Art

L'artiste qui brise les codes

Rien n’arrête l’artiste français qui a été nommé cette année officier de l’Ordre des arts et des lettres. Il continue de mener de front des dizaines de projets dans l’art, la culture et le design. Rencontre à Paris.

Richard Orlinski est l'ambassadeur d'Hublot depuis 2015
Richard Orlinski est l'ambassadeur d'Hublot depuis 2015
Diashow

Représenté par 90 galeries, le Français Richard Orlinski est depuis 2015 l’artiste contemporain français le plus vendu du monde. Très éclectique, il est connu depuis une vingtaine d’années pour ses œuvres monumentales d’animaux – gorilles, crocodiles, ours – qu’il expose dans des lieux insolites à ciel ouvert. L’artiste continue toutefois d’être boudé par une partie de la presse spécialisée et les foires d’art. Pas de quoi inquiéter ce self-made-man qui poursuit ses rêves sur les planches, à la télévision, comme DJ et aussi à travers de nombreux partenariats avec des personnalités et des marques internationales.

Connaissez-vous la Suisse, Richard Orlinski ?

Hublot célèbre Richard Orlinski avec le chanteur Ricky Martin et le CEO de la marque horlogère suisse Ricardo Guadalupediaporama
Hublot célèbre Richard Orlinski avec le chanteur Ricky Martin et le CEO de la marque horlogère suisse Ricardo Guadalupe

Oui, j’ai un très grand nombre de clients en Suisse. J’étais même étonné la première fois que je suis venu faire une exposition à l’Hôtel La Réserve il y a une quinzaine d’années en réalisant que j’avais une grande notoriété chez vous. Depuis, j’y vais très régulièrement, notamment parce que je suis vendu dans l’une de mes galeries historiques, la galerie Bel Air Fine Art, et aussi parce que j’ai un partenariat avec Hublot. Sans compter que j’ai pas mal d’amis en Suisse, notamment Jean-Claude Biver, qui est comme un mentor pour moi.

Dites-nous quelques mots sur cette collaboration avec Hublot justement ?

Contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser, depuis cinq ans, je designe entièrement les montres que je signe pour Hublot. J’ai dessiné des garde-temps sobres et élégants, pas bling-bling du tout. Cela a d’ailleurs permis de convertir pas mal de collectionneurs à Hublot. En effet, je connais de nombreuses personnes qui ont acheté leur première Hublot grâce à mes modèles.

Vous êtes l’artiste français le plus vendu dans le monde. Qu’est-ce que vos clients recherchent quand ils achètent une de vos œuvres ?

Les animaux pop d'Orlinski ont fait sa fortunediaporama
Les animaux pop d'Orlinski ont fait sa fortune

Ils achètent avant tout une émotion car mes œuvres ne laissent personne indifférent. Et j’ai la chance qu’elles parlent à toutes les catégories socio-professionnelles et à toutes les catégories d’âge.

Comment expliquez-vous votre succès ?

J’ai énormément travaillé et me remets en question tous les matins. Je pense que rien n’est acquis. J’ai aussi rapidement cassé les codes en étant très visible, sur les plateaux TV, dans les soirées caritatives ou encore dans les espaces publics. J’ai réussi, en quelque sorte, à rendre mon art accessible à tous. C’était mon objectif, car je considère, en effet, que l’art est universel et doit être partagé avec tout le monde.

Vous aimez répéter que vous cassez les codes. Comment les cassez-vous concrètement ?

Je fais tout le contraire de ce que font les autres. A vrai dire, je n’ai pas tellement eu le choix car je voulais être artiste depuis toujours et c’était le seul moyen d’y arriver à 36 ans. N’ayant pas passé par le canal traditionnel du secteur de l’art ou n’ayant pas été coopté par une institution, je me suis directement fait blacklister par l’intelligentsia bien-pensante du monde de l’art tel que presse spécialisée, foires et salons.

Comment l’expliquez-vous ?

"Captain Courchevel", le Kong de l'artiste Orlinski, posé en 2019 en haut de la Vizelle, mesure 5,5 mètres et pèse 650 kilosdiaporama
"Captain Courchevel", le Kong de l'artiste Orlinski, posé en 2019 en haut de la Vizelle, mesure 5,5 mètres et pèse 650 kilos

C’est une simple histoire d’ego. Beaucoup sont hargneux car je vends dix à cent fois plus qu’eux. La réussite ne plaît pas, surtout dans le microcosme artistique parisien. Certains pensent que je suis trop commercial, trop populaire. Jeff Koons a souffert des mêmes critiques avant d’être encensé par les collectionneurs. La seule différence est que lui est Américain, et aux Etats-Unis on valorise la réussite, ce qui n’est pas le cas en France.

Vous lancez une plateforme de vente de baskets ultrarecherchées, mais aussi un service de conciergerie de luxe, une bouteille de rhum, un parfum avec Lancôme, des chocolats pour Monoprix, un stylo pour BIC, une émission sur France 5 sur le street art, un one-man-show à la Comédie de Paris, un troisième livre et un disque. Où allez-vous vous arrêter ?

Je ne m’arrêterai jamais. La période du Covid m’a boosté. J’ai développé de nombreux projets et partenariats durant ces deux dernières années. Depuis toujours, j’aime créer des ponts entre le cinéma, la musique, l’art, le design et même la cuisine. Je pense qu’il est important d’occuper le terrain, de réaliser des événements, des happenings. C’est pour cela que je suis retourné sur les planches depuis le mois d’octobre tous les lundis à la Comédie de Paris où je donne aussi la chance à de jeunes humoristes talentueux de monter sur scène.

Vous sculptez principalement des animaux. Quel est votre rapport aux animaux, à la nature, à l’environnement ?

Ours debout en résinediaporama
Ours debout en résine

L’animal accompagne l’être humain depuis la nuit des temps. Nous avons tous un souvenir ou des liens avec des animaux. Mais en réalité, il y a un côté dominateur de l’homme sur l’animal. Quand j’étais enfant, j’ai commencé à faire des sculptures d’éléphant en terre cuite. Puis, l’idée de réaliser d’autres animaux en différents matériaux (résine, aluminium, marbre, bronze et or) est devenue une évidence pour moi.

La chose que vous rêveriez d’accomplir encore ?

Pourquoi ne pas faire du cinéma. Sinon, continuer mes collaborations et continuer à designer pour des marques. En réalisant, par exemple, des gorilles en chocolat pour Monoprix, je suis heureux d’entrer dans le quotidien des gens. Je côtoie l’élite, mais j’aime aussi être proche des gens simples.

Quel est l’artiste que vous admirez le plus ?

Andy Warhol. C’était un vrai artiste touche à tout. Il a fait de la musique, de la pub, du cinéma. Il a été beaucoup décrié alors qu’aujourd’hui c’est une véritable icône de l’art.

Un regret ?

J’aurais voulu avoir commencé plus tôt. Mais en même temps, si je ne l’ai pas fait avant, c’était parce que je n’étais pas prêt. J’avais probablement besoin d’une certaine maturité pour me lancer comme artiste à 36 ans.

Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous dans 100 ans ?

Je ne sais pas comme je serai encore là. (Rires.)