Succession au sein d’une régie immobilière

L’opération Arlewo ouvre une nouvelle voie

15.06.2026

En Suisse centrale, la régie Arlewo vient d’annoncer sa reprise par la Fondation de placement Renaissance, aux côtés de son équipe dirigeante. Au-delà de cette actualité, l’opération pose une question capitale pour de nombreuses régies immobilières : comment organiser une succession sans perdre son indépendance, son ancrage local ni sa culture d’entreprise ?

De gauche à droite : Thomas Winiger, Silvio Camenzind et Thomas Peter, fondateurs d’Arlewo.
De gauche à droite : Thomas Winiger, Silvio Camenzind et Thomas Peter, fondateurs d’Arlewo. - LDD
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C’est une actualité qui retient l’attention dans le paysage immobilier suisse. Arlewo, l’un des principaux prestataires de services immobiliers de la région de Lucerne, vient d’annoncer une nouvelle structure actionnariale dans le cadre d’une solution de succession à long terme. La régie sera reprise par la Fondation de placement Renaissance, aux côtés de son équipe dirigeante, qui devient également actionnaire.

 Fondée en 1968, Arlewo figure aujourd’hui parmi les acteurs de référence de l’immobilier en Suisse centrale. Avec sa société sœur arag Immobilien-Service AG, le groupe emploie près de 180 collaborateurs, accompagne plus de 1’000 clients, gère 15’500 logements ainsi que plus de 400’000 m² de surfaces commerciales. Il occupe une position de premier plan dans les services immobiliers indépendants, la vente, la location, l’évaluation, le développement, le conseil et la la gestion de projets de construction.

Thomas Peter, directeur général de Arlewodiaporama
Thomas Peter, directeur général de Arlewo

 L’opération Arlewo ouvre ainsi une piste encore peu explorée dans l’immobilier suisse : celle d’une succession adossée à un actionnaire suisse de long terme, aux côtés du management. Éclairage avec Christian Waldvogel, directeur associé de la Fondation de placement Renaissance, et Thomas Peter, directeur général de Arlewo.

Christian Waldvogel, directeur associé de la Fondation de placement Renaissancediaporama
Christian Waldvogel, directeur associé de la Fondation de placement Renaissance

 Thomas Peter, pourquoi avoir choisi d’organiser cette succession maintenant ?
Arlewo se trouve aujourd’hui dans une situation solide. Ces dernières années, l’entreprise s’est développée positivement, a renforcé son ancrage en Suisse centrale et dispose de bases saines pour envisager l’avenir. C’est précisément dans ce contexte favorable que nous avons souhaité anticiper cette transmission, plutôt que d’attendre qu’elle devienne une contrainte. Dans une entreprise comme la nôtre, la succession ne peut pas être abordée uniquement comme une opération financière. Elle touche à la stabilité de l’entreprise, à la continuité pour les clients et les collaborateurs, ainsi qu’au transfert progressif des responsabilités. Notre objectif était donc d’organiser une transition lisible, ordonnée et rassurante.

 Christian Waldvogel, en quoi cette opération est-elle significative pour le secteur immobilier suisse ?
Elle est significative parce qu’elle touche à une question que beaucoup de régies immobilières devront tôt ou tard se poser : comment transmettre une entreprise locale sans perdre ce qui fait sa valeur ? Dans ce secteur, la valeur d’une régie ne repose pas seulement sur sa taille ou sur le nombre d’objets gérés. Elle repose aussi sur une culture, une connaissance fine du marché et des relations construites sur le long terme. L’opération Arlewo montre qu’il existe une alternative à deux scénarios souvent envisagés : la vente à un grand acteur stratégique, avec le risque d’une intégration dans une structure plus large, ou une reprise purement financière, parfois liée à un horizon de revente à quelques années. Ici, le modèle retenu permet de préserver l’indépendance de l’entreprise, d’associer son management et de s’appuyer sur un actionnaire suisse capable de s’inscrire dans le long terme.

 Thomas Peter, pourquoi avoir choisi Renaissance plutôt qu’une vente à un acteur stratégique du marché ?
Nous avons étudié plusieurs options. Mais il est rapidement apparu que la solution avec Renaissance était la plus cohérente pour Arlewo, ses clients et ses collaborateurs. Nous ne souhaitions pas que l’entreprise soit absorbée par un grand groupe, avec le risque de perdre une partie de son identité, de son autonomie et de sa proximité avec le marché. Le choix de Renaissance, aux côtés du management, permet de préserver cette identité tout en renforçant la structure actionnariale de l’entreprise. Le fait que des membres de la direction et plusieurs cadres deviennent également actionnaires est très important : cela montre que l’avenir d’Arlewo reste porté par des personnes qui connaissent l’entreprise de l’intérieur.

 Christian Waldvogel, ce modèle pourrait-il aussi concerner les régies immobilières en Suisse romande ?
Oui, tout à fait. La problématique de la succession n’est pas propre à la Suisse centrale. Elle concerne l’ensemble du tissu immobilier suisse, et probablement aussi de nombreuses régies en Suisse romande, où nombre d’entre elles restent fortement liées à une histoire familiale ou entrepreneuriale. La question n’est pas seulement de trouver un repreneur ; elle est de savoir comment transmettre sans diluer l’identité de la régie, sans fragiliser les équipes et sans rompre la proximité avec les clients. L’exemple de Arlewo peut donc inspirer d’autres acteurs du secteur, y compris en Suisse romande, lieu d’origine de Renaissance puisque la fondation a été créée à Lausanne par des caisses de pension romandes, notamment Retraites Populaires, la CVCI et la Caisse de pension de la Banque Lombard Odier. Son modèle, financé par des caisses de pension suisses et pensé pour le long terme, peut tout à fait offrir une réponse à des régies qui souhaitent organiser leur succession tout en préservant leur indépendance entrepreneuriale.