Saint-Aubin (FR)

Logements seniors, un marché de niche

Veröffentlicht am 14.07.2026

Douze logements adaptés pour les seniors ont vu le jour à Saint-Aubin dans le quartier tout neuf des Berges de la Petite Glâne. De quoi s’agit-il et pourquoi ce marché est en croissance ?

Ce modèle ne vise pas à créer des ghettos pour seniors
Ce modèle ne vise pas à créer des ghettos pour seniors - Gefiswiss
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Près de 20% de la population suisse a plus de 65 ans, soit plus de 1,8 million de résidents. D’ici à 2050, on attendra les 30%, selon l’Office fédéral de la statistique. Les logements se transforment peu à peu pour accueillir cette tranche d’âge, mais l’offre d’appartements adaptés est encore insuffisante. Les développeurs immobiliers y voient clairement une opportunité.

Le gestionnaire d’actifs immobiliers Gefiswiss, avec Prisma Fondation qui regroupe des caisses de pension, est l’un des précurseurs en Suisse romande. Depuis plus de dix ans, il propose ce type de biens. Aujourd’hui, d’autres acteurs s’y sont mis.

20% de logements adaptés

« Nous avons inscrit l’obligation dans tous les projets immobiliers réalisés pour Prisma d’intégrer au minimum 20% de logements seniors, en 2015 déjà. Ce ne sont pas des appartements protégés ou médicalisés, mais des habitations adaptées architecturalement aux locataires âgés ou à mobilité réduite », précise Yann Patthey, associé chez Gefiswiss.

A noter que Prisma est le propriétaire des quatre immeubles des Berges de la Petite Glâne mis en location depuis le 1er avril. Le nouveau quartier Minergie regroupe 43 logements, dont 12 adaptés, 700 m2 de surfaces d’activités commerciales et 325 m2 de bureaux. Le coût de ce projet avoisine les 25 millions de francs. Le fonds d’investissement finance également la 3e étape du projet des Portes du Lac à Estavayer où il suit le même principe de mixité intergénérationnelle.

« Notre modèle ne vise pas à créer des ghettos pour seniors, souligne Yann Patthey. Les logements adaptés se trouvent au 1er et 2e étages de trois des immeubles. L’objectif n’est pas non plus de proposer des prestations médicales ou d’être un EMS. Les résidents ne sont pas forcément très âgés. Ils ont besoin d’un environnement sans obstacles, qui ne les stigmatise pas et leur permet de bien-vieillir chez eux. »

Aux Berges, 60% des logements sont déjà loués, dont 6 adaptés. D’ici à la fin de l’été, tout devrait être occupé, à l’exception des surfaces commerciales qui demandent davantage de temps. Elles ont déjà attiré un salon de coiffure et une crèche. Aucun restaurant ou café ne s’est manifesté à ce stade.

Aménagement ingénieux

En quoi ces appartements sont-ils adaptés ? Les salles de bains sont aménagées pour ne pas avoir de seuil vers la douche qui a une banquette carrelée pour s’asseoir. L’aire de giration offre davantage de manœuvrabilité, notamment vers le WC. Un espace sous le lavabo permet de s’approcher avec une chaise et le miroir est abaissé.

Même réflexion du côté cuisine avec du mobilier réglable. Les étagères se descendent sans force grâce à une molette et un 2e plan de travail bas sort de sous les plaques. Les commandes ne sont pas tactiles, mais sous forme de boutons faciles à manipuler. Partout dans l’appartement, les prises ont été rehaussées pour éviter de se baisser. Les machines à laver sont surélevées, y compris dans les espaces communs.

Ces modifications ne transforment pas visuellement les appartements, mais ajoutent un confort certain. Le surcoût de ces aménagements n’est pas reporté sur le loyer, puisqu’ils sont loués au même prix que les autres 2,5 pièces.

Briser l’isolement

Signe de l’évolution, le canton de Vaud a récemment reformulé son offre, promouvant des logements adaptés avec accompagnement (LADA) et dont les loyers sont contrôlés. Il existe aussi des résidences de luxe, proches de l’EMS, incluant des prestations à la personne. Dans ce cas, les coûts s’envolent.

« Les logements de Saint-Aubin sont une alternative plus légère et flexible, mentionne Yann Patthey. Nous proposons un pack d’accompagnement, mais sa vocation est davantage de susciter des rencontres et de présenter les lieux - buanderie et quartier – à ceux qui souhaitent cette option. Elle ne vise pas à se substituer au voisinage, mais à lancer une dynamique. » Au bout de deux ans, le programme s’arrête. Prisma, dont le siège est à Morges, finance ce service.

Qui a accès à ces logements adaptés ? L’âge n’est pas le seul critère, les locataires à besoins spécifiques sont également prioritaires. « Très souvent, les enfants des seniors prennent contact avec nous, observe-t-il. Parfois également, les personnes vivant isolées dans une grande maison anticipent les difficultés de l’âge et font le pas. Cette solution vise aussi à lutter contre l’isolement des seniors qui est l’une des premières causes de mortalité dans cette population. »

Modèles alternatifs

Le co-living seniors, ou la colocation de personnes âgées, est une autre piste explorée ailleurs en Suisse, mais surtout à l’étranger. Qu’en pense notre interlocuteur ? « Nous suivons ce développement en Valais, où l’on trouve les appartements Domino pour les seniors, avec cuisine partagée. Parfois, ça fonctionne, mais pas toujours. Pour le moment, ce n’est pas une piste que nous privilégions », note-t-il. Quant aux villages de retraités, comme ils existent aux Etats-Unis, en Australie ou ailleurs en Europe, le concept fait sourire.

En plein boom à l’étranger, le marché des logements « age-friendly » profite d’un bassin de population en augmentation. Il offre un autre avantage. Passé un certain âge, on ne déménage plus, de peur de se déraciner, de perdre ses repères et de ne pas réussir à recréer des liens. Le va-et-vient des locataires pour les gérances est donc moindre. La Suisse compte quelques dizaines de milliers de logements adaptés ou médicalisés. Bien insuffisants pour faire face au vieillissement de la population.