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Décoration

Une chambre pour grandir: aménager cet espace qui accompagne l’enfance

Veröffentlicht am 17.08.2026

Refuge, terrain de jeu, espace d’apprentissage ou cocon identitaire, la chambre d’un enfant accompagne les étapes de sa croissance. Architectes d’intérieur, psychologues et pédiatres livrent leurs conseils pour concilier fonctionnalité, autonomie et sécurité.

La chambre d’enfant n’est pas une pièce comme les autres
La chambre d’enfant n’est pas une pièce comme les autres - Freepik
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La chambre d’enfant n’est pas une pièce comme les autres. Elle occupe une place singulière dans la maison et pour le développement des plus jeunes, filles comme garçons, de 0 à 12 ans. «C’est le premier lieu d’appropriation personnelle de l’enfant», rappelle la psychologue genevoise Laurence Schaffhauser Sarais. «Sa chambre devient son territoire, un espace qu’il ou elle investit, qui évolue avec lui ou elle et dans lequel il ou elle expérimente son rapport au monde.» Ces considérations s’appliquent à tous les logements: l’essentiel n’est pas la taille, mais l’aménagement d’un espace adapté et évolutif. Pour les nourrissons, la priorité est la sécurité. «Dans les trois premiers mois, l’enfant doit dormir dans son propre lit, mais dans la chambre des parents», recommande Russia Ha-Vinh Leuchter, présidente de la Société suisse de pédiatrie du développement et qui exerce à l’Hôpital des enfants des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «C’est la meilleure prévention contre la mort subite du nourrisson.»

Au-delà de cette recommandation médicale, certains aspects matériels et sécuritaires sont cruciaux: meubles fixés au mur, peintures sans substances nocives, absence de produits toxiques. «Pas besoin d’une profusion de jouets ou de meubles», souligne aussi l’architecte d’intérieur Florence Tatti, basée à Porrentruy. «Un lit, une table à langer avec rangements, un fauteuil suffisent durant la première année.» Elle conseille aussi d’anticiper: «Choisir un couchage déjà un peu grand, 70 × 140 cm par exemple. On peut réduire l’espace au début avec un tour de lit ou un nid d’ange, ce qui permet de garder le même lit plus longtemps.»

De 2 à 6 ans: l’âge du jeu et de l’imaginaire

Entre 2 et 6 ans, l’enfant explore et invente. «L’imaginaire explose, c’est le moment du jeu symbolique», observe Laurence Schaffhauser Sarais. Une couverture devient cabane, un carton se transforme en voiture. L’espace doit donc être à sa hauteur: coffre à jouets accessible, petite bibliothèque, tapis pour délimiter un coin de jeu. Florence Tatti insiste sur la modularité: «Le mobilier évolutif ou de seconde main, qu’on adapte au fil des âges, est une excellente option. Peu importe la marque ou le budget: l’important est que l’enfant grandisse avec ses meubles.» Pour l’architecte d’intérieur lausannoise Annette Pasquier, qui enseigne aussi l’architecture aux plus jeunes, la chambre peut devenir un terrain d’apprentissage: «Aménager son espace aide à comprendre les volumes, à construire et à se sentir pris au sérieux». Un meuble sur mesure, une cloison basse ou un jeu de couleurs peuvent déjà initier l’enfant à ces notions.

De 6 à 12 ans: apprendre à structurer

Avec l’entrée à l’école, de nouveaux besoins apparaissent. «Le coin bureau devient un élément central», explique Florence Tatti. «Idéalement, il est proche de la lumière naturelle, placé perpendiculairement à la fenêtre, et séparé de la zone de sommeil.» Mais rien n’est figé: certains enfants préfèrent la table de la cuisine. «Le rôle des parents est d’observer et d’adapter», indique Russia Ha-Vinh Leuchter. De 6 à 12 ans, le rangement devient un important enjeu éducatif. Plusieurs des spécialistes interrogés soulignent que trop de jouets visibles dispersent l’attention. Mieux vaut en ranger une partie et les ressortir plus tard: l’enfant les redécouvre alors avec curiosité, plutôt que de se lasser face à une profusion d’objets.

Annette Pasquier va plus loin: «Au fil du temps, la décoration se rapproche progressivement de celle d’une chambre d’adulte, mais toujours en concertation avec les désirs exprimés par l’enfant. Ses besoins varient d’ailleurs: étagères pour des livres, «espace dessin» ou rangements pour des Legos. L’important est de distinguer clairement les zones, nuit, jeu, travail. Cela aide l’enfant à adopter les bons usages selon l’endroit, comme nous le faisons à l’âge adulte.» De 6 à 12 ans, ce sont aussi les années d’enfance où les aménagements sur mesure prennent tout leur sens. Florence Tatti raconte: «J’ai conçu un projet où une marche permettait aux enfants d’accéder aux armoires du haut, et où une niche servait de banquette pour lire. Ce genre de dispositif accompagne l’enfant longtemps, jusqu’à l’adolescence».

Partager la chambre: délimiter les zones

Quand frères et sœurs partagent la même pièce, la délimitation prônée par les architectes d’intérieur et les spécialistes de l’enfance devient encore plus essentielle. «Chaque jeune a besoin de repères dans son univers: un coin identifiable, des zones distinctes, même modestes ou symboliques», souligne Laurence Schaffhauser Sarais. Cela peut passer par un rideau, un claustra (paroi ajourée), un meuble central ou un code couleur. L’important est que chacune et chacun dispose d’un territoire à soi, garant d’un sentiment d’intimité. A l’adolescence, la chambre se transforme en sanctuaire. «L’adolescent ou l’adolescente s’y projette, y affirme son identité à travers les affiches et la décoration, souvent dense», explique Laurence Schaffhauser Sarais. Ce désordre parfois agaçant est aussi une forme d’appropriation. «Laisser son enfant investir l’espace, c’est lui reconnaître une identité propre», ajoute Annette Pasquier.

Toutes les spécialistes s’accordent: associer le jeune à l’organisation de son lieu de vie permet de l’aider à grandir. «Même très tôt, il peut choisir entre deux couleurs, décider de l’emplacement d’une étagère», note Florence Tatti. Plus tard, certains participent à des projets plus élaborés. «Les retours sont excellents», remarque Annette Pasquier. «Ils se sentent partie prenante, fiers d’avoir contribué à façonner leur univers.» L’autonomie, toutefois, suppose quelques garde-fous. Trop de jouets dispersent l’attention, tandis qu’un décor trop épuré manque de chaleur. Et une règle demeure incontournable, rappelle Russia Ha-Vinh Leuchter: Avant 12 ans, pas d’écran dans la chambre». Là où l’enfant dort, joue, rêve ou s’isole, s’écrivent les métamorphoses silencieuses des premiers temps de la vie.