Une maison dans la maison au sein de l’ancien manège
A force de persévérance, Sophie Hernan est parvenue à restaurer le manège du domaine familial. Ce dernier intègre désormais quatre chambres d’hôtes. Une opiniâtreté qui a été récompensée par la Distinction vaudoise de Patrimoine suisse en 2024.

Parvenir à sauvegarder, puis à transmettre le patrimoine reçu peut parfois s’apparenter à un long parcours du combattant. Sophie Hernan, représentant la 5ème génération de la dernière famille propriétaire du Château de Mathod, en sait quelque chose. Elle a en effet achevé la rénovation du manège adjacent à son château en 2024. Un défi de taille car les équipes de la Direction vaudoise des monuments et des sites avait des attentes précises.
Un bailli bernois
Le manège du château de Mathod, situé à deux pas d’Orbe, a été construit vers 1772 par le baron Gaspar de Burman. Celui qui officia comme écuyer de Louis XV, achète le Château de Mathod en 1765 aux descendants du premier propriétaire des lieux, le bailli bernois Imbert de Diesbach.

Le baron d’origine hollandaise a quitté les ors de Versailles et s’installe avec sa jeune femme au Château de Mathod qu’il a beaucoup transformé pour y aménager une propriété élégante et luxueuse. On remarquera que la couronne héraldique de baron hollandais orne le fronton du château.
Il a notamment fait créer la façade nord très élégante, qui marie le baroque hollandais et le style palladien, du nom du célèbre architecte Andrea Palladio qui vécut au XVIe siècle.

Ce passionné de chevaux fera donc construire vers 1772 un manège, doté d’un rectangle de travail et d’une écurie au rez, ainsi que de chambres pour le personnel au 1er. Ce grand bâtiment en maçonnerie, couvert d’un imposant toit à la Mansart, va perdre cependant assez rapidement sa fonction première. Il est signalé en 1838 déjà comme n’étant « plus qu’un vaste réduit ». Cette désaffection se poursuit et le manège va même échapper de peu à deux incendies.
Comme le relevait Patrimoine suisse, « ses remarquables qualités constructives mènent à son classement comme Monument historique d’importance nationale en 1975.
Défi pour la propriétaire

Garantir sa conservation impliquait de lui trouver une fonction. « Toutefois, la difficulté de reconvertir cet important volume aux percements rares sans le dénaturer constituait un défi », ajoutait encore Patrimoine suisse.
Le projet choisi par la famille Hernan-Rivier et le bureau Dolci Architectes à Yverdon-les-Bains est parvenu à faire l’unanimité : l’idée a été d’aménager un appartement en duplex, ainsi que quatre chambres d’hôtes exploitées dans le cadre familial.
« Nous avons dû créer une sorte de maison dans la maison. L’entier de la substance historique a été préservé via l’aménagement de nouvelles pièces entre la structure originelle », nous résume Sophie Hernan.
Au rez-de-chaussée, l’ancienne écurie est quasiment restée dans son jus pour préserver son authenticité, avec de surcroît une interdiction de chauffer. Idem pour la salle où sont servis les petits-déjeuners.Au 1er, l’ancien fenil ne peut pas être chauffé non plus. Il a été aménagé en salon et peut accueillir des petits mariages, par exemple. L’ensemble de la poutraison du manège a été traitée pour éviter la mérule, entre autres. Econome en chauffage, puisque seules les parties habitées peuvent être chauffées, le bâtiment est alimenté au photovoltaïque et avec une chaudière à pellets.
Réversibilité garantie

Ce qui avait été notamment plébiscité par la section vaudoise de Patrimoine suisse c’est la réversibilité de l’intervention. « En optant pour une approche différenciée de la substance bâtie et une combinaison de stratégies constructives, le projet atteint simultanément les objectifs de conservation patrimoniale, d’efficacité énergétique et de grande qualité architecturale ».
Le grand-père de Sophie Hernan, le célèbre peintre Louis Rivier, avait racheté une petite parcelle triangulaire où se trouvait les restes de l’église de Mathod, déconsacrée voici près d’un siècle. Désormais son chœur est utilisé comme pavillon de jardin, du côté sud et donne sur une récente piscine qui ravit la clientèle des chambres d’hôte.
Les jardins du château valent également le détour : les deux hectares et sept jardins de la propriété comprennent une allée de majestueux tilleuls plantés en 1772, une riche roseraie de plus de 80 rosiers différents, une cour d’inspiration espagnole avec ses orangers, un jardin à l’anglaise, etc. A découvrir. Plus d’information : www.chateaudemathod.ch

