Vers des chantiers plus durables et supportables
Gestion des déchets, de l’eau, des sols ou encore limites de bruit ou de la pollution de l’air sont désormais scrutées de près lors de travaux menés à Genève. Un inspectorat a été créé exclusivement pour contrôler ces aspects, une première dans le secteur.

Simplement résumés à des sols éventrés, des immeubles empaquetés et une source de nuisances démesurée, les chantiers n’ont pas vraiment la cote en ce moment auprès de la population. Une étape pourtant nécessaire en vue des objectifs de neutralité carbone 2050 que les autorités s’échinent à rendre chaque jour un peu plus concrets.
Mais si la rénovation de nos bâtiments et la mise en place de réseaux d’énergies renouvelables ne peuvent pas être évitées, la façon dont ces dernières sont réalisées pourrait encore être améliorée. Alors, tandis que la plupart des cantons se contentent de contrôler la sécurité et le travail au noir sur les chantiers, Genève a décidé de pousser le curseur un peu plus loin en passant également en revue les aspects environnementaux lors de ses travaux.
Plus de 7000 chantiers par an
Nommé «inspectorat environnemental des chantiers» (SIEC), ce nouveau service déployé durant la pandémie, n’est présent sur le terrain que depuis l’été 2022. Encore peu connu des acteurs de la construction genevois, c’est à l’occasion d’une conférence des «Jeudis de l’environnement», que l’organisme a enfin communiqué sur son existence. «L’idée est née de la volonté de trois offices du territoire (de l’eau, de l’environnement ainsi que de l’agriculture et de la nature) de renforcer la présence de l’Etat lors de l’étape cruciale de la phase chantier. Nous nous sommes aperçus que l’on passait beaucoup de temps à rédiger des préavis d’autorisations de construire concernant les charges environnementales, sans savoir réellement s’ils étaient ensuite respectés lors de la réalisation», indique Cédric Menoret, chef du SIEC.
Des experts détachés à temps partiel de ces trois offices sont ainsi envoyés de temps à autre pour des inspections inopinées. Leur mission? Vérifier qu’une série de 12 thématiques environnementales ne soient pas négligées sur les 7000 chantiers annuels du canton (7400 en 2024). Parmi les mises en conformité nécessaires, on retrouve notamment la collecte et le tri des déchets qui laissent parfois à désirer, risquant ensuite leur dissémination et une orientation erronée pour leur élimination. La protection de l’air fait, elle aussi, défaut en matière par exemple de poussières et de composés organiques volatils répandus, entre autres, par les peintures ou les démolitions.
Un sol souvent maltraité
Autre nuisance ayant un impact direct sur la nature et les riverains environnants: le bruit. Horaires, puissances ou encore vibrations sont aujourd’hui pris en compte et devraient l’être davantage avec la révision de la directive sur le bruit de 2011 qui sera finalisée d’ici à 2026. La conservation des arbres et la gestion des eaux (largement médiatisées) sont également sous le feu des projecteurs, mais l’aspect qui semble le plus faire défaut sur site et qui inquiète l’inspectorat, reste celui de la protection des sols.
«On considère qu’il faut environ 10'000 ans pour former un mètre de sol. C’est un processus lent qui remplit de nombreuses fonctions telles que la régulation des flux de carbone, d’azote, de crues, de l’alimentation, etc. Prenez une cuillère à café de sol et vous y trouverez un million de micro-organismes qui sont facilement endommagés par un coup de pelle mécanique ou un engin à pneus», décrit Sébastien Gassmann, ingénieur environnement et inspecteur du SIEC. Matériaux terreux séparés de ceux d’excavations, pistes érigées et conditions de stockages délimitées devraient notamment s’observer sur les chantiers, or les contrôles de l’inspectorat font plutôt état de négligences pour l’heure.
Cibler pour mieux traiter
Il faut dire que sur les 400 inspections effectuées par an, un chantier sur deux serait en non-conformité concernant au moins un des 12 critères analysés. «Sur les 7000 chantiers ouverts chaque année à Genève, 4000 nécessitent une autorisation de construire. Nous estimons, sur la base de nos premières expériences, qu’entre 10 et 15% d’entre eux seront plus pertinents à aller contrôler, d’où les 400 chantiers que nous visitons par an», détaille le responsable du SIEC, Cédric Menoret. Et contrairement aux idées reçues, les principaux visés ne sont pas les grandes tours que l’on voit s’élever après avoir côtoyé durant de longs mois grues et échafaudages monumentaux.
Cédric Menoret s’explique: «Ces gros chantiers sont souvent suivis par des spécialistes qui ont effectué une étude environnementale en amont et qui prennent en main ces enjeux donc il y a moins de risques de problèmes mais quand il y en a un, il est effectivement important. Nous focalisons au contraire notre attention sur les chantiers plus modestes, de villas ou de surélévations typiquement, avec des entreprises qui ont généralement moins d’expérience dans le domaine.»
Et que risquent ces maîtres d’ouvrage pris en faute? Pour commencer, une demande de mise en conformité s’il n’y a pas eu de dommage causé à l’environnement, puis la sanction peut aller jusqu’à l’arrêt du chantier ou des travaux incriminés avec une demande de réparation par la suite. Tout dépend des dégradations avérées.
«La sanction n’est pas une fin en soi mais c’est une corde à notre arc», appuie le chef du SIEC. Alors, afin d’éviter d’en arriver là, un guide de «la protection de l’environnement sur le chantier» est disponible sur le site de la SSE (Société suisse des entrepreneurs). De quoi prendre connaissance des normes et règles en vigueur qui, au vu de leur nombre, méritent que l’on s’y penche quelques instants…
