Dossier spécial - Energie

H2, vers la naissance d'un marché

Alors que la Suisse tarde à définir son plan d’action concernant l’hydrogène, les cantons lémaniques ont pris les devants en créant une coalition inédite autour de ce levier de la transition.

La centrale de Groupe E au barrage de Schiffenen.
La centrale de Groupe E au barrage de Schiffenen. - Groupe E
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En matière d’énergie, la Suisse fait face à un cercle vicieux. Tandis qu’elle exporte 7 TWh d’électricité (issue de l’hydraulique essentiellement) chaque été, elle se retrouve à importer l’équivalent de nucléaire l’hiver, faute de solution de stockage pour conserver durablement sa production saisonnière. Une situation intenable, notamment au vu de l’objectif Net Zéro de 2050, qui s’accentue avec l’avènement de la production solaire. Parmi les voies de secours imaginées pour venir à bout de ce schéma perpétuel, l’hydrogène s’est imposé rapidement dans les débats mais ne représente pour l’heure qu’1% de la taille du marché de gaz naturel suisse.

Avoir l’effet catalyseur

Comme expliqué en introduction de ce dossier, sa production (aujourd’hui énergivore) freine l’essor de cette molécule magique. Son intérêt a pourtant déjà fait ses preuves dans les processus industriels à haute température mais aussi dans les transports: en 2022, 47 camions et plus de 200 voitures (de tourisme) à pile à combustible ont été immatriculés dans le pays et ont consommé quelque 300 tonnes d’hydrogène sur l’année. Dans le domaine aérien, Destinus, à Payerne (VD), va débuter des essais de propulsion à l’hydrogène pour des avions plus «propres». Le potentiel majeur de l’hydrogène réside néanmoins dans le stockage d’énergie saisonnier, l’H2 étant une molécule qui permet de convertir l’électricité en quelque chose de physique, compressible dans une bonbonne par exemple. À l’image de tout nouveau produit peu démocratisé, le stockage de cet hydrogène dans des tubes en acier sous terre, coûterait cher, très cher. Environ 70 milliards de francs par an pour stocker les 7 TWh de surplus estival de la Suisse. Il devient donc urgent de développer ce marché et d’innover. Si la Confédération a annoncé qu’elle dévoilerait sa stratégie nationale au deuxième semestre 2024, les cantons lémaniques ont décrété qu’ils n’avaient plus le temps d’attendre et ont lancé H2, un réseau d’intelligence collective à destination des acteurs privés, publics et philanthropiques romands. Son but étant «de transformer toute la chaîne de valeur de l’hydrogène (sa production, sa distribution, son stockage et son usage) en un véritable marché durable», a souligné Sabrina Cohen Dumani, la directrice de la fondation Nomads, le 14 novembre dernier, lors du lancement d’H2. Alors, selon ses initiateurs, l’aventure de l’hydrogène commence bel et bien maintenant.