L’incroyable succès du Millennium, une micro-cité due au discret Yann Guyonvarc’h
Construit entre 2018 et 2021 à Crissier, ce complexe administratif et d’affaires ferait presque des jaloux. Affichant complet, le Millenium a réussi à séduire d’importants locataires comme Swisscom, Zurich Assurance ou Audemars Piguet, en offrant des prestations haut de gamme.

Yann Guyonvarc’h cultive la discrétion. Il est très difficile de le voir apparaître dans les pages people, et pourtant… Franco-Suisse, cet entrepreneur en série de 53 ans avait fait parler de lui à au moins deux reprises: d’une part, lorsque sa société VisioWave a été rachetée par TF1 en novembre 2002. D’autre part, lorsqu’il parvient à revendre SwissCaution à La Mobilière en août 2016 pour une somme estimée à 250 millions de francs.
C’est à travers une de ses sociétés sises à Hergiswil (NW), CBPI AG, qu’il s’est lancé dans l’aventure du Millennium à Crissier. Situé à la hauteur de la sortie d’autoroute, ce centre d’affaires se distingue par sa forme en arc de cercle, sur 12 niveaux et près de 50 000 m².
Une petite cité
Loin d’être un simple complexe administratif, le Millennium comprend bien évidemment plusieurs étages de bureaux [dans lesquels Swisscom et Zurich Assurance louent chacun plus de 5000 m², ndlr], mais aussi de nombreux services ouverts au public: une brasserie (15 points Gault & Millau), une épicerie fine, une cave à vins ou encore la filiale suisse du traiteur Potel et Chabot. A côté de cela, son centre de congrès avec 12 salles de conférences et un auditorium de 500 places vient d’accueillir Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, pour une conférence. Sans oublier une crèche Pop e Poppa, une galerie d’art, un fitness ou le Montreux Jazz Club Millennium (250 places).
Autant dire que le SwissTech Convention Center a désormais un sacré rival dans la région lausannoise. Pour définir le Millennium, l’ancien animateur radio Philippe Morax le décrivait comme «un hôtel cinq étoiles, mais avec des bureaux et des salles de réunion à la place des chambres». Ajoutons qu’il dispose encore de 500 places de parking en sous-sol, avec une station de lavage intégrée. Enfin, il possède son propre centre de données, lequel héberge notamment les collections audiovisuelles du Montreux Jazz Festival.
Des tarifs élevés?
On pourrait croire que les équipes de Yann Guyonvarc’h ont accepté de brader les prix. Il semble que non puisque d’après nos informations les baux, d’une durée de dix ans en général, se sont négociés autour de 600 francs le mètre carré, un niveau assez élevé pour Lausanne et l’Ouest lausannois en général. Il en est ainsi notamment pour le Hub Audemars Piguet, qui occupe environ 1200 m².
Mais comme nous le précisent certains professionnels préférant garder l’anonymat, les tarifs ne sont pas si élevés que cela puisqu’ils comprennent le nettoyage, la conciergerie, etc. «Nous offrons un luxe expérientiel, des étages privatifs, avec un aménagement complet et un mobilier sur mesure, sans oublier des majordomes à temps complet», décrivait Matthieu Billard, le directeur du centre en décembre 2024 dans le magazine Bilan.
Bâtiment autonome
Bien que les coûts de construction totaux n’aient jamais été dévoilés, les professionnels estiment que cet ensemble a certainement dû coûter entre 150 et 200 millions de francs.
Entièrement vitrée et sans stores, la façade est composée de verres intelligents issus de la recherche en nanotechnologie, dont le système de contrôle est fondé sur l’intelligence artificielle. Ce vitrage adapte sa teinte en fonction de la météo. Il bloquerait jusqu’à 97% du rayonnement solaire. Relevons qu’il a été mis au point conjointement par Saint-Gobain SageGlass et le groupe Millennium. Le toit est quant à lui recouvert de panneaux photovoltaïques.
Autre innovation: le bâtiment est zéro carbone avec un système de récupération d’énergie en circuit fermé depuis sa centrale d’incinération de déchets de bois. Autre particularité: l’auditorium bénéficie d’un système de ventilation totalement inédit. L’air est apporté à très faible vitesse par plus de 500 points à l’intérieur de la salle. Cela lui a valu de se voir décerner en 2024 le label «exceptionnel» dans la catégorie «lieux de congrès» par le prestigieux Swiss Location Award.
Projet à Rougemont
Présent également du côté du Pays-d’Enhaut, Yann Guyonvarc’h projette de construire à Rougemont un complexe culturel qui offrira une salle philharmonique souterraine de 1200 à 1500 places avec l’acousticien star Yasuhisa Toyota. Cet investissement de l’ordre de 100 millions prévoit également la construction enterrée dans la pente d’un musée dédié à héberger la plus importante collection du monde d’œuvres d’Eugène Boudin, le maître normand considéré comme le père de l’impressionnisme.
Pour faire dialoguer ses Boudin, l’entrepreneur a acquis des toiles majeures d’Alfred Sisley, de Camille Pissarro ou encore de Berthe Morisot. Reste à convaincre les autorités concernées. A notre connaissance, le permis de construire officiel n’a pas encore été délivré.
