Visite de la méga-centrale solaire de Domdidier
Le centre de distribution Aldi à Domdidier héberge le plus puissant parc photovoltaïque de Suisse, soit 10 mégawatts-crête (mWp). Il a été mis en service fin mars. Visite des installations.

Une mer de panneaux solaires avec le bruit des onduleurs en journée. Voilà à quoi ressemble le toit des bâtiments logistiques de Aldi. L’étendue représente 8,5 terrains de football. Un vrai grille-pain à ciel ouvert lors des chaudes journées, alors autant profiter de cette énergie. « Pour marcher d’un bout à l’autre, il faut un quart d’heure, signale Jonas Höfel, le chef du projet pour Helion Suisse.
Les données de ce dispositif sont étourdissantes. Plus de 21'700 panneaux PV, 34 onduleurs et 455 kilomètres de câbles. Lors du montage, un installateur posait en moyenne 80 panneaux par jour. « Pour amener la structure, un hélicoptère a effectué 308 rotations. Nous avons fait une étude de durabilité afin de savoir si ce moyen était acceptable. Il en ressort qu’en 11 jours, le parc solaire a compensé le coût énergétique » précise René Silva, co-directeur Romandie d’Helion qui découvre l’installation terminée pour la 1re fois.
Mise en service dans le calme
Le potentiel de production annuel de ce parc dépasse largement l’autoconsommation par les frigos de Aldi. L’excédent alimente directement le réseau et correspond à l’équivalent des besoins en électricité de 2650 ménages de trois personnes. Une petite fierté pour l’équipe qui a travaillé sur ce projet d’une ampleur exceptionnelle.
Pourtant, pas d’inauguration ni de cérémonial lors de la mise en service fin janvier pour la partie autoconsommation, puis fin mars pour la partie redistribution. « J’étais chez moi en janvier à côté du téléphone en cas de problème, se souvient Jonas Höfel. Un technicien a simplement pressé un bouton et c’est parti. En mars, j’étais sur place, tout était normal. Chaque étape est contrôlée bien en amont. »
C’est donc dans un calme olympien que la plus puissante centrale solaire du pays a commencé à produire. Les onduleurs, reliés à six transformateurs, dont quatre pour la moyenne tension, ont démarré sans la moindre étincelle ou coupure. « Aldi a poursuivi son activité sans aucune interruption », note le co-directeur.
Contracting solaire
Aldi n’est pas l’investisseur de ce projet dont le montant n’est pas communiqué, mais il a mis à disposition son toit. Il s’agit donc d’un contracting solaire. Le site de Domdidier a été choisi en fonction de son étendue et de son implantation est-ouest, profitant du soleil toute la journée. Après un appel d’offres fin 2023, les travaux ont commencé en avril 2025.
A la fin juillet, tous les panneaux étaient en place, sur un coussinet absorbant la dilatation de la structure. Celle-ci est importante : 2 centimètres par 10 mètres, selon les écarts de chaleur. Les électriciens ont ensuite installé les armoires électriques et les transformateurs dans deux locaux au-dessous du toit. L’installation s’adapte au réseau et non l’inverse, même pour une telle puissance.
« Nous avons bien séparé la production pour l’autoconsommation de celle pour le réseau. Cela permet de toucher des subventions différentes de la part de Pronovo», mentionne René Silva. C’est là que le projet devient particulièrement efficient, non seulement énergétiquement, mais également économiquement.
Éponge énergétique
Cette solution de contracting solaire et surtout la subvention aux enchères, donne la possibilité de revendre à meilleur prix sa production électrique. On dépasse les 6 ct/kWh concédé pour les installations jusqu’à 30 kW. Ce système, réévalué tous les trois mois, offre des gains financiers attractifs. Mais ce n’est pas tout.
Le dispositif monitoré en permanence jugule automatiquement la production d’électricité. « Notre installation, dont nous avons augmenté la tension alternative jusqu’à 800 VAC sur la partie ouest, agit comme une éponge à énergie. Elle lisse la production énergétique en fonction des besoins réels. Elle absorbe les pics de consommation en restituant davantage d’énergie à ces moments-là. Cela permet d’éviter d’aller acheter du courant européen », résume-t-il.
On parle alors de marché de la flexibilité, une tendance très porteuse. Cette bourse de l’électricité est gérée par EKT et Pool Energie Suisse. Précision utile, pour le moment aucune batterie n’est mise en place sur le site de Domdidier.
Depuis le 1er janvier 2026, le Conseil fédéral a réduit le prix de rachat de l’électricité, le rendant nul voire négatif en cas de pics de surproduction. « On parle d’installations de plus de 150 kWp, soit environ 330 panneaux PV », glisse René Silva. Cela dit, cette annonce a suffi à effrayer de nombreuses entreprises potentiellement intéressées à accueillir du photovoltaïque. Pour contrer cette problématique, le contracting solaire, les batteries ou un système de bridage de la production pendant les heures de pics suffisent.
« Actuellement 12% seulement des toits suisses accueillent des panneaux PV, rappelle René Silva. On peut faire mieux, mais il faut que tout le monde avance à son rythme. Les investisseurs, les installateurs et les gestionnaires du réseau qui doivent aussi renforcer leurs infrastructures.»
