granit, grès, quartzite ou ardoise sont des intemporels à l’esthétique unique car aucune pierre ne ressemble à une autre. L’avantage le plus probant de la pierre naturelle est son extrême longévité puisqu’elle peut durer des décennies sans perdre de sa beauté tout en étant d’une facilité d’entretien et d’une résistance au feu et au gel inégalée. Dotés d’un bon bilan écologique (à condition qu’ils ne viennent pas de l’autre bout du monde, car le transport représente jusqu’à la moitié de leur empreinte écologique), ces produits géosourcés ne nécessitent que peu d’énergie pour leur transformation et ne craignent pas le passage du temps. Elles sont en revanche idéales pour réaliser des façades élégantes et sophistiquées et présentent une grande variété de couleurs, de textures et de veines, ce qui permet un large choix en termes de design. De plus, le parement en pierre naturelle s’adapte parfaitement aux formes des bâtiments. Chère à l’achat et à la pose, car lourde, la pierre naturelle demande néanmoins beaucoup de travail ainsi que des connaissances spécialisées en matière de statique.

Le quartier des Sciers à Plan-les-Ouates (GE).diaporama
Le quartier des Sciers à Plan-les-Ouates (GE).

LE QUARTIER DES SCIERS À PLAN-LES-OUATES (GE)
Fort de deux immeubles (68 appartements) aux façades en calcaire massif, le quartier des Sciers, construit par la Commune de Plan-les-Ouates, s’est voulu innovant. Ce projet (faisant partie d’un ensemble de 17 bâtiments aux propriétés différentes) a été conçu en 2017 par le consortium Gilles Perraudin-Archiplein. En l’absence de réalisations récentes en pierres massives en Suisse, cette idée comportait à l'époque une forte dimension expérimentale. Mais le défi a été relevé haut la main. Sublimé par des corniches arrondies qui courent le long des murs et délimitent les étages, ces deux bâtiments au ton crème ont été pourtant érigés en blocs de pierres massives (pas seulement comme parement ornemental). 9000 blocs pleins, soit 2000 m3 de calcaire, ont dû être prélevés dans trois carrières françaises pour lui conférer cette élégance sobre.

Dossier réalisé par Julie Müller