Pau, l'Angleterre en villégiature
La gare de Pau : c’est ici que les Anglais descendaient. Ils arrivaient avec des bronchites et repartaient avec un accent béarnais. Prenez le funiculaire gratuit et discret comme un majordome pour monter vers le cœur de la ville. Le château planté sur son éperon rocheux veille. On voit des maisons victoriennes, un parc anglais, et des rues où l’air sent parfois le pudding et le whisky.

Il faut imaginer Pau, dans la seconde moitié du XIXe siècle, comme une ville française ayant contracté un pacte discret avec la gentry britannique. Une ville de province, certes, mais qui, à la faveur d’un climat vanté par les médecins écossais et des hivers plus doux que les miasmes londoniens, devint l’un des plus curieux théâtres de l’expatriation anglaise.

Car si Biarritz attira l’aristocratie oisive, et Nice les élégants cosmopolites, Pau, elle, séduisit ce que l’on pourrait appeler une Angleterre de santé, de convenance, et de convenable fortune : officiers retraités, veuves aux moyens sûrs, pasteurs en congé sabbatique et jeunes filles pâlottes envoyées « prendre l’air ». Le phénomène n’est pas anodin : vers 1890, on compte à Pau plusieurs milliers d’Anglais hivernants – au point qu’on y construisit un golf (le premier en France), une église anglicane, un fox-hunt club, des salons de thé dignes de Cheltenham, et même une école pour enfants à discipline toute victorienne.
Il ne faut pas s’y tromper : il ne s’agit pas là d’un colonialisme brutal, mais d’un impérialisme d’atmosphère. Les Anglais à Pau ne prennent pas le pouvoir, ils prennent leurs aises. Ils ne conquièrent pas, ils s’installent dans de grandes villas aux noms anglais, « The Cedars, Rosewood, Glenmore… ». Des maisons, comme des souvenirs, reconnaissables à leur ligne, à leurs « bow windows », le long du boulevard des Pyrénées.

Et la ville, loin de résister, s’adapte, presque avec reconnaissance. Car ces étrangers bien mis, excellents payeurs et amateurs de silence, apportent avec eux une forme d’ordre et de stabilité économique dont une ville de garnison un peu assoupie ne peut que se réjouir.
Et avec les Anglais, arrivèrent naturellement les institutions de la vie britannique. Car un Anglais, même en exil climatique, n’est pas tout à fait dépaysé s’il peut chasser le renard, lire « the Times » en prenant son thé à 17 h, et discuter de politique au club, sans élever la voix.
LE CERCLE ANGLAIS (THE ENGLISH CLUB)

Pendant des décennies, en raison de l’appartenance de ses membres au Pau Hunt, au Polo Club ou au Pau Golf Club, le Cercle Anglais, (the English Club), fut l’épicentre de la vie sportive paloise. Son siège est la villa Lawrance située au cœur du parc Beaumont (5 ha), un Hyde Park planté d’espèces rares. C’était le temple du sport, mais aussi celui de la Dame de Pique : on y jouait gros.
Les Anglais prirent leurs habitudes. Le matin : golf. C’est à Pau qu’ouvre en 1856, le premier golf du continent européen. Avec des « greens » longeant le Gave, un club House, digne d’un roman d’Evelyn Waugh. C’est un morceau d’Écosse au pied des Pyrénées avec « fairways », « bunker » mais aussi high-tea et où l’on ne parle pas un mot de français.
La vie au Cercle anglais fut rythmée par les manifestations équestres de la colonie anglaise et américaine, les réceptions et dîners de la Société des Courses, des Maîtres d'Équipage du Pau Hunt. Ces derniers en tenue de soirée, « queue de pie » rouge sur pantalon noir donnent à ces mondanités une autre image de la chasse à courre. « Le Pau Hunt chasse pour monter à cheval », ils ne courent pas après le gibier vivant mais pratiquent le « drag » (« la trace »).

Et Pau, sans le vouloir vraiment, devint un laboratoire de l’anglicisation douce : un coin des Pyrénées où l’on mange du roast beef sous le regard du Pic du Midi d’Ossau, on y parle français avec un accent d’Oxford, et on y célèbre Noël comme à Bath, mais avec des oranges du marché palois.
Ce qui frappe, dans le chapitre discret de cette histoire commune, c’est sa persistance dans l’oubli. Car Pau ne se vante pas de son passé britannique. Il est là, pourtant, dans les noms des rues, dans la toponymie des villas, dans l’ordre impeccable de certains jardins publics. Il suffit d’ouvrir les yeux, et d’y lire, en filigrane, une leçon de diplomatie silencieuse : celle d’un peuple qui, plutôt que d’imposer ses lois, a préféré exporter ses habitudes.
ORTHEZ

On traverse des rues au nom chantant et l’œil est attiré par une tour campée fièrement sur une hauteur : la tour Moncade. Construite au 13e siècle, elle était le cœur de la forteresse des vicomtes de Béarn. Quelle prestance ! La montée est une aventure. Un escalier en colimaçon nous emmène vers le sommet : 74 marches. En haut, la vue est saisissante : les toits rouges d’Orthez, les méandres du gave de Pau, les vignes et au loin, les Pyrénées comme un décor de théâtre.
A Orthez, une maison centenaire ne résonne pas d’échos guerriers mais d’un autre genre de bataille : celle du savoir-faire artisanal, du goût du beau. Depuis 1919, la manufacture Moutet tisse plus que du linge, elle tisse une part de l’identité béarnaise. Les métiers Jacquard perpétuent des gestes presque oubliés.
Autre symbole : le béret, drapeau discret de ce pays Béarnais, en laine mérinos française et feutrée à point, rond, souple, sans couture visible. Il protège de la pluie et du soleil. Le berger béarnais fut son premier ambassadeur. Il est aujourd’hui porté par toutes les têtes : militaires, artistes ou touristes. Dans leur boutique, en plein centre d’Orthez, Sara et Léa assurent la fabrication des bérets, depuis le fil écru de pure laine mérinos au produit fini.
Cercle Anglais
Association française ayant la forme d’un club privé dont l’origine remonte à 1828.
Siège : villa Lawrance, propriété de la ville de Pau.
70 membres en 2021
68 Rue Montpensier,
64000 Pau
Les Journées Européennes du Patrimoine donnent la possibilité de visiter la villa Lawrance et de découvrir les collections du Cercle Anglais.
Avec l’aimable contribution d’Erik de Salettes, président d’honneur du Cercle anglais et Servane Giraud, intendante.