"Nous sommes constamment à la recherche de nouvelles destinations"
Directeur de Swiss pour la Suisse romande, Romain Vetter a de nombreux objectifs pour la compagnie aérienne. Interview.

Contrairement à d’autres, lorsqu’il était enfant, Romain Vetter ne rêvait ni de travailler dans le secteur aérien, ni d’être pilote d’avion. Né à Chêne-Bougerie en 1984, il quitte l’école à l’âge de 15 ans pour suivre un apprentissage de commerce, puis se spécialise dans les assurances privées. Il ne se voit toutefois pas assureur toute sa vie. C’est l’une des raisons qui le poussent à s’envoler pour la Californie afin de s’adonner à son sport favori – le volley-ball-, à reprendre des études universitaires, à travailler dans des entreprises de la tech et à vivre, en quelque sorte, le rêve américain. Quand il revient en Suisse, c’est pour suivre son épouse à Zürich. Il commence à travailler pour le groupe Lufthansa où il s’occupe de moderniser le système de réservation de la compagnie Swiss. En 2021, il saisit l’opportunité de reprendre la direction de la compagnie aérienne pour la Suisse romande. Son objectif : regagner une profitabilité et une rentabilité, dynamiser le portefolio de destinations et innover au niveau des services, de l’écologie (objectif de 0% d’émission de CO2 d’ici 2050) et de la mobilité connectée.
Vous êtes à la tête de la compagnie Swiss en Suisse romande depuis deux ans. Comment la compagnie se porte t'elle depuis votre arrivée?
Swiss a vécu une décente aux enfers avec la pandémie. Depuis le début de l’année, nous améliorons nos résultats mais nous sommes encore à moins 15% de notre capacité par rapport à 2019.
Avez-vous diminué votre flotte ?
En moyenne, nous avons entre six à huit Airbus A220 sur un total de 30 avions qui ne sont actuellement pas en service parce qu’un ou les deux moteurs doivent être remplacés. Ce chiffre peut varier et dépend de la situation d’approvisionnement qui actuellement est ralentie en raison de la pénurie de pièces de rechange.
Quelles destinations ont été sacrifiées ?
Nous avions prévu d’ouvrir Oslo cet été et de continuer Stockholm et Copenhague comme nous le faisons en hiver, mais nous avons reporté ces destinations à l’année prochaine.
Comment procédez-vous pour choisir de nouvelles destinations ?
Mes équipes et moi-même sommes constamment à la recherche de nouvelles destinations. Nous analysons les différents aéroports, collaborons avec les différents offices du tourisme et autres partenaires. Nous avons par exemple ouvert en 2021 une ligne à Ponta Delgada durant l’été car on imagine qu’il y a du potentiel dans cet archipel des Açores. Cet été, nous avons rentré Hambourg et Vienne dans notre portefolio de destinations.
Est-ce que vous essayez, en principe, d’éviter d’aller aux mêmes endroits que vos concurrents ?
Parfois nous essayons d’êtres seuls sur certaines destinations mais sur d’autres, nous sommes obligés d’être aussi présents. Nous avons un grand nombre de passagers first et business depuis Genève. Il a même augmenté depuis 2021. Nos passagers cherchent une autre expérience de vol et d’autres destinations. Cependant, sur des destinations courtes, nous préférons éviter d’aller où vont nos concurrents, comme Paris et Madrid par exemple.
L'entreprise reste très suisse même si elle appartient à un groupe allemand.
Est-ce que l’un de vos écueils est de trouver des employés motivés ?
Après les années de crise sanitaire, au cours desquelles il n’était pratiquement plus possible de voyager, le secteur mondial du voyage a enregistré dès l’été 2022 d’importants effets de rattrapage. SWISS a déployé de gros efforts pour répondre au besoin de voyager des gens, mais a dû faire face à des défis de taille. La montée en puissance de l’infrastructure du trafic aérien battait son plein et l’ensemble du secteur aérien (aéroports, prestataires de services au sol, contrôle aérien, compagnies aériennes) souffrait d’un manque de ressources. Cela a entraîné des irrégularités parfois importantes au niveau des vols et des bagages. Depuis, SWISS a fait de gros efforts dans de nombreux domaines : nous avons recruté de nouveaux collègues dans de nombreux domaines. Rien que dans la cabine, nous avons embauché 800 nouveaux collaborateurs l’an dernier. Cette année, ils seront encore 1000 au total. Plus de 750 ont déjà été recrutés dont 60 pour la base de Genève.
Swiss appartient à Lufthansa. Quels sont les avantages ?
Les opportunités sont énormes à travers l’entreprise. On mélange aussi les différents départements. L’entreprise reste très suisse même si elle appartient à un groupe allemand. Nous avons aussi l’opportunité de participer à faire changer drastiquement un secteur, notamment du point de vue technologie et innovation. Aujourd’hui, nous étudions des pistes sur l’hydrogène, les carburants alternatifs. Nous allons installer d’ici la fin de l’année, par exemple, sur tous nos boeing 777, la nouvelle technologie «AeroShark» qui imite la structure de la peau du requin. Une sorte de grand autocollant qui réduit la résistance à l’air sur les appareils, permettant ainsi de réduire nos émissions de CO2 de 1% soit 15’000 tonnes par an.
Quels sont les objectifs que vous vous êtes donnés ?
Premièrement, de retrouver la stabilité financière que nous avions avant la crise. Mais aussi d’augmenter notre collaboration avec les CFF sur un projet intermodal, pour une complémentarité train-avion. Nous avons une réelle capacité à innover. Il faut aussi collaborer avec les politiques.
La crise climatique freine-t-elle les voyages en avion ?
Non, les gens continuent à prendre l’avion. Et contrairement aux idées reçues, les deux moyens de transport les plus utilisés des 20-30 ans sont l’avion et la voiture.
Comment gérez-vous tous les mouvements qui luttent contre le transport aérien ?
Nous restons concentrés sur ce que nous allons mettre en place notamment au niveau des évolutions technologiques pour réduire nos émissions de CO2 et atteindre l’objectif que nous nous sommes fixés d’ici 2050 à savoir la neutralité carbone. Nous continuons d’informer. Notamment que notre secteur comporte aussi un volet économique. Swiss cargo est, en effet, indispensable au bon fonctionnement de milliers de PME suisses par exemple.
Les Suisses sont-ils toujours aussi fiers de leur compagnie aérienne ?
Quand nous sommes revenus à Genève, nous avons compris l’attachement de la population pour leur compagnie aérienne. Beaucoup de passagers choisissent systématiquement Swiss. La compagnie a fêté ses 20 ans l’an dernier et nous avons des clients très fidèles. Par ailleurs, nous avons un nouveau produit qui va arriver en 2025, le Swiss Senses, avec une expérience inédite à bord et au sol.
Quelles seront les nouvelles destinations de cet hiver ?
Nous allons intégrer Ham- bourg et Vienne. Nous travaillons aussi sur la destination de Bruxelles. Nous proposons aussi Kittila en Finlande, à faire absolument pour ses aurores boréales.
300 Swiss emploie 300 personnes à Genève.
40 La compagnie aérienne propose 40 destinations depuis la ville du bout du lac.
